La normalité, Hendrix Lapierre doit en avoir fait son deuil depuis longtemps.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

En raison de la pandémie, il n’a disputé que cinq matchs avec les Saguenéens de Chicoutimi depuis le début de la saison. En raison d’une éclosion au camp de l’équipe canadienne junior, il a dû s’enfermer deux semaines dans une chambre d’hôtel de Red Deer, en Alberta… avant d’être renvoyé à la maison, en raison du surplus de talent au sein de la formation.

Autant de rebondissements auraient de quoi laisser songeur le plus endurci des hockeyeurs. Mais Lapierre n’a pas trop la tête à revisiter les hauts et les bas des derniers mois, occupé comme il est à apprivoiser le rythme de la LNH aux côtés d’Alex Ovechkin, Nicklas Backstrom et Evgeny Kuznetsov, entre autres.

Choix de premier tour (22e au total) au dernier repêchage, le Québécois a reçu une invitation au camp d’entraînement des Capitals de Washington, sa toute première expérience chez les professionnels. Il ne sait pas trop ce que les prochains jours lui réservent, mais il n’en a cure, car il savoure pleinement la chance qui se présente à lui.

« L’accueil est incroyable, s’exclame l’attaquant de 18 ans au bout du fil. On est traités comme des rois, tout le monde est gentil avec moi… Je suis un gars qui pose beaucoup de questions, j’espère que je ne suis pas trop achalant ! »

Ses questions, il a pu les poser aux grandes vedettes des Capitals, et ce, même si depuis le début du camp, il est jumelé aux joueurs issus, comme lui, des ligues mineures.

Jeudi, au cours d’un match intraéquipe, Lapierre s’est retrouvé dans la même équipe qu’Ovechkin, Kuznetsov et Tom Wilson. Pour son plus grand plaisir, il a pu échanger avec eux sur le banc.

Ce sont des gars qui sont là depuis longtemps, ils savent comment ça marche, et malgré tout, ils continuent de vouloir apprendre. C’est assez incroyable.

Hendrix Lapierre, espoir des Capitals de Washington

De son match, il dresse un bilan mitigé, car il avoue s’être rendu coupable de « trois ou quatre erreurs, surtout mentales ». En substance, des revirements provoqués par des tentatives de passes pour lesquelles il s’est « compliqué la vie ».

« Il y a beaucoup moins de temps [de réaction] que dans le junior, il faut s’habituer, dit-il. Dans l’ensemble, je pense que ç’a été correct, considérant que c’était mon premier match avec ces gars-là. J’ai été intense. »

Imposant Chara

Lapierre a en outre pris part à un exercice en avantage numérique avec T.J. Oshie et Backstrom – le Suédois, joueur de centre comme lui, a pu lui donner quelques conseils stratégiques.

En fait, quand on lui demande lequel de ses coéquipiers du moment l’impressionne le plus, il marque une pause et convient qu’il pourrait « tous les nommer ».

Mais une rencontre a particulièrement résonné. Celle avec Zdeno Chara, arrivé à Washington après 14 saisons à Boston.

Les Capitals ont d’ailleurs publié sur leur compte Twitter une photo montrant Lapierre et Chara en conversation à l’entraînement, avec une légende précisant que le géant slovaque a fait ses débuts quatre ans avant la naissance du Québécois.

« Comme moi, il tripe sur le hockey, alors on a parlé de hockey ! », s’esclaffe Lapierre, évoquant, encore une fois, une rencontre « incroyable » – sans surprise, l’épithète revient souvent dans la discussion.

« C’est une légende, un futur membre du Temple de la renommée, énumère le jeune homme. Il est vraiment impressionnant. Après le match de jeudi, je m’étirais et je le voyais continuer à travailler. On voit à quel point il prend soin de son corps, il veut jouer encore longtemps. Il faut suivre ce qu’il fait. »

À sa place

Tous les superlatifs mis à part, Lapierre estime être à sa place, même s’il est bien conscient qu’il a encore beaucoup de croûtes à manger.

Je ne veux pas avoir l’air trop confiant, mais je crois en mes habiletés, en ma passion du hockey qui me pousse à m’améliorer.

Hendrix Lapierre

Du junior à la LNH, « c’est un gros step », reconnaît-il. N’empêche, « je ne suis pas dérouté », ajoute-t-il.

« Je veux juste continuer à travailler et à faire les bonnes choses. »

Deux autres journées d’entraînement l’attendent encore ce week-end, de même qu’un ultime match intraéquipe. D’inévitables coupes seront ensuite apportées, alors que la saison s’amorce mercredi.

Puisque la LHJMQ est la seule ligue junior active au Canada, il s’attend à rentrer à Chicoutimi dans l’éventualité – probable, il est vrai – que les Capitals ne le gardent pas avec leur équipe principale ou avec leur escouade d’urgence.

Peu importe le verdict, il estime avoir déjà réalisé « un rêve » et sait que c’est propulsé par « un gros boost d’expérience et de confiance » qu’il rentrera au Saguenay si c’est là qu’il est attendu.

« Après le match de dimanche, on aura les discussions nécessaires. Je n’en sais pas plus, dit-il. Ma job, c’est d’être prêt à jouer. C’est ce que je vais faire. »

Quarantaines en série

Mine de rien, Hendrix Lapierre revendique désormais une solide expérience de quarantaines. Il en a vécu une de 14 jours à Chicoutimi avant le camp d’Équipe Canada, une autre de deux semaines à Red Deer pendant ledit camp, et il a dû en observer une autre encore à son arrivée à Washington. Bout à bout, cela représente donc au moins 35 jours d’isolement et « beaucoup de chambres d’hôtel », convient le principal concerné, qui s’empresse toutefois d’ajouter qu’il y a « des choses bien pires que ça ». Il a entre autres une pensée pour le personnel de la santé « qui travaille d’arrache-pied, pendant de longues heures, pour en finir avec la COVID-19 ». Dans ces circonstances, « le moins que je puisse faire, comme joueur de hockey, c’est de me protéger ». Sages paroles, s’il en est.