Le dernier souvenir de Jim Hulton de la saison 2019-2020 est un voyage en autocar, direction nulle part.

Joshua Clipperton
La Presse canadienne

L’entraîneur-chef et directeur général des Islanders de Charlottetown voyageait avec son équipe pour deux matchs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec contre les Eagles du Cap-Breton plus tôt ce mois-ci lorsque la décision est tombée.

À l’exemple d’autres sports à travers l’Amérique du Nord, la Ligue canadienne de hockey suspendait ses activités en réponse à l’aggravation de la pandémie de la COVID-19.

Le reste de la saison régulière a été annulée peu de temps après, mais on gardait espoir pour les séries éliminatoires et la coupe Mémorial.

Cet espoir s’est toutefois envolé la semaine dernière lorsque la LCH – l’organisme qui chapeaute les trois circuits juniors canadiens – a décidé de tout annuler en raison de l’a propagation de coronavirus.

« Nous étions vraiment dans l’autobus et on nous a dit de faire demi-tour, a expliqué Hulton. Nous roulions depuis quatre heures sur un voyage de six heures et nous avons refait le chemin inverse. C’est le dernier souvenir de notre groupe ensemble.

« Ce n’est pas la façon dont tu veux te souvenir d’une saison. »

Avant l’annonce, il y avait des signes que le hockey junior ne pourrait pas retarder sa décision beaucoup plus longtemps. La coupe Mémorial, décernée chaque année depuis 1919 et dont le tournoi était prévu fin mai à Kelowna, en Colombie-Britannique, approchait déjà à grands pas.

Les entraîneurs et les joueurs espéraient un sursis, mais comme le virus qui a déjà tué des milliers de personnes dans le monde continuait de se propager, l’annonce semblait inévitable.

« C’est un processus difficile, a poursuivi Hulton. Normalement, lors d’une saison, vous avez l’occasion de vous faire à l’idée. Vous ratez les séries éliminatoires ou si vous êtes des séries éliminatoires, vous savez qu’il y aura un gagnant et un perdant.

« Mais ici, tout le monde a perdu en un clin d’œil. »

Situation difficile

L’entraîneur-chef des 67 d’Ottawa, André Tourigny, dont l’équipe était classée no 2 dans la LCH, espérait connaître une autre séquence après avoir entrepris les séries éliminatoires du printemps dernier avec un record de 14 victoires consécutives dans la Ligue de hockey de l’Ontario avant de s’incliner en quatre matchs d’affilée contre le Storm de Guelph en finale.

« Je ne doute pas que ce soit la bonne décision, a-t-il confié. En tant qu’équipe de hockey, vous gagnez, vous perdez. Certaines années, vos chances sont meilleures, mais c’est du sport.

« C’est plus sur le plan humain de voir des gars qui ont disputé leur dernier match junior, c’est extrêmement difficile. »

Plusieurs équipes à travers le pays ont renvoyé les joueurs à la maison immédiatement lorsque la saison a été annulée en raison des craintes de propagation du virus et de la fermeture des frontières internationales.

Il n’y a pas eu d’au revoir en personne, de dîner d’équipe, de poignées de main ou d’accolades.

Et il y a une possibilité, de la façon dont la vie est faite, que certains joueurs et entraîneurs qui ont passé d’innombrables heures ensemble ne se recroisent plus jamais.

« (Les défenseurs de 67) Noel Hofenmeyer et Nikita Okhotyuk ont vécu ensemble toute la saison, et ils ne se reverront peut-être jamais, a noté Tourigny. Je ne reverrais peut-être plus jamais (l’un des meilleurs espoirs au repêchage de la LNH) Marco Rossi.

« C’est difficile à imaginer. »

Côté hockey, les Giants de Vancouver ont effectué un certain nombre de mouvements de personnel avant la date limite des échanges de la Ligue de l’Ouest. Maintenant, comme la plupart des équipes, ils doivent réfléchir sur des questions hypothétiques.

« Nous ne voulions pas avoir de regrets, a déclaré l’entraîneur-chef Michael Dyck, qui a mené les Giants à la finale de la Ligue de l’Ouest en 2019. Vous mettez tout sur la table, mais cette année restera comme celle de ce qui aurait pu être.

« C’est ce qui nous reste… et nous ne le saurons jamais. »

Pas de revanche pour Ottawa

L’entraîneur-chef et directeur général des Winterhawks de Portland, Mike Johnston, dont l’équipe a terminé première dans la Ligue de l’Ouest cette saison, est parvenu à garder ses joueurs ensemble pendant quelques jours après le report initial avant de les renvoyer chacun chez soi.

« Je leur souhaite bonne chance et j’espère que nous allons les voir dans deux mois, a-t-il déclaré à propos du message de cette dernière réunion. Nous avons tous cru en quittant le vestiaire que nous nous reverrions (bientôt). »

Johnston a ajouté qu’il a été impressionné par la maturité de ses vétérans à la suite des mauvaises nouvelles de la fin de la saison.

« Ils ont envoyé des notes aux autres joueurs et leur ont dit : ’Ne tenez rien pour acquis dans votre carrière junior. Cela passe très vite et vous ne savez jamais quand votre dernier match va être joué’, a raconté Johnston. Nous disons toujours aux jeunes de profiter de chaque jour, de chaque entraînement, de chaque match. »

« Ces messages ont vraiment frappé les joueurs qui s’en vont. »

Tourigny, quant à lui, était impatient de voir les 67 se racheter après cette défaite déchirante lors de la finale de la Ligue de l’Ontario au printemps dernier.

« Il est rare d’avoir une occasion de terminer premier au classement général après avoir perdu en finale l’année précédente, a-t-il analysé. Vous avez une autre occasion avec le même groupe de joueurs. Et nous avons eu cette chance.

« Nous aurons toujours ça à l’esprit. »