Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, les Oilers d’Edmonton.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

SITUATION ACTUELLE

L’embauche de Peter Chiarelli à titre de directeur général des Oilers d’Edmonton, le 24 avril 2015, a suscité beaucoup d’espoirs chez les fans de l’équipe. Non seulement Chiarelli s’était-il bâti une belle réputation avec les Bruins de Boston, mais son arrivée marquait aussi la fin du règne des anciennes gloires des Oilers à la direction de l’équipe. Les Oilers venaient de rater les séries lors des neuf saisons précédentes et les Kevin Lowe, Craig MacTavish et compagnie étaient associés, non sans raison, aux déboires de l’organisation. Chiarelli a reçu un cadeau inespéré à son arrivée : le premier prix de la loterie et la chance de repêcher l’un des meilleurs espoirs de l’histoire de la LNH, Connor McDavid. Malgré tout, le nouveau DG des Oilers a trouvé le moyen de détruire encore davantage cette organisation à coups de décisions insensées. Il y a bien sûr eu cette lueur d’espoir à l’horizon, en 2016-2017, où les Oilers ont pris part aux séries pour la première fois depuis 2006, et même remporté une ronde, mais ils ont rechuté brutalement dès la saison suivante. Chiarelli a voulu rebâtir la défense de l’équipe, une bonne idée en soi, mais il a acquis les mauvais joueurs, vidé l’attaque de certains de ses meilleurs joueurs offensifs, offert des contrats épouvantables à certains joueurs autonomes, entre autres Milan Lucic, et failli dans le développement des espoirs de l’organisation. Chiarelli a été chassé de la ville en janvier 2019. Le président Bob Nicholson, dont l’une des premières décisions a justement été d’embaucher Chiarelli, s’est tourné l’été dernier vers le DG des Red Wings, Ken Holland, dont la fin de règne à Detroit n’a pourtant pas été rose. Holland a embauché un entraîneur respecté, Dave Tippett. Il a résisté à la tentation de rappeler trop de jeunes des mineures malgré le succès de certains espoirs avec le club-école. Il a réagi avec fermeté dans le dossier de Jesse Puljujarvi, rentré en Europe en attendant un échange. Il s’est débarrassé de Milan Lucic en retour de James Neal. Celui-ci lui a donné 19 buts. Il a promu le jeune défenseur Ethan Bear, et quelques mois plus tard Kailer Yamamoto, et ceux-ci sont devenus des joueurs importants. Au moment de l’interruption de la saison, les Oilers étaient en voie de se qualifier pour les séries. Leon Draisaitl et Connor McDavid terrorisaient les gardiens adverses avec 110 et 97 points respectivement (McDavid a disputé neuf matchs de moins) et Ryan Nugent-Hopkins connaissait la meilleure saison de sa carrière avec 61 points en 64 matchs. Les deux premiers choix de l’équipe ces deux dernières années, Philip Broberg et Evan Bouchard, font toujours leurs classes dans des circuits plus mineurs. Il y a enfin de l’espoir à Edmonton.

REPÊCHAGE (2009-2019)

