En point de presse mardi, Claude Julien justifiait la tenue d’un entraînement au Centre Bell en disant qu’il ne voulait pas que ses joueurs découvrent les nouveautés de leur domicile lors d’un jour de match.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pour les plus anciens, il s’agissait de se familiariser avec les changements, le protocole sanitaire, les toiles qui recouvrent les gradins et tout autre élément qui n’y était pas le 11 mars 2020, jour de leur dernière présence au Centre Bell.

Mais pour les nouveaux, il y avait bien plus à assimiler. À écouter Josh Anderson après l’entraînement de mercredi, Julien a visiblement eu une bonne intuition. Le gros ailier a paru particulièrement impressionné par sa première visite dans son nouveau vestiaire !

PHOTO FRANK GUNN, LA PRESSE CANADIENNE

Josh Anderson

« Ce n’était pas évident de se retrouver dans le stationnement, a-t-il d’abord lancé, car je n’avais aucune idée où je m’en allais ! Je me suis un peu perdu dans le vestiaire. Mais c’était spécial. Il y a vraiment tout le nécessaire.

« Voir toute l’histoire, les noms des anciens joueurs, les Coupes Stanley, c’était à couper le souffle. J’étais comme bouche bée dans les 10 premières minutes, j’étais en admiration. J’ai hâte d’y retourner. »

Quel avantage ?

L’histoire, les Coupes, les anciens, on veut bien. Ne manquait que la mention des six équipes originales pour compléter la carte de bingo du nouveau venu.

Cette histoire commence à dater. Neuf joueurs de l’équipe actuelle – dont Anderson – n’étaient pas nés lors de la dernière conquête de la Coupe Stanley ; quatre autres étaient aux couches. Le Canadien était jadis glorieux, comme Baltimore était jadis une des plus grandes villes des États-Unis et le Portugal, une puissance économique mondiale.

La réalité, c’est que la longue histoire du Canadien, l’ambiance survoltée du Centre Bell et les 24 Coupes Stanley ne semblaient plus particulièrement intimidantes pour les visiteurs ces dernières années.

En séries éliminatoires, là où l’édifice devient le plus bruyant, Montréal montre une fiche de 29-40 à domicile depuis la fermeture du Forum. Trois fois dans les 13 dernières années, le Tricolore a même présenté une plus mauvaise fiche à la maison qu’à l’extérieur en saison. Ce fut le cas en 2019-2020.

Fiche à domicile : 14-17-6, 34 points en 37 matchs

Fiche à l’étranger : 17-14-3, 37 points en 34 matchs

« Comme visiteur, on connaissait la réputation de l’aréna, on savait que ça serait bruyant, qu’il y aurait de la pression. On essayait de venir et calmer la foule avec notre jeu, a expliqué Anderson. Mais c’est dur à faire. Le rythme change selon l’allure du match.

« Mais c’est probablement l’édifice le plus bruyant de la ligue. Comme visiteur, c’est motivant, tu veux être robuste. Tu ne rentres pas au Centre Bell en disant : bon, c’est un match comme un autre. Tu es survolté et c’est comme un match des séries. Vivre ça à tous les matchs, c’est excitant. »

Paul Byron a une expérience limitée comme visiteur au Centre Bell. Mais il est ressorti gagnant les deux fois, une victoire de 3-2 en tirs de barrage avec les Sabres de Buffalo, et un massacre de 6-2 avec les Flames de Calgary en 2014.

« Quand je jouais ici avec d’autres équipes, j’étais tellement enthousiaste. L’énergie et l’atmosphère, ça aide aussi l’autre équipe, a expliqué le vétéran ailier.

« Ma préparation est toujours la même, peu importe où. Mais à la maison, il y a des choses différentes. Ton énergie peut partir en montagnes russes. Ça arrive d’avoir des baisses d’énergie à la maison. Tu tiens des choses pour acquises, tu peux penser que ce sera plus facile à domicile.

« Mais si tout le monde est sur la même longueur d’onde, je ne vois pas pourquoi ça serait différent. »

On peut dire ce que l’on veut sur la valeur à accorder au dossier d’une équipe à la maison ou à l’étranger, il n’en demeure pas moins que les insuccès du CH à domicile l’an dernier ont semblé déranger. Prenez pour preuve cette remarque de Josh Anderson, sans même que la situation de l’an dernier ait été évoquée dans les questions.

