Nicolas Beaudin revient sur son premier match dans la LNH, disputé à la veille de la suspension de toutes les activités de la ligue.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

En réponse au confinement imposé par les autorités, et avec le retour du beau temps, les amoureux du jogging reprennent peu à peu leurs droits sur les trottoirs de la province.

Dans les rues de Châteauguay, un coureur en particulier s’efforce de garder la forme. En attendant que les ligues professionnelles reprennent leurs activités. Et en attendant surtout de disputer son deuxième match dans la LNH.

Le mercredi 11 mars dernier, Nicolas Beaudin a réalisé le rêve de tous les jeunes hockeyeurs. Lorsque la rondelle est tombée sur la glace du United Center de Chicago, il était posté à la droite de Duncan Keith, l’une de ses idoles de jeunesse, fin prêt à goûter à ses premières secondes dans la meilleure ligue du monde.

« J’ai de la misère à décrire le feeling que j’ai ressenti », a raconté Beaudin au téléphone la semaine dernière.

« C’était incroyable. J’étais là, mais c’était comme si j’étais dans un jeu vidéo, comme quand tu joues à NHL », a-t-il ajouté en référence à la célèbre franchise d’Electronic Arts.

Pour transcender cet état d’euphorie, il a utilisé les conseils des vétérans du club, à commencer par Keith : « Ne pas me gêner pour faire des jeux, pour jouer ma game. »

« Au banc, je pense qu’il m’a parlé après chaque présence pour m’aider. Sur la patinoire aussi. C’était vraiment le fun », a ajouté le jeune défenseur de 20 ans.

Le match s’est déroulé sans anicroche pour l’ancien des Voltigeurs de Drummondville. Il a disputé 17 minutes, divisées en 24 présences, toutes à égalité numérique. Il a obtenu deux tirs au but, en plus de bloquer deux lancers et d’appliquer deux mises en échec. Et il était sur la glace lorsque son coéquipier Brandon Saad a marqué en deuxième période.

Le personnel d’entraîneurs ne s’est pas confondu en éloges ni en mises au point après le match. Ce qui est un peu normal puisqu’un entraînement était prévu dès le lendemain matin.

Or, on connaît la suite. Le jeudi 12 mars, quelques minutes avant d’arriver à l’aréna, les joueurs ont reçu le message de rester à la maison – à l’hôtel dans le cas de Beaudin, qui avait été rappelé seulement l’avant-veille du club-école des Hawks, dans la Ligue américaine. Les IceHogs évoluent à Rockford, située à 1 heure 30 min de voiture de Chicago.

Au cours de la même journée, la LNH annonçait la suspension de toutes ses activités. Jusqu’à nouvel ordre, dans la colonne des matchs joués, le chiffre 1, accolé au nom de Nicolas Beaudin, demeurerait inchangé.

Adaptation

On pourrait comprendre le jeune homme de ressentir de la frustration. Celle d’être arrivé si près du but, d’y avoir touché même, et de désormais être coincé à la maison – chez ses parents de surcroît.

Après quelques jours à l’hôtel à Chicago, les joueurs des ligues mineures ont été invités à rentrer à Rockford. Et lorsque la Ligue américaine a averti qu’elle ne renouerait certainement pas avec l’action avant le 1er mai, Beaudin a bouclé ses valises et pris la route vers Châteauguay.

Ne comptez toutefois pas sur lui pour se plaindre de quoi que ce soit.

Je me sens chanceux d’avoir pu disputer ce match : c’est ma première année chez les professionnels, je ne m’attendais même pas à jouer dans la LNH cette saison !

Nicolas Beaudin

Il importe en effet de rappeler que, la saison dernière, il s’alignait encore avec les Voltigeurs. Après quatre campagnes là-bas, au cours desquelles il a notamment maintenu un rythme d’un point par rencontre à ses 120 derniers matchs, il a fait le saut dans la Ligue américaine à la rentrée 2019.

