Samuel Houde répond à notre appel. On le dérange ? Bien sûr que non ! Il est en train de profiter des rayons du soleil en ce vendredi après-midi. Mais il le fait chez ses parents, dans la couronne nord de Montréal.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Cam Hillis venait de faire l’épicerie quand il a décroché. Il rentrait à la résidence familiale dans le secteur de Clarington, près d’Oshawa. « Ma sœur n’est pas à la maison ces temps-ci. Donc, mes parents et moi, on fait une rotation pour les courses », nous raconte l’attaquant de 19 ans.

Les deux espoirs du Canadien devraient plutôt être en pleines séries éliminatoires au hockey junior. Houde, avec les Saguenéens de Chicoutimi, qui faisaient partie des favoris pour remporter les grands honneurs dans la LHJMQ. Hillis, avec le Storm de Guelph, champions en titre de la Ligue junior de l’Ontario.

Entendons-nous : dans le grand ordre des choses, les joueurs de hockey viennent très, très, loin dans la liste des gens touchés par les conséquences de la pandémie de COVID-19.

Cela dit, la vie finira bien par reprendre son cours un jour, et ces joueurs de 19 et 20 ans arrivent à une étape charnière pour la suite de leur carrière.

Deux joueurs en progression

Le mois dernier, Marc Bergevin expliquait au confrère Mathias Brunet qu’un seul joueur parmi Houde, Hillis, Allan McShane et Cole Fonstad allait signer un contrat avec le Canadien ce printemps.

Pourquoi eux précisément ? Parce que le Tricolore détient les droits exclusifs sur ces joueurs jusqu’au 1er juin 2020. L’équipe les a sélectionnés en 2018 et la LNH donne deux ans pour s’entendre avec des joueurs repêchés dans les ligues juniors majeures canadiennes. Comme les équipes ont droit à un maximum de 50 contrats dans l’organigramme, elles ne peuvent pas en accorder machinalement à tous leurs espoirs.

Or, tant Houde que Hillis avaient beaucoup à gagner ce printemps. Houde connaissait la saison de sa vie, mais s’est blessé à un poignet en janvier. Il a été opéré et a raté près de deux mois. Le Québécois a eu le temps de disputer quatre matchs avant l’arrêt des activités.

Statistiquement, ça s’est traduit par une récolte de 52 points, dont 19 buts, en 44 matchs. Sa progression a été remarquée au sein de la direction du CH.

« Je me sentais vraiment en confiance. Tout marchait bien. Je commence à mûrir physiquement. C’était là que j’étais en retard », raconte le joueur de 6 pi et 175 lb.

Je n’ai jamais été le plus gros. À 16 ans, c’était plus dur contre les gars de 20 ans. Je me faisais pas mal tasser. Avec mon intelligence, j’ai appris à jouer selon mon gabarit. Et là, à 19 ans, j’avais encore mon intelligence, mais aussi ma maturité physique.

Samuel Houde

De son côté, Hillis a été en santé toute la saison. Heureusement pour lui, car en 2018-2019, la malchance s’était acharnée. Bilan : une blessure aux côtes, une à un genou, puis deux blessures de suite à la même clavicule.

Il a rebondi en empilant 89 points, dont 24 buts, en 62 matchs, tout en portant le « C » à Guelph.

« Être en santé était important. J’ai beaucoup travaillé l’été dernier pour gagner du muscle aux endroits où je m’étais blessé, explique Hillis. Ça m’a permis de gagner en confiance. J’étais content de ma saison et du leadership que j’ai démontré. »

À qui le contrat ?

Malgré cette belle progression, l’un de ces deux joueurs risque fort de se retrouver le bec à l’eau et de redevenir admissible au repêchage. Théoriquement, Hillis a l’avantage, en raison de son plus grand potentiel offensif. Le CH a aussi investi en lui plus tôt au repêchage (66e au total, tandis que Houde a été réclamé au 133e rang).

On évoquait samedi le cas de Rafaël Harvey-Pinard, qui pourrait se voir offrir un contrat strictement de la Ligue américaine (qui ne serait pas comptabilisé parmi les 50 contrats). Le CH a les droits sur Harvey-Pinard jusqu’en 2021, ce qui donne le gros bout du bâton à l’équipe.

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Cam Hillis 

En revanche, Hillis ou Houde auraient beau jeu de refuser une telle offre. Ils pourraient alors être repêchés de nouveau, ou être invités à un camp de la LNH et y décrocher un contrat d’entrée en bonne et due forme.

Autre possibilité : qui sait si aucun des quatre ne recevra un contrat ? C’est le genre de choix déchirant que le Canadien pourrait faire, dans l’éventualité où, par exemple, un espoir européen est prêt à faire le saut plus tôt que prévu. Ou si un joueur autonome de la NCAA ou d’une ligue européenne intéresse l’équipe.

Le Tricolore doit aussi se garder un coussin pour l’automne prochain. En 2019, l’équipe avait repêché au 3e tour le défenseur Gianni Fairbrother, qui montrait une belle progression cette saison avant de se blesser en janvier. Fairbrother est né le 30 septembre et aura 20 ans l’automne prochain ; il aurait le droit de jouer dans la Ligue américaine dès lors. En 2018, Cale Fleury était dans la même situation et avait connu un assez bon camp pour y décrocher un contrat, plutôt que de retourner dans le junior.

C’est donc une situation très complexe que Bergevin et ses collègues doivent démêler ce printemps. L’annulation des séries les prive d’une précieuse période d’évaluation.

Houde refuse de s’en faire outre mesure. « Je veux devenir joueur de hockey. Si ce n’est pas avec le Canadien, ce sera ailleurs ! », lance-t-il.

Idem pour Hillis. « C’est mon but d’obtenir un contrat, mais c’est indépendant de ma volonté. Ce que je contrôle, c’est mon travail et mes habitudes de vie au quotidien. »

Parlant d’habitudes de vie, Hillis profite justement de la pause du hockey pour en assimiler une. « Je cuisine beaucoup avec ma mère. J’ai toujours aimé ça, mais je n’avais jamais le temps, et c’est une habileté essentielle dans la vie ! Elle me montre donc à préparer les bons plats que j’ai toujours aimés. »