« Je sais que l’an dernier, cette équipe n’a pas eu les résultats voulus à la maison. Ce sera une clé. Il faudra lancer un message et être une bonne équipe à domicile », a dit le colosse.

Un avantage qui se mesure encore

Dans toute sa bizarrerie, cette saison 2021 écourtée est théoriquement celle où l’avantage de la patinoire devrait peser le moins. La plupart des arénas sont vides et retransmettent des bruits de foule enregistrés. Avec la formule « baseball » du calendrier, les joueurs ne vivent plus dans leurs valises et ressentent moins les effets du décalage horaire.

C’est sans oublier les restrictions imposées par la LNH aux joueurs lors des voyages. Le couvre-feu au Québec devrait ajouter un incitatif pour respecter ces restrictions, mais on vous assure que même sans couvre-feu, le centre-ville d’Edmonton ne regorgeait pas de distractions non plus.

Le Canadien n’a montré aucun complexe sur la route, avec une fiche de 4-0-2 lors de son premier voyage de la saison.

Mais ces succès sont bien plus l’exception que la norme jusqu’ici. Si on exclut les six matchs du Canadien, les équipes de la LNH montrent une fiche de 57-24-11 à domicile cette saison. Le club à la maison a donc remporté 62 % des matchs !

Donc, oui, les joueurs perçoivent encore un avantage de la patinoire, même devant des gradins vides.

« Tu es dans ton aréna, dans ta zone de confort. Jouer dans un autre aréna, c’est différent. […] Il y a toujours un avantage à la maison, tu connais la configuration de la patinoire, les bandes », estime Anderson.

On aurait pu ajouter l’avantage du dernier changement, un avantage qui fonctionne moins contre une équipe comme le Canadien de 2021, qui déploie quatre trios diablement bien équilibrés.

En bref

Plier sans casser

Parlant des quatre trios… Claude Julien a pleinement confiance en son unité composée d’Artturi Lehkonen, Jake Evans et Paul Byron. « Ce sont trois travailleurs acharnés, qui se complètent bien, évalue l’entraîneur-chef. Je n’ai aucun problème à les envoyer contre les meilleurs trios, car ils sont fiables et ils reconnaissent contre qui ils jouent. » En 39 minutes de jeu à cinq contre cinq, le trio d’Evans a fait match nul avec les adversaires : un but marqué, un but accordé. Par contre, selon les données de Natural Stats Trick, ce trio n’a obtenu que 9 chances de marquer de grande qualité, et en a accordé 14. À leur défense, Evans et ses ailiers reçoivent des missions pas toujours faciles. « On a un gros rôle, comme la présence après notre avantage numérique, quand l’autre équipe revient avec son gros trio. Ça devient la niche de notre trio », croit Byron.

Pas d’Armia

Après avoir patiné en solitaire mardi, Joel Armia n’a pas été aperçu sur la patinoire mercredi. L'ailier droit, rappelons-le, se remet d’une mise en échec subie jeudi dernier à Vancouver. Son absence est-elle signe d’un recul, d’une mauvaise réaction à la suite de sa séance de la veille ? Claude Julien n’a pas voulu y répondre. « Il est dans le protocole. Je ne vais pas continuer à commenter sa progression chaque jour », a répondu l’entraîneur-chef.

Byron a eu peur

De son côté, Paul Byron a participé aux deux entraînements de la semaine, après avoir eu une frousse jeudi dernier, lorsqu’il a été atteint à un pied par une rondelle tirée par Shea Weber. Il avait raté l’entraînement du vendredi, et sa présence samedi avait été décidée tout juste avant la rencontre. « J’ai eu peur quand j’ai vu Shea se préparer à dégainer, a admis Byron. La rondelle était basse. J’ai essayé de me tasser. Quand j’ai été atteint, ça a fait mal. Je suis chanceux de pouvoir jouer. La prochaine fois, j’essaierai d’être mieux placé pour cacher le gardien, sans me faire atteindre ! »