De son propre aveu, c’est sur le plan personnel que l’adaptation a été la plus ardue.

« J’avais toujours joué près de ma famille », rappelle-t-il. De fait, à peine 90 minutes de voiture séparent Drummondville, où il vivait en pension, du domicile familial des Beaudin. Et avant son stage junior, il s’était aligné avec les Grenadiers de Châteauguay, dans la ligue midget AAA.

« Tout à coup, c’était la vraie vie d’adulte, rappelle-t-il. Louer une maison, se faire à souper, ne rien oublier… Et performer sur la patinoire ! Ç’a été une grosse adaptation pour moi avant Noël. C’est vraiment après que j’ai commencé à bien jouer. »

Sur la glace, ses statistiques ont souffert de ces ajustements. À 5 pi 10 po et 178 lb, c’est d’abord pour son flair en attaque que Beaudin est reconnu. C’est d’ailleurs ce que les Hawks ont vu en lui quand ils en ont fait un premier choix (27e au total) au repêchage de 2018. À Rockford, tout à coup, il devait « trouver un remède pour jouer contre des gars plus gros et plus rapides », pour reprendre ses propres mots.

Il s’est donc attelé à la tâche avec l’entraîneur des défenseurs Anders Sorensen. Lui-même un ex-arrière, doté à la clé du même gabarit que Beaudin, Sorensen a surtout travaillé sur la confiance de son protégé.

« On a fait beaucoup de vidéo ensemble, ce qui est parfait pour moi, car je suis un gars visuel qui aime apprendre, relate le Québécois. Des fois, ça ne prend pas grand-chose pour provoquer un déclic. Ç’a beaucoup aidé mon jeu défensif, et c’est sans doute la raison qui a fait en sorte que j’ai été rappelé. Soudainement, les entraîneurs me faisaient confiance pour m’envoyer sur des mises en jeu en territoire défensif. »

« [Sorensen] m’a aussi dit que je ne ppouvais pas tout faire en même temps : si je travaille sur ma défense, je ne vais pas récolter 10 points en 10 matchs. Des sorties de zone et des transitions en zone neutre, je sais comment faire ça. Même si les points ne sont pas là, ça ne me dérange pas. Mon offensive, je vais toujours l’avoir. Ça va revenir. »

Inconnu

Comme bien du monde, Nicolas Beaudin se retrouve devant l’inconnu, ne sachant pas trop ce que l’avenir à court, moyen ou long terme lui réserve.

La prolifération de la COVID-19, constate-t-il, « c’est bien plus grand que le hockey ». « La santé mondiale doit passer bien avant les sports », ajoute-t-il.

Il n’empêche qu’à Chicago, il se retrouve dans une organisation qui compte plusieurs jeunes défenseurs dans son système de développement. Même des vétérans comme Connor Murphy ou Olli Maatta n’ont que 26 et 25 ans.

Le rappel même de Beaudin était lié à une blessure subie par Adam Boqvist, d’un an son aîné mais repêché 19 rangs avant lui en 2018.

Lorsque le hockey recommencera, que ce soit en mai, en juillet ou en octobre, la compétition sera donc relevée. Beaudin préfère cependant relativiser la situation, rappelant qu’« au niveau où on est rendus, tout le monde est bon ».

« Il va falloir se pousser les uns les autres. À Rockford, si on veut monter, ou à Chicago, si on veut y rester. C’est à moi de continuer à travailler pour être meilleur que les autres », dit-il.

En attendant le retour à la normale, il s’entraîne comme il le peut, notamment dans le petit gymnase improvisé dans le garage chez sa copine. Il tire quelques rondelles « pour ne pas tout perdre ». Et il court. « Pour garder la forme », prend-il soin de préciser.

« Quand ça va recommencer, ça va aller vite. Si je peux avoir un coup d’avance sur les autres gars, je vais le faire. »