Le sourire aux lèvres et les yeux humides, les spécialistes du désavantage numérique – et leur entraîneur – se sont félicités de toutes les manières possibles d’avoir tenu au silence Connor McDavid et Leon Draisaitl en 10 supériorités numériques plus tôt cette semaine.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Après avoir alloué trois buts en six occasions aux Canucks de Vancouver en pareilles circonstances, les visages étaient plus longs, mercredi soir. Surtout en raison de la défaite de 6-5 subie en fusillade dans ce premier de trois matchs en quatre soirs sur la côte Ouest.

« On a du vidéo, les équipes s’adaptent », a suggéré Phillip Danault, qui a passé cinq minutes sur la glace à court d’un homme à Vancouver. Les joueurs des Canucks ont fait preuve d’une « meilleure exécution », ils s’échangeaient mieux la rondelle, a-t-il ajouté.

L’entraîneur-chef Claude Julien, lui, avait laissé au vestiaire les euphémismes : « On a été mous. »

Un temps de réaction déficient, des joueurs qui n’ont « pas fait leur travail », des rondelles libres laissées libres, justement… La liste d’ajustements à apporter est longue d’ici au prochain match contre cette même équipe, qui sera disputé dès ce jeudi. Il faudra donc revenir à l’essentiel de ce qui a fait le succès du club à Edmonton.

Autre suggestion, probablement plus efficace : pourquoi ne pas plutôt jouer moins longtemps en infériorité numérique ? Les internautes se sont bien amusés, la semaine dernière, après qu’un gros plan des notes de Claude Julien à la télévision eut révélé une feuille de route tout en simplicité. « Discipline » figurait parmi les quatre thèmes-clés retenus.

Julien n’avait pas tout faux car, même si le cliché est gros comme ça, il demeure fiable : à jouer avec le feu, on finit par se brûler. Surtout contre les Canucks, dont le jeu de puissance a frisé les 25 % d’efficacité la saison dernière et qui ne demandaient qu’une occasion de se mettre en marche après un début de campagne ronflant.

Le Tricolore ne s’est pas fait prier pour leur donner la chance qu’ils attendaient. Une première pénalité dans les premières secondes du match, une deuxième à mi-chemin en première période, et c’était parti. Bo Horvat a marqué un premier but pour son équipe en avantage numérique cette saison, à la 17e tentative des siens. Seulement quatre autres ont été nécessaires pour ajouter deux filets.

« Peut-être qu’on est un peu rouillés, mais il faut nous assurer de bouger nos pieds, de moins accrocher et de faire attention à nos bâtons », a encore dit Danault.

« Les pénalités, ça arrive. Mais il faut faire attention », a-t-il répété.

Hauts et bas pour Kotkaniemi

Tout ça est un peu dommage, car le trio piloté par Jesperi Kotkaniemi était venu pour marquer des buts. Et ça tombe bien, car le gardien Braden Holtby et sa défense étaient résolus à en donner.

Tyler Toffoli, qui avait raté de multiples chances de marquer au cours de ses trois premiers matchs dans son nouvel uniforme, a réussi un tour du chapeau, son quatrième en carrière.

Un premier but en échappée après une remise transversale de Kotkaniemi, un deuxième en avantage numérique qui n’a nécessité que sa présence près du filet pour rediriger une passe parfaite de Nick Suzuki, et un troisième réussi sur une déviation. Trois buts qui démontrent l’étendue de l’arsenal du numéro 73.

Sans surprise, après la rencontre, l’homme du jour avait la mine basse. « Ça m’importe peu, qui marque : je veux juste gagner, a-t-il lancé. C’est une dure défaite. »

De son joueur de centre, qui a lui-même marqué son premier but de la saison, il a fait remarquer qu’il avait « bien paru » et que « même si ce n’était pas son plus gros tir [qui a fait mouche], il était dû. »

Quant à Joel Armia, Claude Julien a fait remarquer qu’il avait disputé son « meilleur hockey depuis le début de la saison » en deuxième moitié de rencontre. De fait, on a vu le Finlandais mettre à profit son gabarit – parlez-en à Quinn Hughes, qui l’a eu sur le dos toute la soirée – et démontrer que sa capacité à protéger la rondelle compense son manque de vitesse. C’est lui, notamment, qui a trouvé Jeff Petry à la pointe sur le cinquième but du CH après s’être moqué de Hughes.

Créatif en attaque et dominant au cercle de mise en jeu (7 en 9, ou 78 %), Kotkaniemi mériterait lui aussi son pouce en l’air, s’il n’avait pas écopé d’une pénalité pour conduite antisportive après avoir harangué un arbitre en deuxième période. Sa présence au banc des pénalités lui a offert le meilleur siège de l’amphithéâtre pour assister au troisième but des Canucks.

Il a peut-être un peu exagéré en affirmant que l’incident avait « probablement coûté la victoire » à son équipe. Car bien des choses ont « probablement coûté la victoire » au Canadien.

Mais il a visé juste en affirmant que c’était une « chose stupide à faire pour un jeune joueur ». « Je vais apprendre de ça », a-t-il promis.

