C’était devenu une tradition. Depuis trois ans, à pratiquement chacune de ses conférences de presse, Marc Bergevin se faisait interroger sur la façon dont il allait gérer son espace sous le plafond salarial. Le directeur général du Canadien s’est assuré d’éviter ces questions pour au moins une saison !

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Bergevin s’adressait aux médias dimanche, début du camp d’entraînement du Tricolore. Son point de presse a permis de déterminer les principaux enjeux de ce court camp de sept entraînements, deux matchs intraéquipe et aucune rencontre préparatoire.

Ça laisse donc bien peu de temps pour régler les principales questions d’ici au 13 janvier. Et tout porte à croire que la gestion du plafond salarial se profilera derrière ces questions.

1– Quel vétéran écopera ?

Dans une réponse, Bergevin a évoqué des « décisions difficiles » à venir. Dans une autre, il a parlé des « joueurs avec des contrats à plus long terme et de plus gros salaires », qui pourraient passer au ballottage sans être réclamés. Difficile de ne pas penser à Paul Byron en écoutant le directeur général. Byron a encore sa place dans la LNH ; c’est ce qu’il a démontré en séries éliminatoires l’été dernier, où on l’a revu en pleine santé. Il est aussi assistant au capitaine. Le problème, c’est plutôt son contrat, auquel il reste trois autres saisons, à 3,4 millions de dollars par saison. C’est un très lourd contrat à accepter dans une situation de plafond salarial fixe à moyen terme. Lourd pour le Canadien, d’autant plus qu’avec Corey Perry et Michael Frolik, le CH a trouvé deux ailiers de quatrième trio, mais à 750 000 $ pour la saison. Mais lourd aussi pour les 30 autres équipes qui le verraient passer au ballottage, si Byron y est soumis. Il sera intéressant de voir qui seront les partenaires de trio du numéro 41 à compter de lundi.

2– Quel rôle pour les nouveaux attaquants ?

On ne parle pas ici de Josh Anderson et de Tyler Toffoli. Avec les contrats qu’ils ont en poche, il est évident qu’ils joueront à l’aile au sein des trois premiers trios. On parle plutôt des susmentionnés Perry et Frolik. La production de Perry est en chute libre depuis quatre ans, mais il s’est ressaisi lors des dernières séries. À 35 ans, Perry peut encore aider une équipe, foi de Bergevin. « Corey a eu d’excellentes séries. Je dis souvent qu’il y a des joueurs qui t’aident à te rendre en séries, et d’autres qui t’aident à gagner en séries. Corey est un joueur qui t’aide à gagner en séries », a décrit Bergevin, vantant « son niveau de compétitivité ». Frolik a lui aussi connu une baisse de régime (14 points en 57 matchs la saison dernière), mais il a 32 ans. Le Tchèque n’a toutefois pas eu droit à une description aussi enthousiaste de la part de son patron. « À un moment donné, il sera dans la formation. Entre le 3 et le 13 [janvier], il peut se passer des choses. Il y a toujours des blessés », a dit Bergevin.

3– La fameuse escouade volante

On vous rappelle cette nouveauté de la saison 2021 que sera l’escouade volante (taxi squad) : un groupe de quatre à six joueurs, qui vont s’entraîner avec l’équipe. Le but de cette escouade est de faciliter les rappels, notamment en cas d’éclosion de COVID-19. Or, un joueur qui y sera placé devra suivre la même démarche que s’il était cédé dans la Ligue américaine, soit passer par le ballottage si nécessaire. Mais pour l’équipe, c’est aussi une façon de gagner de l’espace sous le plafond salarial en y « cachant » des contrats, un peu comme le faisait Bergevin avec Karl Alzner ces dernières années. Pour cette saison, c’est la première tranche de 1,075 million de dollars d’un contrat qui peut être « cachée ». Pour reprendre l’exemple de Byron, son impact sous le plafond salarial passerait donc de 3,4 à 2,325 millions de dollars s’il était cédé à l’escouade volante.