Aucune équipe n’a été aussi favorisée dans son positionnement au repêchage depuis 2009. Les Oilers ont repêché dix fois sur onze parmi le top dix, ont obtenu le premier choix au total quatre fois, repêché dans le top cinq six fois. Quatre de ces joueurs, Magnus Paajarvi, Nail Yakupov, Taylor Hall et Jesse Puljujarvi ont quitté l’équipe depuis. Paajarvi a rapporté David Perron, ensuite échangé aux Penguins pour un choix de première ronde. Ce choix a été ensuite offert aux Islanders pour Griffin Reinhart. Yakupov a été échangé aux Blues pour Zach Pochiro et un choix de troisième ronde. Le gardien obtenu avec ce choix, Stuart Skinner, joue dans l’ECHL. Pochiro évolue désormais au Danemark après quatre années dans l’ECHL. Du beau gaspillage. Selon la rumeur, les recruteurs des Oilers tenaient à repêcher le défenseur Ryan Murray au premier rang en 2012, avant d’être stoppés par un véto du propriétaire Darryl Katz. Malgré ses nombreuses blessures, Murray eut été un meilleur choix, mais Morgan Reilly, Hampus Lindholm, Matthew Dumba, Jacob Trouba et surtout Filip Forsberg ont été repêchés après tout ce beau monde, sans oublier Teuvo Teravainen. Taylor Hall a au moins rapporté Adam Larsson, un solide membre du top quatre défensif depuis son arrivée il y a quelques années malgré un apport offensif limité. En rétrospective, on a payé trop cher pour ce défenseur unidimensionnel. Outre Draisaitl et McDavid, Edmonton a quand même eu un certain succès avec des choix un peu plus tardifs dans la première ronde ou les suivantes. Darnell Nurse (7e au total en 2013), Kailer Yamamoto (22e au total en 2017), Ethan Bear (cinquième ronde, 124e au total en 2015) et Oscar Klefbom (22e au total en 2011) jouent tous un rôle important au sein de l’équipe. Les Oilers seraient encore meilleurs s’ils ne s’étaient pas débarrassés de leur choix de quatrième ronde en 2012, le défenseur Erik Gustavsson (Chiarelli ne lui a pas soumis d’offre qualificative, sa première décision après son entrée en poste ; il a obtenu 60 points l’an dernier à Chicago) et John Marino, choix de sixième ronde en 2015. Marino était encore un espoir considéré comme marginal lorsque Ken Holland l’a échangé aux Penguins l’été dernier pour un choix de sixième ronde. Les Oilers ne lui ont certainement pas déroulé le tapis rouge pour le convaincre de venir jouer à Edmonton le plus rapidement possible sous l’administration Chiarelli et Marino l’a senti. Après avoir refusé l’offre des Oilers, il allait disputer une quatrième saison à Harvard lorsque Jim Rutherford l’a obtenu le 26 juillet, puis convaincu de faire le saut chez les professionnels. Marino, 22 ans, a mérité un poste au camp d’entraînement et il est devenu un défenseur indispensable à Pittsburgh. Il avait 26 points en 56 matchs, une fiche de +17 et il jouait en moyenne 20 : 15 par rencontre. Les Oilers auront un nouveau directeur du recrutement amateur au repêchage. Ken Holland a démis Bob Green de ses fonctions pour nommer son directeur du recrutement amateur chez les Red Wings, Tyler Wright, en poste.

Meilleur coup

Ethan Bear, défenseur, cinquième ronde, 124e au total en 2015.

Pour un joueur repêché aussi tard, il constitue une aubaine. Il est membre du top quatre défensif et joue presque 22 minutes par match.

Pire coup

Nail Yakupov, attaquant, premier choix au total en 2012.

Après une bonne première saison, 31 points en 48 matchs, la carrière de Yakupov a dégringolé. Il joue dans la KHL depuis deux ans.

Meilleur espoir

Evan Bouchard, défenseur, première ronde, 10e au total en 2018.

Les Oilers regretteront peut-être de l’avoir repêché avant Noah Dobson, mais il constitue néanmoins leur meilleur espoir avec Phillip Broberg.

ÉCHANGES

Peter Chiarelli a multiplié les échanges désastreux. Son premier échange, en juin 2015, a défini son règne. Il a sacrifié des choix de première et deuxième rondes pour obtenir le jeune défenseur Griffin Reinhart, quatrième choix au total en 2012. Reinhart avait encore une grosse réputation à 21 ans malgré un potentiel offensif limité et Chiarelli croyait qu’il entrait dans la force de l’âge et allait permettre aux Oilers d’accélérer leur marche vers le succès. Chiarelli a été fortement influencé par son nouveau directeur du recrutement amateur, Bob Green, dans ce dossier. Green dirigeait Reinhart dans les rangs juniors à Red Deer à titre de DG quelques années auparavant. Reinhart a constitué un flop épouvantable. Il a disputé 29 matchs à Edmonton, avant d’être rétrogradé aux mineures pour ne plus jamais revenir dans la LNH. Il jouait en Chine dans la KHL cet hiver. Les Islanders ont profité de ce choix de première ronde pour repêcher un certain Mathew Barzal. Ils ont aussi utilisé le choix de deuxième ronde pour s’avancer au repêchage et mettre la main sur Anthony Beauvillier en fin de première ronde en offrant un choix de troisième ronde supplémentaire au Lightning. En janvier 2016, Chiarelli au aussi échangé Justin Schultz aux Penguins pour un choix de troisième ronde. Celui-ci est devenu un pilier à Pittsburgh malgré plusieurs blessures et il a même obtenu une saison de 51 points. Quelques mois plus tard, en juin 2016, Taylor Hall passait aux Devils pour Adam Larsson. Jordan Eberle allait suivre un an plus tard. Chiarelli a obtenu Ryan Strome en retour. L’expérience n’a pas été concluante. Deux ans plus tard, Strome a été échangé pour Ryan Spooner, dont le DG par intérim Keith Gretzky s’est débarrassé pour Sam Gagner en 2019. Eberle est toujours un membre important de l’attaque des Islanders. Ken Holland n’a pas eu le temps d’être très actif, mais il a réussi son premier échange, Milan Lucic pour James Neal. Il a aussi rapatrié en renfort à la date limite des échanges deux de ses anciens joueurs, Andreas Athanasiou et Mike Green. L’opération lui a coûté deux choix de deuxième ronde et un choix de quatrième.

