Même s’il ne s’agissait pas d’une soirée parfaite de sa part, Jesperi Kotkaniemi a probablement disputé mercredi soir son meilleur match depuis qu’il porte l’uniforme du Canadien.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le jeune homme n’a pas bien joué parce qu’il a amassé ses deux premiers points de la saison, il a obtenu deux points parce qu’il joue de la bonne façon.

Commençons d’abord par les travers, pour ensuite verser dans les fleurs.

Sur le deuxième but des Canucks, celui de Tyler Motte, en début de seconde période, Jeff Petry fait la première erreur en ratant le filet par un mille. La rondelle fait le tour de la rampe et aboutit sur le bâton de Motte qui file en contre-attaque à deux contre un.

Kotkaniemi, dont la passe à Petry a provoqué l’entrée de zone, aurait dû mieux lire la situation. Il voit ses ailiers Tyler Toffoli et Joel Armia foncer vers le filet. Il doit rester en retrait pour couvrir les arrières de Petry.

Le jeune homme a aussi écopé d’une punition coûteuse en milieu de deuxième période pour avoir accablé l’arbitre d’injures.

Kotkaniemi, à sa défense, venait d’être victime de deux crochepieds sur la même séquence. On pouvait à la limite accorder le bénéfice du doute au joueur des Canucks en repli défensif à la première occasion, mais à la seconde, le gardien Braden Holtby a étiré le bâton pour le faire trébucher et Kotkaniemi a failli se rompre le cou sur la bande derrière le filet.

Mais quand on a 20 ans, on se ferme la gueule, même si on est justifié de se plaindre. C’est un jeune homme intelligent, il devrait avoir appris la leçon.

Les fleurs maintenant. Le choix de première ronde du Canadien en 2018, troisième au total, a remporté seulement 11 % de ses mises en jeu lors du premier match à Toronto. Il a travaillé très fort à corriger cet aspect déficient de son jeu depuis le début de sa carrière.

Kotkaniemi a haussé son taux de réussite à 46 % lors du second match, à 66 % dans le troisième et à… 77 % contre les Canucks. Il a un taux d’efficacité de 61 % depuis trois matchs. Claude Julien hésite de moins en moins à lui confier des mises en jeu en territoire défensif.

Parmi les quatre centres de l’équipe, Kotkaniemi est désormais deuxième à ce chapitre (51,2 %), derrière Phillip Danault (53,4 %), devant Nick Suzuki (41,8 %) et Jake Evans (39,5 %).

Kotkaniemi a aussi été l’un des principaux générateurs d’attaque mercredi soir. Il fallait avoir une vision supérieure à la moyenne pour repérer Toffoli à la ligne bleue adverse sur le premier but du match du CH. Avec un peu de chance, le Finlandais aurait obtenu une ou deux passes de plus.

Holtby n’a pas très bien paru sur son but, mais Kotkaniemi doit en tirer une leçon : lancer plus souvent au filet, et surtout décocher plus vite.

Le plus impressionnant dans le cas de Kotkaniemi demeure sans doute son jeu dans l’ensemble. Il avait étonné en séries éliminatoires par son implication, une meilleure force physique, surtout au niveau du bas du corps, et sa robustesse.

Il a conservé tous ces attributs, mais a amélioré son jeu défensif. Il récupère de nombreuses rondelles en fond de territoire pour appuyer ses défenseurs, « casse » des jeux et effectue lui-même de nombreuses sorties de zone, sans compter ses entrées de territoire en possession de la rondelle, grâce entre autres à son gabarit avantageux.

Il y aura encore des hauts et des bas, évidemment. Mais sa progression est constante et s’il maintient cette ascension constante, il pourrait, on dit bien « pourrait », devenir un centre dominant.

Il faut sans cesse se rappeler son âge. Jesperi Kotkaniemi était l’un des plus jeunes de sa cuvée. Il était d’âge junior l’an dernier. Il a dix mois de moins que Brady Tkachuk et Quinn Hughes, repêchés eux aussi en 2018. Il a l’âge de Nick Suzuki l’an dernier. Suzuki, on le rappelle, a pris son envol en deuxième moitié de saison.

Kotkaniemi, né en juillet 2000, a seulement un an et trois mois de plus qu’Alexis Lafrenière, né en octobre 2001, fraîchement repêché il y a quelques mois.

Kotkaniemi mesure 6 pieds 2 pouces et pèse 205 livres, il peut encore gagner en coffre. À son âge, Aleksander Barkov, des Panthers de la Floride, venait de connaitre des saisons de 24 et 36 points. À son âge, Leon Draisaitl avait amassé 9 points en 37 matchs à ses premiers pas dans la LNH la saison précédente.

Il ne s’agit pas ici de comparer les trois joueurs, mais de rappeler que la patience est maîtresse avec les jeunes joueurs de talent.

À lire

1- L’arbitre aurait pu décerner quelques punitions supplémentaires aux Canucks sur certaines séquences en particulier, mais les joueurs du CH doivent aussi montrer plus de discipline. L’analyse du match contre les Canucks de Simon-Olivier Lorange ici.

2- L’ancien VP aux communications de l’Impact de Montréal, Stéphane Banfi, rappelle la recette pour donner au CF Montréal son identité. Une recette déjà éprouvée il y a quelques années…

3- Deuxième partie de l’interview de Dick Pound avec Simon Drouin.