4– La place des réservistes

On l’a écrit plus haut, le Canadien étouffe sous le plafond salarial. Pour se doter de marge de manœuvre, Bergevin prévoit donc de garder un minimum de réservistes dans son équipe. Les clubs peuvent avoir un maximum de 23 joueurs dans leur formation, soit un maximum de trois réservistes qui ne jouent pas. « Avoir 23 joueurs en partant, ça ne sera pas possible », a statué Bergevin. Ceux qui perdront les luttes au camp seront donc fort possiblement cédés à l’escouade volante. Oubliez un scénario où Bergevin garderait 14 attaquants ou 8 défenseurs afin d’éviter d’en perdre un au ballottage. D’ailleurs, Bergevin a prévenu qu’il y aurait « beaucoup de transactions quotidiennes », ce qui laisse croire que des joueurs qui écoulent leur contrat d’entrée (comme Jesperi Kotkaniemi, Nick Suzuki, Alexander Romanov) pourraient être cédés sur papier – entre les matchs – à Laval ou à l’escouade volante, puisqu’ils n’ont pas à passer au ballottage.

5– Une formation complète

Bergevin a aussi dit que son équipe était complète « à 100 % ». La question a été soulevée, car la semaine dernière, les confrères Renaud Lavoie et Eric Engels ont rapporté que le Tricolore avait démontré de l’intérêt pour le vétéran Zdeno Chara, qui s’est finalement entendu avec les Capitals de Washington. Bergevin ne s’est toutefois pas expliqué précisément sur le cas de Chara, et le relationniste Paul Wilson avait prévenu les médias, en début de conférence, que Bergevin n’était pas autorisé à parler de joueurs qui appartiennent à d’autres équipes. Ce qui est bien dommage, remarquez, parce qu’il aurait été intéressant de l’interroger sur Pierre-Luc Dubois, un joueur qu’il avait dans sa ligne de mire au repêchage de 2016 (voir le texte de Mathias Brunet). Précisons toutefois que tout joueur qui s’ajouterait à l’équipe devrait d’abord se soumettre à une quarantaine de sept jours. Que ce soit au camp ou pendant la saison, les circonstances ne seront pas idéales pour intégrer de nouveaux joueurs. « Je dis souvent que c’est difficile de faire une transaction, et ce le sera encore plus cette saison avec la COVID », a laissé tomber Bergevin.

6– Une équipe « sérieuse »

Au terme de l’exercice, Bergevin est persuadé qu’il déploiera une équipe qui sera redoutable. Ce bout de commentaire qu’il a fait en parlant de Corey Perry en dit long sur son état d’esprit. « En l’ajoutant à notre équipe, ça envoie un message à nos joueurs et aux autres équipes que nous sommes sérieux (we mean business), on veut gagner et on peut pratiquer tous les styles de jeu. » Rarement a-t-il parlé avec une telle confiance avant le début d’une saison. Mais rien n’est joué au sein d’une division canadienne qui s’annonce très serrée, où six des sept équipes peuvent légitimement aspirer au premier rang.

En bref

Au moins deux absents lundi

Le Canadien a invité 42 joueurs pour ce camp, qui seront divisés en deux groupes pour les entraînements. On sait déjà qu’ils ne seront que 40 lundi, puisque Corey Perry et Tomas Tatar manqueront à l’appel. Les deux attaquants n’ont pas encore terminé leur quarantaine – Perry parce qu’il s’est entendu avec le CH sur le tard, Tatar pour un motif qui nous échappe. Les deux ailiers devraient toutefois retrouver leurs coéquipiers mardi.

Guhle et Mysak dans l’entourage du Rocket ?

Le Championnat du monde junior de Jan Mysak s’est terminé samedi avec l’élimination de la République tchèque. Kaiden Guhle, autre espoir du Tricolore, jouera en demi-finale lundi. Mysak et Guhle devront ensuite jouer respectivement dans les ligues de l’Ontario et de l’Ouest (OHL et WHL). Par contre, aucun des deux circuits ne prévoit commencer sa saison avant février, et pour des raisons à la fois financières et sanitaires, rien n’assure que ces deux ligues pourront tenir une saison en bonne et due forme. Bergevin a révélé qu’il y avait « une possibilité » que des joueurs d'âge junior puisse participer à des camps de la Ligue américaine, si les deux ligues sont incapables d’amorcer leur saison à temps. Puis, tard dimanche soir, le confrère Arpon Basu a rapporté des informations selon lesquelles ces joueurs pourraient être autorisés à jouer dans la LAH, et que le Tricolore envisagerait cette option pour Guhle. La LAH prévoit actuellement amorcer ses activités le 5 février.