Dans les personnes à qui il fait bon parler, Michel Lacroix arrive très haut dans la liste. Toujours de bonne humeur, toujours de bons mots, et c’est bien sûr dit avec cette voix de stentor reconnue partout au Québec.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Alors, que fait l’annonceur maison du Centre Bell de ses journées ?

« Lecture, lecture, lecture ! Des romans, un paquet de magazines. C’est la chasse aux mots croisés, énumère Lacroix, au bout du fil. J’ai recommencé à lire les aventures de Tintin ! J’ai feuilleté quelques albums. On va marcher avec notre chien. Et il y a les capsules sur Twitter. »

Les fameuses capsules sur Twitter… Voilà un bien drôle de phénomène. Le monde du sport est paralysé, et les mordus comblent le vide comme ils le peuvent. Des équipes de la LNH, dont le Canadien, ont commencé à diffuser des simulations (sur jeu vidéo) de leurs matchs, au moment même où ils étaient à l’horaire. Si le Tricolore y consacre des ressources, c’est que ces simulations sont regardées !

D’autres se sont tournés vers la voix du Canadien pour combler le vide.

« Des gens sur Twitter m’ont demandé : “Peux-tu nous faire ça comme s’il y avait un match ?” Donc j’ai pris la formation de départ, et je me suis filmé en annonçant Shea Weber, Ben Chiarot, Brendan Gallagher, Phillip Danault, Tomas Tatar et Carey Price. »

Le résultat est saisissant. Lacroix ne possède pas nécessairement le compte Twitter le plus actif de la planète hockey. Il est suivi par quelque 5000 abonnés. Mais la première vidéo avait été vue 63 000 fois au moment d’écrire ces lignes. Et elle a engendré son lot de demandes spéciales !

« Des gens me demandaient de faire la présentation de leur équipe junior, de faire des vœux d’anniversaire : “Mon garçon a 6 ans, pouvez-vous l’annoncer première étoile du match ?” On s’est amusés avec ça. D’autres annonceurs ont embarqué, comme Mike Ross à Toronto et Al Murdoch à Vancouver.

« Souvent, je me le fais demander pendant la saison de hockey. C’est très rare que j’accepte, parce que ça n’aurait plus de bon sens. Mais là, parce que c’est une situation spéciale, ça m’a fait plaisir de le faire ! J’ai écrit hier que j’allais prendre quelques jours de congé. Ce n’est pas non plus comme prendre des demandes spéciales à la radio ! Mais je sais que les gens ont besoin de ça. »

Hockey et golf

Comme tout le monde, Michel Lacroix est bouleversé dans ses habitudes.

En théorie, les matchs du CH au Centre Bell l’auraient tenu occupé jusqu’au 28 mars. « La veille ou le jour des matchs, il faut vérifier les statistiques, pour identifier les plateaux à surveiller, ou la prononciation des noms. Est-ce que c’est une soirée spéciale, y a-t-il une présentation spéciale pour un évènement ? Il y a beaucoup de préparation. »

Et puis, il y avait ensuite la partie excitante de la saison de golf. Le Tournoi des Maîtres devait se mettre en branle le 9 avril à Augusta. Il devait évidemment le décrire en compagnie de Carlo Blanchard. Le tandem devait aussi décrire le tournoi olympique de golf à la télévision.

« Carlo et moi, tous nos week-ends étaient déjà meublés, du jeudi au dimanche ! », lance-t-il.

Lacroix est d’ailleurs curieux de voir si les terrains de golf ouvriront quand la température le permettra au Québec, ou si les mesures de distanciation l’empêcheront.

Il y aurait certaines règles à suivre, évidemment. Pour la distanciation, ça va. Tu dois éliminer les lave-balles, on ne pourrait plus toucher aux tiges des drapeaux. Tu ne vas pas t’asseoir sur les bancs en attendant ton tour.

Michel Lacroix, en parlant de la prochaine saison de golf

« Mais je pense que des parties à quatre, ça serait faisable. C’est comme faire du vélo ou aller marcher. Depuis le début de la crise, je marche l’équivalent de 12 trous par jour ! Tu fais du slalom quand tu croises des gens, tu t’éloignes. Ça pourrait se faire au golf aussi. C’est une activité qui pourrait se faire et qui pourrait aider les gens à se changer les idées. »

En attendant, Lacroix invite les gens à la prudence. Lui-même doit faire attention, car les médicaments qu’il prend pour traiter sa polyarthrite rhumatoïde affaiblissent son système immunitaire.

« Nous, on s’est conformés aux règles à la lettre. On a limité au maximum nos déplacements. Quelques sorties pour la pharmacie, l’épicerie, et de retour à la maison. On va marcher deux fois par jour avec le chien. Mais pour le moment, ça va bien ! »