Il y a quelques mois à peine, David Ayres était un pur inconnu. Aujourd’hui, il espère que sa soudaine popularité puisse contribuer à donner un sérieux coup de pouce à ceux qui en ont bien besoin.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Son nom vous dit quelque chose ? Ce serait normal. En février, dans ce qui nous semble un passé très lointain en ces temps incertains, David Ayres a peut-être rédigé le plus savoureux chapitre de la saison 2019-2020 lorsqu’il a mis son masque de gardien, ses jambières et ses gants, et surtout, lorsqu’il a enfilé d’urgence un chandail des Hurricanes de la Caroline.

C’était le 22 février. Le pire, c’est qu’il ne devait même pas jouer ce soir-là, pas plus que tous les autres soirs, d’ailleurs.

À 42 ans, il ne faisait pas partie de la formation des Hurricanes, et il n’a jamais cru en faire partie de toute façon. Mais voilà, les deux gardiens du club ont été blessés l’un après l’autre, et puis c’est lui, chauffeur de Zamboni de son état, mais aussi gardien d’urgence à l’occasion, qui a été désigné pour aller sauver le reste de ce match face aux Maple Leafs de Toronto.

La suite, elle fait déjà partie de l’histoire du hockey. Ayres et les Hurricanes ont remporté une improbable victoire de 6-3, et dans les jours qui ont suivi, un phénomène est né. Le bâton qu’il a utilisé ce soir-là sur la glace des Leafs est déjà encadré sur un mur du Temple de la renommée à Toronto.

Lors de notre conférence Zoom, l’image qui apparaît de David Ayres à l’écran est un peu la même que celle qu’on a déjà vue des dizaines de fois à la télé : celle d’un gars souriant, de toute évidence sympathique, qui a cette face du type qui a de la misère à croire à ce qui lui est arrivé au mois de février.

« On dirait que c’est arrivé il y a très longtemps, commence-t-il par expliquer. Avec la présente crise, j’ai l’impression que ça fait des lunes que je n’ai pas mis les patins ! »

Je sais qu’à la suite de ce match, il y a eu un phénomène qui a pris naissance, ils ont commencé à faire des t-shirts à propos de ce match-là en Caroline et tout le monde s’est bien amusé ! J’ai obtenu beaucoup d’attention à la suite de ce soir-là, mais pour moi, la chose la plus importante, c’est que j’ai aidé l’équipe à gagner.

David Ayres

Ayres rigole quand on lui demande s’il sera invité au prochain camp des Hurricanes (« j’ai juste hâte de retourner sur la glace ! »), mais ces jours-ci, il s’attaque à une cause plus sérieuse que le résultat d’un match de hockey.

Greffé du rein

Ainsi, le natif de l’Ontario a choisi la présente pause pour s’impliquer auprès de la Fondation canadienne du rein afin de mettre en lumière les obstacles qui se dressent sur la route des gens affectés par une affection aux reins ces jours-ci.

À cette fin, un fonds d’urgence a été créé, qui a permis d’amasser un peu plus de 87 000 $.

Il faut préciser qu’Ayres, lui-même greffé du rein à l’âge de 26 ans, comprend très bien cette situation.

« Il y a des gens qui ont besoin de traitements et qui peuvent être touchés par la situation dans les hôpitaux, parce que soudainement, il n’y a plus de place pour eux et pour leurs traitements. »

« Il y a des gens qui doivent peut-être reporter leurs traitements de dialyse et ça peut évidemment avoir un impact sur leur condition physique. C’est quelque chose qui est réel en ce moment, et chez ces gens-là, ça peut semer de l’inquiétude. »

PHOTO CHRIS YOUNG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

David Ayres

Pour lui, s’il y a une façon de voir le verre à moitié plein ces jours-ci en ces temps difficiles pour tout le monde, c’est celle-ci : se servir du temps qu’il possède soudainement pour répondre à tous les gens qui lui écrivent au sujet de son affection.

« Presque chaque jour, je reçois des courriels de la part de gens qui souffrent d’une affection aux reins et qui veulent me poser des questions ou encore échanger avec moi sur le sujet, ou encore me demander des conseils… Alors j’essaie un peu de leur raconter mon histoire et de donner un coup de main de cette façon. »

Donner un coup de main ? David Ayres commence à y être habitué. Il l’a fait sur la glace il y a deux mois, et il veut le faire maintenant, dans un cadre différent, mais encore plus important.

C’est comme s’il était né pour aider.

« Quand j’ai dû subir une greffe de rein il y a 15 ans, je ne savais pas grand-chose sur le sujet, ajoute-t-il. Alors maintenant, j’essaie d’aider ceux qui doivent passer par là. Parce que je les comprends. »