Vous savez ce que l’on avait sous les yeux, jeudi soir au Centre Bell ? On avait là deux équipes qui ont amorcé des rénovations. Seulement, il y en a une qui est pas mal plus avancée que l’autre dans ses rénos.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

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L’équipe la plus avancée, c’est celle en bleu. Non, les Rangers ne vont pas gagner la Coupe Stanley cette année, mais ils ont comblé un retard de 0-2 en plein Centre Bell, et ils ont pu quitter avec une victoire de 5-2. Le résultat en a renversé plusieurs, incluant Claude Julien, l’entraîneur du Canadien, qui a choisi de sortir du podium après un gros total de quatre questions en fin de soirée.

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Remarquez qu’on peut le comprendre de ne pas avoir voulu s’attarder. Son équipe gaspille des avances comme une Kardashian gaspille des dollars dans un centre commercial. Encore jeudi, c’est une avance de deux buts qui s’est envolée en fumée.

Les mots exacts de Tomas Tatar après cette défaite, la 28e de la saison (déjà !) en temps réglementaire : « Pour une raison que j’ignore, on a du mal à s’accrocher à une avance. » Tatar, un homme de raison, a aussi parlé de « honte », et sur ce point, on ne saurait le contredire.

Maintenant, regardons un peu ce qu’il y avait de l’autre bord.

Il y avait les Rangers, un club qui, il y a deux ans à peine, avait pris la peine de publier une lettre d’excuses pour ses partisans, en annonçant que le drapeau blanc de la capitulation allait être hissé, et en demandant à tout le monde un peu de patience, parce qu’un grand ménage allait être fait, et que ça allait prendre du temps.

C’est ainsi que le coach a pris la porte, et que des gros noms tels Rick Nash, J. T. Miller, Ryan McDonagh et Michael Grabner ont tous été invités à faire leurs valises. Henrik Lundqvist, le gardien vedette, a été tassé comme une vieille paire de chaussettes. Et puis aujourd’hui, les Rangers se battent chèrement pour une place en séries. Il y a des réinitialisations qui vont plus vite que d’autres, de toute évidence.

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Ben Chiarot et Ryan Strome

Depuis cette célèbre lettre, les Rangers ont pu repêcher un total de 18 espoirs, mais un seul de ces jeunes, l’attaquant Kaapo Kakko, a pu jouer avec l’équipe jusqu’ici. Et encore, la contribution de Kakko (20 points cette saison) demeure modeste.

Mais alors, d’où vient ce succès soudain ? Des joueurs qui ont été ajoutés… parce qu’ils voulaient jouer avec les Rangers. Les Jacob Trouba, Artemi Panarin et Adam Fox, entre autres, avaient tous fait savoir qu’ils désiraient déménager à Manhattan. Ça aide, ça, et cela vient faire contraste avec la réputation du Canadien, pas super bonne pour aller avec de récents résultats pas super bons non plus. On met tout ça ensemble, et ça donne quoi ? Ça donne que les joueurs autonomes ou sur le marché des échanges évitent Brossard comme si le COVID-19 y avait été inventé.

D’ailleurs, et ce n’est sans doute pas un hasard, les quatre compteurs des Rangers jeudi soir au Centre Bell ne sont pas des produits de l’organisation, mais bien des joueurs qui ont été acquis en cours de route. Des bons coups du genre, ça aide à accélérer les rénos.

Pendant que les Rangers sont sur la bonne voie, où s’en va le Canadien ? Vous admettrez que c’est une excellente question. On ne connaît trop la réponse, mais on remarque qu’il y a des choses qui ne changent pas, comme cette manière de toujours se fier à Carey Price, qui en était jeudi soir à un 11e départ de suite, ce qu’aucun autre gardien de la LNH n’a eu à faire cette saison. Si personne d’autre que lui ne l’a fait, c’est probablement parce que ce n’est pas une bonne stratégie de surtaxer un gardien de la sorte.

Avec tout ça, le Canadien se retrouve à neuf points d’une place en séries. Ce n’est probablement plus la peine d’en parler.

En hausse: Tomas Tatar

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Tomas Tatar


Un but, une passe, et un total de 58 points, ce qui vient égaler son total de points pour une saison depuis le début de sa carrière.

En baisse: Karl Alzner


Une soirée pas facile, qui nous rappelle qu’il a du mal à suivre dans cette ligue.