Son entraîneur a abondé en rappelant qu’un joueur de 20 ans devait bâtir sa réputation avant d’acquérir le droit de dire sa façon de penser à un arbitre de la sorte. Et que, oui, c’était la leçon à tirer.

On n’a pu s’empêcher de sourire lorsque Claude Julien a aussi fait remarquer que Kotkaniemi n’avait « pas encore gagné ses plumes dans la LNH ».

On souhaite surtout au Canadien de ne pas trop en avoir perdu dans la défaite, car il lui faut remettre ça dès ce jeudi soir.

Pas le temps de niaiser, dit-on. Une autre leçon, tiens donc.

Prochain match : Canadien c. Canucks, ce jeudi à 21 h 30 (heure du Québec)

Dans le détail

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @STATSCENTRE

Quinn Hughes et Josh Anderson

Défense en rodage

Tels des humoristes qui testent leur matériel en province, les défenseurs des Canucks sont toujours en rodage. La moitié de la brigade utilisée jusqu’ici cette saison est composée de nouveaux venus, et ça a paru mercredi soir contre le Canadien. Sur le premier but de Tyler Toffoli, Travis Hamonic avait quitté sa position pour aider son partenaire Quinn Hughes, malmené sur l’aile gauche par Joel Armia. Toffoli a été laissé seul, et on connaît la suite. Sur le deuxième du Canadien, Nate Schmidt a plongé comme il a pu pour stopper la passe de Nick Suzuki vers Toffoli, en vain. Et sur le troisième, ça allait très (trop) vite pour Jalen Chatfield, qui disputait son premier match dans la LNH. Il reste encore plusieurs boulons à serrer, visiblement.

On efface et on recommence

Heureusement que les joueurs du Canadien employés en infériorité numérique pourront se reprendre dès ce jeudi soir pour surveiller Bo Horvat dans l’enclave. Car pour ce premier duel, c’était raté sur toute la ligne. En début de rencontre, Horvat, posté près du cercle de mise en jeu, a accepté une courte remise en retrait de J.T. Miller pour déjouer Carey Price. Et il a remis ça au troisième vingt en décochant cette fois un tir à courte distance, bien servi par une passe de Brock Boeser. Sur ses deux buts, Horvat a échappé à la couverture de Paul Byron et de Phillip Danault, respectivement. On efface et on recommence.

Souvenirs perdus

Si les spectateurs étaient admis dans les arénas canadiens, au moins quatre d’entre eux auraient aujourd’hui un souvenir offert par un joueur du Tricolore. Josh Anderson a déjà écopé, mercredi soir, de la quatrième pénalité du Canadien pour avoir retardé le match cette saison, et ce, en quatre rencontres seulement. Shea Weber, à Toronto, puis Artturi Lehkonen et Ben Chiarot, à Edmonton, ont été les autres fautifs. Il y a de quoi faire rager les partisans de n’importe quelle équipe qui se rend coupable d’envoyer la rondelle dans les gradins. Surtout dans une situation où, comme ç’a été le cas pour Anderson, le geste est de toute évidence involontaire.

Note : Ce texte a été édité. Dans une version précédente, on mentionnait, à tort, qu'il s'agissait de la troisième punition de ce type pour le Canadien cette saison.

Ils ont dit

PHOTO BOB FRID, USA TODAY SPORTS

Tyler Toffoli

Ce n’était pas le meilleur match de notre équipe. On a laissé [les Canucks] manœuvrer, on leur a donné beaucoup d’avantages numériques, et ils sont très bons dans cette situation. C’est malheureux.

Tyler Toffoli

On n’est pas fiers de notre match. Ce n’est pas notre identité du tout. Et il faut le leur donner, ils ont joué un fort match. […] Le point positif à retenir, c’est qu’on est revenus de l’arrière. On n’a jamais abandonné et on a marqué de gros buts.

Phillip Danault

Même si on n’a pas connu un gros match, on a semblé mieux jouer au fur et à mesure que la partie avançait. En troisième période, on patinait beaucoup mieux. Quand on n’est pas à notre meilleur et qu’on réussit à rester dans le match et à amasser un point, c’est important en bout de ligne. On va prendre le positif.

Claude Julien

Tyler Toffoli est un marqueur dangereux. Quand il peut tirer la rondelle, il va capitaliser. Je ne sais pas ce qu’il y a avec cet aréna, mais il aime marquer ici !

Bo Horvat, capitaine des Canucks

Tous les matchs sont différents et le but, c’est de gagner. Ce ne fut pas si beau, il y a eu des buts marqués alors que j’aurais dû faire l’arrêt, mais j’ai pu me reprendre plus tard. Il faudra être meilleurs [jeudi], ils vont arriver plus forts.

Braden Holtby

On sait qu’on peut faire une différence à 5 contre 4. Ç’a été énorme de marquer ce premier but. Il y a beaucoup d’endroits où on peut tirer. C’est un work in progress.

Brock Boeser

Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange et Richard Labbé, La Presse