La KHL a annoncé mercredi matin qu’elle annulait le reste des séries éliminatoires. À Montréal, les yeux se tournent donc vers Alexander Romanov, considéré comme un des meilleurs espoirs de l’organisation du Canadien.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le défenseur porte les couleurs du CSKA de Moscou, qui s’était facilement qualifié pour le 2e tour des séries en balayant le Torpedo de Nijni Novgorod en quatre matchs.

Le contrat de Romanov expire ce printemps, ce qui ouvre la porte pour son arrivée à Montréal, si le joueur s’entend avec le CH. Selon son agent, Dan Milstein, Romanov serait capable de faire le saut.

« À mon avis, il est prêt à jouer dans la Ligue nationale. Mais ce sera nos discussions dans les prochaines semaines », a déclaré Milstein, lors d’une conversation téléphonique avec La Presse, mercredi.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le Russe Alexander Romanov (26) met en échec le Suisse Nando Eggenberger (22) durant un match du Championnat du monde de hockey junior à Vancouver le 5 janvier 2019.

La saison dans la LNH n’a toujours pas été annulée, et incroyablement, la ligue a demandé aux équipes de vérifier la disponibilité de leurs amphithéâtres aussi loin qu’en août, selon plusieurs médias.

Or, il y a présentement une forme d’embargo sur les contrats signés pour la présente saison, en raison de l’incertitude entourant la suite des activités. Ainsi, Romanov et le Tricolore peuvent très bien s’entendre dès maintenant sur un contrat valide pour la saison 2020-2021.

Par contre, le joueur pourrait très bien vouloir attendre le dénouement de l’impasse dans la LNH avant de prendre une décision. Dans le scénario surréaliste d’une reprise des activités en juin, par exemple, Romanov pourrait donc signer un contrat ce printemps, et écoulerait dès maintenant la première année de son contrat de recrue. Un avantage pour tout joueur, qui peut ainsi signer plus rapidement un deuxième contrat plus payant, dans quelques années.

En raison de l’incertitude ambiante, il n’est toutefois pas clair si ce dernier cas de figure sera permis. Beaucoup, beaucoup de questions sont en suspens dans les circonstances actuelles.

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Le Russe Alexander Romanov (à droite) célèbre un but avec ses coéquipiers lors du Championnat mondial de hockey junior le 5 janvier 2019 à Vancouver.

Romanov vient de terminer sa deuxième saison complète en KHL. En 43 matchs de saison, il a amassé 7 passes et a joué en moyenne 12 min 53 s par match. En séries, il a disputé les quatre matchs de son équipe, mais son temps d’utilisation a chuté à 4 min 56 s. Était-ce le signe d’une équipe qui s’attend à voir son joueur partir en Amérique du Nord ? C’est une hypothèse qui se défend.

Des plans pour lui

En attendant, on ne se trompe pas en disant que Marc Bergevin a déjà des plans pour le joueur qu’il a repêché au 38e rang en 2018. Le mois dernier, le directeur général du Canadien a confié à La Presse qu’il voyait, « dans un monde idéal », Romanov au sein du troisième duo l’an prochain. Il faut dire que derrière Ben Chiarot, le flanc gauche du Canadien est bourré de points d’interrogation, avec Brett Kulak et Victor Mete comme autres options.

« On va être prudents en disant qu’il commencera sur une troisième paire ; ensuite, on verra comment il s’ajustera, avait dit Bergevin au collègue Mathias Brunet.

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Le Slovaque Jozef Balaz (24) perd son casque après une mise en échec du Russe Alexander Romanov (26) lors du Championnat mondial de hockey junior le 2 janvier 2019 à Vancouver.

« Éventuellement, il montera [en grade], mais on ne sait pas combien de temps ça prendra. C’est un défenseur très alerte. Le mot « alerte » est important. Il voit tout ce qui se passe sur la patinoire. Il brise beaucoup de jeux. »

Lors de cette même entrevue, Bergevin avait ajouté qu’il espérait ramener Ilya Kovalchuk à Montréal afin qu’il serve de grand frère à Romanov.

Il sera intéressant de voir si Romanov sera aussi prêt à faire le grand saut que l’espère Bergevin. Dans son groupe d’âge, il s’est toujours montré à la hauteur. Encore l’hiver dernier, au Championnat du monde junior, il a été nommé au sein de l’équipe d’étoile et a aidé la Russie à gagner la médaille d’argent.

Chez les pros, il a présenté des différentiels de +16 et +21 à ses deux saisons, mais il jouait aussi un rôle restreint, pour une puissance de la KHL, un circuit où la parité n’est pas la même qu’en LNH. Indicateur pris au hasard : les deux gardiens de l’équipe, Lars Johansson et Ilya Sorokin, ont présenté des moyennes de buts accordés de 1,40 et 1,50 cette saison.

« Il joue avec des hommes en Russie, mais la LNH, c’est la meilleure ligue au monde », avait d’ailleurs rappelé Bergevin le mois dernier.

Et si un séjour dans la Ligue américaine était nécessaire ? « On n’en a pas parlé. Et même si son contrat était signé, je ne répondrais pas à cette question », a fait savoir Dan Milstein. La question mérite d’être posée, en raison du gouffre entre le salaire maximal d’un premier contrat dans la LNH (925 000 $) et dans la Ligue américaine (70 000 $). Il y a beaucoup de sous à l’enjeu.

Dans de tels cas, cependant, les joueurs européens négocient souvent une clause leur permettant de retourner dans leur club européen s’ils sont dans la Ligue américaine à une certaine date en début de saison.