Meilleur coup (Peter Chiarelli)

Zack Kassian pour Ben Scrivens. Le Canadien voulait se débarrasser de Kassian à la suite de l’épisode de son accident de camion aux petites heures du matin. Scrivens était un gardien médiocre dans la Ligue américaine. Il n’a pas haussé son jeu à Montréal. Kassian est devenu un membre important de l’attaque des Oilers.

Pire coup

Des choix de première et deuxième rondes pour Griffin Reinhart. L’un des rares bons coups du DG des Islanders, Garth Snow. Barzal est le premier centre à Long Island.

JOUEURS AUTONOMES

Peter Chiarelli n’a pas été meilleur à ce chapitre. Le défenseur Andrej Sekera a constitué sa première signature d’importance en 2015 : 33 M$ pour six ans. Après deux bonnes premières saisons, les blessures ont miné Sekera. Son contrat a finalement été racheté par Ken Holland l’été dernier, après avoir disputé 36 et 24 matchs lors des deux saisons précédentes. Un an plus tard, Chiarelli accordait 42 M$ pour sept ans à Milan Lucic. Celui-ci devait devenir l’ailier attitré de Connor McDavid. On a vite réalisé qu’il n’avait plus la vitesse pour le suivre. Son rendement est passé de 50 à 34, puis à 20 points à ses trois premières saisons. Marc Bergevin a été chanceux de voir Lucic préférer l’offre des Oilers à la sienne. Avant Chiarelli, Craig MacTavish n’avait guère été mieux avec des offres ridicules pour Benoit Pouliot et Andrew Ference.

Meilleur coup (Peter Chiarelli)

Alex Chiasson, un an, 650 000 $ en octobre 2018. Un coup de dés qui a payé. Chiasson a marqué 22 buts cette année-là et il a signé une prolongation de contrat de deux ans sous Holland l’été dernier.

Pire coup (Peter Chiarelli)

Milan Lucic, 42 M$ pour sept ans en 2016. Heureusement, Ken Holland a pu s’en débarrasser pour un autre boulet, mais un peu plus productif, James Neal.

Dix saisons (une ronde remportée, huit exclusions)

2010-2011 : 25-45-12, 15e Ouest, OUT

2011-2012 : 32-40-10, 14e Ouest, OUT.

2012-2013 : 19-22-7, 12e Ouest, OUT.

2013-2014 : 29-44-9, 14e Ouest, OUT

2014-2015 : 24-44-14, 13e Ouest, OUT.

2015-2016 : 31-43-8, 14e Ouest, OUT.

2016-2017 : 47-26-9, 4e Ouest, deuxième ronde.

2017-2018 : 36-40-6, 12e Ouest, OUT.

2018-2019 : 35-38-9, 14e Ouest, OUT

2019-2020 : 37-25-9, 4e Ouest, (cinq points devant le dernier club exclu, Vancouver, avec deux matchs de moins à disputer, quatre points devant Calgary, troisième dans la division Pacifique, avec un match de moins à jouer).

(Lundi : les Panthers de la Floride)

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