John Tortorella n’a jamais fait de cachette lorsqu’il était en conflit avec un joueur. Et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au lendemain d’un match au cours duquel le Québécois Pierre-Luc Dubois a été collé au banc pendant deux périodes et contraint à un peu moins de quatre minutes de jeu, l’entraîneur des Blue Jackets de Columbus a offert un laïus sans équivoque par rapport à son joueur de centre.

Sans pointer directement Dubois, Tortorella a indiqué qu’une partie « éreintante » de son travail consistait à composer avec les « différents types d’athlètes » du hockey d’aujourd’hui. « Il y a les prima donna, ceux qui ne sont pas capables d’attendre leur tour, a-t-il donné en exemple. Mon travail, et je le prends au sérieux, c’est de monitorer l’attitude, l’effort des joueurs, le genre de coéquipiers qu’ils sont, leur manière d’adhérer au concept d’équipe… »

« Je crois qu’il est important de suivre nos athlètes quotidiennement, et c’est ce que je fais, a-t-il poursuivi. Je ne pense pas qu’il faille en faire un grand cas. [Dubois] est un gars parmi d’autres dans une formation de 23 joueurs. Je les traite sans égard à l’argent qu’ils gagnent, leur rang de repêchage, qu’ils soient joueurs autonomes ou non ou qu’ils jouent sur le premier ou le quatrième trio. »

PHOTO GENE J. PUSKAR, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

John Tortorella

La situation de Dubois est de plus en plus intenable à Columbus. Il a signé une entente de deux ans, moyennant 5 millions de dollars par saison, à quelques jours du camp d’entraînement. Dans les heures suivant l’annonce du contrat, ni lui, ni Tortorella, ni le directeur général Jarmo Kekalainen n’ont semblé emballés.

Pendant les Fêtes, l’entraîneur a confirmé ce qui était dans l’air : Dubois a demandé à être échangé, a-t-il affirmé.

Jeudi soir, lors de sa dernière présence sur la glace avant d’être puni par son entraîneur, Dubois a mis d’interminables secondes à rentrer au banc des joueurs. L’ardeur au travail n’y était pas. Et il en a payé le prix.

« Concept d’équipe »

« On vit et on meurt avec le concept d’équipe, a encore dit Tortorella aux représentants des médias, vendredi midi. Je n’ai pas cloué Dubois au banc à cause d’une seule présence. Ça répond à ce qu’il fait depuis quatre ou cinq matchs. Je dirige des athlètes, je ne vais pas permettre que notre culture change. C’est ce qui nous a permis de survivre dans cette ligue et de devenir une meilleure équipe et d’accéder aux séries éliminatoires, et c’est ce qui va nous permettre de progresser en séries dans le futur. »

Tortorella a insisté sur le fait que la situation de Dubois n’a rien à voir avec celle de Sergei Bobrovsky et d’Artemi Panarin, au début de la saison 2018-2019. À l’époque, les deux joueurs russes amorçaient la dernière année de leur contrat et n’étaient qu’à quelques mois de devenir joueurs autonomes sans compensation. Au cours d’une rencontre en début de saison, ils ont exprimé à la direction qu’ils ne comptaient pas rester à Columbus l’année suivante.

« Après cette rencontre, ils ont tout donné sur la glace, a souligné Tortorella. Ce sont deux vrais professionnels. La présente situation, c’est celle d’un jeune joueur, pas celle d’un joueur autonome. C’est à lui de gérer la situation. On a été honnêtes avec lui, on a eu cette rencontre. Le reste lui revient sur la glace. »

Et d’ajouter, à un reporter qui a demandé si une réunion d’équipe avait été convoquée : «Les meetings, c’est fini. Je m’attends à des actions. Pas juste de Pierre-Luc, mais de tout le monde.»

Tortorella n’a pas confirmé si le Québécois serait en uniforme samedi contre le Lightning de Tampa Bay. Il ne dévoilera sa formation qu’en matinée, à quelques heures de la rencontre.

« Je dois être meilleur »

À son tour au micro, Dubois n’a pas été très loquace quant aux évènements des derniers jours ou à l’ambiance générale qui en résulte.

En anglais comme en français, il a répété à plusieurs reprises les lieux communs de circonstance.

« Comme joueur de hockey, on veut être sur la glace, faire une différence et aider ses coéquipiers. […] Je m’impose des standards élevés, je n’ai pas joué au niveau que je peux atteindre. Je dois être meilleur. […] Ce n’est pas la première fois que Torts ou un autre entraîneur me garde au banc ou garde un autre joueur. […] Les coachs sont payés pour coacher, et les joueurs, pour jouer. […] Tout le monde a un but commun ici, c’est de faire gagner l’équipe. »

Il a par contre insisté sur le fait qu’il trace une ligne entre sa vie sur la glace et hors de l’aréna, et que toutes les discussions qu’il a eues avec ses coéquipiers, son entraîneur ou la direction du club demeureraient « privées ». Ce n’est donc pas aujourd’hui que l’on connaîtra le fin détail de ses griefs envers son équipe qui justifient sa demande de transaction, qu’il n’a d’ailleurs pas niée.

Et ce n’est pas auprès de ses coéquipiers qu’on allait en apprendre davantage. Alexandre Texier, un ami proche de Dubois, a indiqué que les deux ne parlaient « pas beaucoup de ça » et que la tension ne créait pas de malaise dans le vestiaire. « Quand Pierre-Luc est sur la glace, il nous aide à gagner. Ce qui se passe à côté, ce n’est pas mes problèmes », a résumé le joueur français.

Quant au gardien Joonas Korpisalo, il a succinctement indiqué qu’il ne répondrait pas aux questions à ce sujet.