(Québec) La crise de la COVID-19 pourrait faciliter le retour d’une équipe de hockey de la ligue nationale à Québec, a déclaré Pierre Karl Péladeau vendredi lors d’une entrevue avec une radio de la capitale.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« On peut légitimement penser que les circonstances actuelles peuvent changer le scénario », a lancé le grand patron de Québecor à Radio X. « C’est une opportunité pour Québec et une opportunité pour la Ligue. »

L’opportunité en question découle selon le chef d’entreprise de l’incertitude qui entoure les prochains mois dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Le hockey, comme les autres sports professionnels, a été mis K.-O. par le virus SARS-CoV-2.

Les matchs ont été annulés. La saison 2019-2020 est en suspens. Les répercussions financières pour la ligue et les équipes sont encore inconnues. Elles seront probablement importantes.

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C'était le bon temps : Robert Picard, Chris Nilan, Guy Carbonneau, Peter Stastny et Craig Ludwig lors d'un match au Forum de Montréal le 29 janvier 1986.

Ce contexte permet à Québecor, avec son amphithéâtre, sa chaîne de télévision sportive et ses myriades d’autres activités de devenir un partenaire encore plus attrayant pour la LNH, a soutenu en substance M.  Péladeau.

« Si c’était chambranlant le plan d’affaires, je me dirais peut-être que les dirigeants de la Ligue ont des raisons de douter. Mais dans les circonstances que nous connaissons, avec les outils, les actifs et les avantages dont dispose Québecor, honnêtement j’ai de la difficulté à dire ce qui nous manque pour réussir », a avancé l’homme d’affaires.

« C’est probablement ce à quoi les dirigeants de la Ligue vont être extrêmement attentifs », croit-il.

Les experts ne s’entendent pas sur l’ampleur des changements à venir dans la LNH. L’un d’entre eux contacté par La Presse estime qu’il en faudra beaucoup pour que la Ligue se résolve à laisser une équipe changer de marché.

Mais selon Pierre Karl Péladeau, la crise actuelle viendra possiblement affaiblir le système de péréquation de la LNH, qui permet aux équipes les moins riches de garder la tête hors de l’eau.

« Il y a un système de péréquation qui peut permettre à un certain nombre d’équipes en situation financière difficile d’être alimentées par ce système-là. Mais si compte tenu des circonstances ce système fonctionne moins bien qu’il fonctionnait, est-ce qu’il faut revoir le plan d’affaires ? », s’est-il demandé.

En quelque sorte, la crise de la COVID-19 viendrait non seulement éroder les revenus des équipes, mais la solidarité qui lie les plus riches des plus pauvres d’entre elles.

« On peut difficilement trouver une entreprise qui va exploiter une équipe professionnelle avec autant d’atouts et d’avantages », croit M.  Péladeau, qui a refusé une demande d’entrevue de La Presse.

Des mois d’incertitude

Le scénario élaboré par M.  Péladeau n’est pas farfelu, estime Michael Goldberg, vice-président finances du sport à DBRS Morningstar. Cette agence de crédit vient de publier une note sur l’avenir de la cote de crédit des grandes ligues professionnelles. M.  Goldberg l’a cosignée.

Mais l’expert apporte d’importantes nuances. Selon lui, la Ligue nationale de hockey et les propriétaires ont encore beaucoup de marge de manœuvre financière. Ils ne sont pas du tout au pied du mur.

« Je pense que les choses devraient vraiment beaucoup s’aggraver pour qu’une équipe se rende jusqu’à devoir déménager, explique-t-il en entrevue. Il faut rappeler qu’avant la pandémie la ligue était probablement riche comme jamais, et ça vaut pour la plupart des franchises. »

Par contre, la LNH dépend davantage des revenus au guichet que les autres grandes ligues sportives, car ses ententes avec les réseaux de télévision sont moins lucratives, précise le rapport de DBRS Morningstar.

Les prochains mois seront donc critiques. Le scénario le plus inquiétant pour les équipes pauvres ?

« C’est un scénario où il n’y a pas vraiment de retour à la normale. Oui, les matchs reprennent quelque part en 2020 ou en 2021, oui les spectateurs ont le droit d’acheter des billets, note Michael Goldberg. Mais imaginons que la situation économique est si mauvaise que les gens n’achètent pas de billets. Ou alors ils ont peur de se rendre à l’aréna. »

Dans ce cas-ci, l’hypothèse de M.  Péladeau lui apparaît plus plausible. « Mais on parle de moyen à long terme », ajoute-t-il.

Rappelons que les Nordiques de Québec ont disputé leur dernier match il y a près de 25 ans jour pour jour, le 16 mai 1995, au Madison Square Garden de New York.