Le chiffre

13
C’est la 13e dois cette saison que le Canadien gaspille une avance de deux buts dans un match.

Ils ont dit

N’allons pas là (en ce qui concerne Carey Price). Il a eu une pause. Posez des questions qui ont du sens. Il a eu un jour de congé entre chaque match et il ne patine pas les matins de match. Il a fait des arrêts incroyables (jeudi soir). On va s’arrêter sur un but et dire qu’il est fatigué ? Qu’en est-il de ses arrêts ?

Claude Julien

On doit continuer à jouer de la même façon peu importe le score. Au niveau pee-wee, on apprend à jouer comme si le pointage était de 0 à 0 même quand on mène par deux buts.

Carey Price

Leurs défenseurs ont vraiment soutenu l’attaque et ont créé beaucoup d’attaque en troisième période. Mais en tant qu’attaquants, on doit simplement savoir où est notre homme et on ne s’effondra pas.

Tomas Tatar

[Claude Julien] m’a parlé pour que je garde ma confiance de Laval. C’est le premier match, mais il y a des choses sur lesquelles je dois travailler, des choses que je fais à Laval.

Charles Hudon

C’est frustrant. On a très bien joué pendant 40 minutes… mais il faut finir par réaliser qu’un match de hockey, ça dure 60 minutes.

Max Domi

Dans le détail

Circonstances atténuantes pour Hudon

Charles Hudon est 1er dans la Ligue américaine cette saison pour les buts en avantage numérique avec 14. Claude Julien avait donc une bonne raison de l’employer dans ces circonstances. Il l’a même utilisé comme tireur du côté droit, d’où il a marqué plusieurs fois cette saison à Laval. Les résultats n’ont toutefois pas été concluants pour Hudon, qui a complètement raté un tir sur réception et a perdu la rondelle à plusieurs reprises. Le Québécois a admis avoir été nerveux. Mais quand on l’écoute raconter le fil des événements depuis qu’il a appris qu’il était rappelé, on a tendance à plaider les circonstances atténuantes. D’abord, son chauffeur qui devait le ramener de Belleville mercredi soir a annulé ses services en raison de la météo. « Ça a pris cinq heures pour s’en venir ce matin, car la température n’était pas adéquate. J’ai pu faire une sieste avant le match. Le match de mercredi [avec le Rocket] m’a rentré dedans, on a joué à 11 attaquants. C’est sûr que je ne me donnerai pas une note de 10, mais j’ai essayé de jouer de façon simple. »

Impressionnante défense

Le scrutin pour le trophée Calder s’annonce comme une course à deux entre les défenseurs Cale Makar et Quinn Hughes. Sans cette cuvée exceptionnelle à la ligne bleue, on parlerait peut-être davantage d’Adam Fox. Après un début de match difficile (un but dans son propre filet et une punition), le défenseur recrue a animé l’attaque des siens toute la soirée. On ne retiendra donc pas tant son but — un tir faible qui s’est frayé un chemin entre les jambes de deux joueurs et de Carey Price — mais plutôt les jolies passes qu’il a servies à ses coéquipiers toute la soirée. Ses deux points récoltés jeudi portent son total à 34 points en 63 sorties. Avec Tony DeAngelo, les Rangers se retrouvent donc avec deux jeunes défenseurs excessivement dynamiques pour appuyer l’attaque. Ça donne parfois des cheveux gris à un entraîneur, mais c’est spectaculaire !

Armia au neutre

Joel Armia avait démontré une belle constance en première moitié de saison, avant de se blesser le 23 décembre à Winnipeg. C’est plus difficile depuis pour le gros ailier droit, qui ne compte qu’un point à ses 10 derniers matchs. Il nous a tout de même rappelé que ses mains sont toujours aussi soyeuses — Artemi Panarin s’est fait servir toute une feinte ! — mais du reste, il s’est fait plutôt discret. Sa baisse de régime coïncide avec celle de Nick Suzuki, son centre attitré depuis son retour. Ça devient une question de l’œuf ou de la poule, à savoir qui ralentit qui ici. Mais avec Jordan Weal et Dale Weise comme ailiers droits des deux derniers trios, le Canadien a besoin d’un Armia au sommet de sa forme, comme lors des trois premiers mois de la saison.