Un centre numéro un de 22 ans sur le marché des transactions ? C’est rare. Très rare.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Un centre numéro un sur le marché des transactions ET originaire du Québec ?

Attendez. Il faut que je descende au sous-sol. Que je retrouve mes vieux guides des médias, ensevelis sous une pile d’anciens manuels scolaires des enfants. Ah, voilà ! Donc, il y a eu Jonathan Drouin. Mais il n’était ni établi au centre ni sur le premier trio. Alexandre Daigle ? Il jouait à l’aile. Non, il faut remonter encore plus loin.

Jusqu’à 1991.

Pierre Turgeon était alors passé des Sabres de Buffalo aux Islanders de New York. (Il est venu à Montréal trois ans plus tard.)

C’est pourquoi les amateurs de hockey d’ici ont suivi le feuilleton de Pierre-Luc Dubois avec autant d’attention qu’une finale de District 31. Pour la première fois depuis 30 ans, le Canadien avait la chance d’acquérir un jeune centre francophone d’élite, déjà établi dans la LNH. D’ajouter une vedette locale qui aurait propulsé le club au rang de favori de sa division. Un évènement aussi rare que le passage de la comète de Halley.

Puis Pierre-Luc Dubois a été échangé aux Jets de Winnipeg…

* * *

Est-ce grave ? Dubois est-il si bon que ça ?

C’est certain que si les seules 45 secondes que vous ayez vues de lui, ce sont celles de sa dernière présence avec les Blue Jackets de Columbus, jeudi soir, vous n’avez pas été impressionné. Avec raison. C’était une minute épouvantable. La pire de sa carrière. Ça lui a pris 10 secondes pour « patiner » du coin de la glace à son banc. Son entraîneur – dégoûté – l’a ignoré pour le reste de la rencontre.

PHOTO JAY LAPRETE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Pour mettre fin à la saga Pierre-Luc Dubois à Columbus, les Blue Jackets ont échangé leur centre de 22 ans et un choix de troisième tour en 2022 aux Jets de Winnipeg, contre les attaquants Patrik Laine et Jack Roslovic, samedi matin.

Mais oublions cette minute. Concentrons-nous plutôt sur les 4687 minutes précédentes.

Pendant ces trois saisons, Dubois a été parmi les jeunes attaquants les plus explosifs de la Ligue nationale. Un modèle de constance et d’efficacité. Un centre productif, imposant (6 pi 3 po), qui donne sa pleine mesure dans les situations stressantes. Ses huit buts en séries sont d’ailleurs un sommet parmi les joueurs de 22 ans ou moins de la LNH.

Ses statistiques à l’attaque se comparent avantageusement à celles des autres jeunes centres repêchés depuis cinq ans.

Points par match chez les centres repêchés depuis 2016

Auston Matthews, Maple Leafs de Toronto : 1,01
Elias Pettersson, Canucks de Vancouver : 0,92
Pierre-Luc Dubois, Jets de Winnipeg : 0,67
Nico Hischier, Devils du New Jersey : 0,65
Nick Suzuki, Canadien de Montréal : 0,61
Robert Thomas, Blues de St. Louis : 0,55
Martin Necas, Hurricanes de la Caroline : 0,52

Minimum de 50 parties

Notez que les noms des autres joueurs de cette liste se retrouvent rarement dans les rumeurs de transaction. Pour une bonne raison. Ces jeunes centres sont précieux. Leurs équipes y tiennent. Or, la relation entre Dubois et ses patrons était devenue houleuse. Insoutenable. C’est pourquoi le DG des Blue Jackets, Jarmo Kekalainen, a soumis son joyau aux enchères.

Le téléphone a sonné.

Souvent.

Le Canadien faisait partie des enchérisseurs. Pour une équipe qui aspire au championnat, Pierre-Luc Dubois est un atout formidable. Ses origines québécoises représentaient aussi un atout.

Mais un joueur de son calibre, ça coûte cher. Beaucoup plus, du moins, que la proposition la plus souvent entendue cette semaine : Pierre-Luc Dubois contre Phillip Danault (joueur autonome en 2021), Victor Mete (réserviste) et un choix de deuxième tour. Ou de premier tour. Et peut-être Ryan Poehling. Et Jayden Struble. Et Mattias Norlinder. Et Paul Byron. Et la recette des saucisses à hot-dog du Centre Bell.

D’autres suggéraient plutôt Jesperi Kotkaniemi et Cole Caufield. Je n’ai pas assisté aux téléconférences de Marc Bergevin et Jarmo Kekalainen, mais je présume que c’est déjà un peu plus proche de la réalité.

Pour le Canadien, un échange Dubois-Kotkaniemi aurait été logique. La fenêtre d’opportunité du Canadien est ouverte. Sur le court terme, le Québécois sera plus productif que le Finlandais. Sur le long terme ? On peut en débattre. Les deux sont comparables.

Ce sont de grands centres costauds, dotés d’une bonne vision du jeu. Cela dit, au même âge, Dubois a toujours été supérieur à Kotkaniemi. Être le DG des Blue Jackets, j’aurais exigé davantage.

Qui ?

L’autre jeune centre du Canadien.

Nick Suzuki.

Et là, du point de vue du Tricolore, le bénéfice à court terme aurait été moins évident. Suzuki, 21 ans, est déjà un centre complet, capable d’évoluer sur le premier trio, sur les unités spéciales et de faire les mises en jeu importantes. Il gagne aussi 4 millions de dollars de moins que Dubois. C’est non négligeable. Être le DG du Canadien, je n’aurais pas fait cette transaction.

Dans les circonstances, je vois mal comment le Canadien aurait pu déposer une meilleure offre que celle des Jets de Winnipeg. Kotkaniemi, 20 ans, est un bon hockeyeur. Son avenir est prometteur. Son potentiel est intéressant. Mais Patrik Laine, que les Blue Jackets ont obtenu contre Pierre-Luc Dubois, est déjà une vedette établie. À 22 ans, il a marqué 140 buts. Parmi les joueurs repêchés depuis cinq ans, seul Auston Matthews en a inscrit davantage (160). Aucun autre joueur n’en a réussi plus de 100.

PHOTO JOHN WOODS, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Patrik Laine

Dans la transaction, les Blue Jackets ont aussi acquis un centre, Jack Roslovic, 24 ans, choisi au premier tour en 2015. Pas un joueur d’élite. Sauf qu’il est né, il a grandi et a été formé à Columbus. Un plus pour l’organisation.

Le Canadien aura donc perdu les enchères pour Dubois. Une occasion ratée de mettre la main sur une rare vedette québécoise en pleine ascension. Mais considérant le prix final de la transaction, vous savez quoi ?

C’est peut-être mieux ainsi.

Vos meilleures traductions

Samedi, je vous ai demandé de trouver les mots justes pour décrire des situations sportives difficiles à traduire. Vous avez soumis des centaines de propositions. Je lis tout ça et vous reviens avec les meilleures suggestions plus tard cette semaine !