Entendons-nous : dans une LNH qui rajeunit, aucune équipe ne devrait à ce point souffrir du départ de deux joueurs de 36 et 35 ans. Mais Ilya Kovalchuk et Nate Thompson avaient en eux ce petit quelque chose dur à décrire, mais qui sautait aux yeux, particulièrement quand le Canadien gagnait.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est Phillip Danault, après l’entraînement d’hier, qui a mis le doigt sur le mot juste, en parlant de Kovalchuk. « C’est un rassembleur. »

Et ça se manifeste comment, dans un vestiaire de hockey, un rassembleur ?

« Quand Kovy est arrivé, il a organisé un souper d’équipe pour tout le monde. Ça, c’est rassembleur. C’était après son deuxième match avec nous. Il a fait un toast. Il y croyait, il voulait qu’on donne une poussée », a expliqué le Québécois.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE


Ilya Kovalchuk

Cet enthousiasme contagieux de Kovalchuk, ça vient en partie de moments du genre. De ça, mais aussi de ses performances sur la patinoire. À ses 15 premiers matchs avec le Tricolore, le Russe avait inscrit trois buts gagnants (dont deux en prolongation), et deux autres filets en tirs de barrage. Évidemment, ce genre d’exploit aide davantage à rassembler des joueurs que des revirements en fin de match et des pénalités en zone offensive !

N’empêche, il a laissé une bonne impression pendant ses 22 matchs à Montréal.

« C’était excitant d’avoir eu la chance de jouer dans la même équipe, au sein de son trio, a dit Nick Suzuki. Voir ce qu’il fait, comment il se place pour marquer, pour faire des jeux. […] Il m’a dit de continuer à travailler fort. Il dit qu’il voit un bel avenir pour moi ici. C’est une légende du hockey, et d’avoir eu la chance de jouer avec lui, je ne l’oublierai jamais. »

Thompson, lui, a hérité du surnom d’Uncle Nate, marque d’affection que ses plus jeunes coéquipiers lui portaient. De façon superficielle, sa danse qui suivait chaque victoire — le « shimmy » — semait la joie dans le vestiaire. De façon plus profonde, sa lutte contre ses problèmes de dépendance lui a valu le respect et l’admiration de tous.

« Il m’a montré ce que c’était d’être un joueur de centre à ce niveau », a résumé Suzuki.

« Ce sont des vétérans, ils se maintiennent en grande forme et ce n’est pas un hasard, a dit Brendan Gallagher. Ils prennent soin de leur corps. C’était important que nos joueurs voient ça, surtout les jeunes. Regarde Suzuki, il sera dans la ligue pendant plusieurs années. C’est important qu’il voie ces gars-là faire ça. Le talent peut t’amener loin, mais quand tu te maintiens en forme comme ça, tu peux devenir un joueur spécial. »

Retour incertain

Comme l’avait fait Kovalchuk avant lui, Thompson a été très clair : il ne dirait pas non à un retour avec le Canadien une fois l’été venu, quand il deviendra joueur autonome sans compensation. À moins qu’il ne tombe sous le charme de Gritty, la charismatique mascotte des Flyers de Philadelphie…

« C’est une possibilité, cette porte n’est pas fermée. Je reviendrais sans hésiter », a mentionné Thompson, lors de sa dernière mêlée de presse à Brossard.

« On a eu des discussions, des deux côtés, Berg [Marc Bergevin] fait de son mieux pour l’organisation et pour moi. Il a montré beaucoup de classe, tout le monde m’a bien traité. Je n’ai rien de mauvais à dire. La porte n’est pas fermée pour un retour, c’est certainement une possibilité. »

Bergevin ne semblait toutefois pas aussi enthousiaste, admettant qu’il n’avait pas fait d’offre de contrat à Thompson pour l’an prochain avant de l’échanger.

Pour l’heure, le centre natif de l’Alaska prend la route de Philadelphie. Le Canadien l’a échangé aux Flyers en retour d’un choix de 5e tour en 2021.

En 63 matchs cette saison, le vétéran a inscrit 4 buts et 10 passes pour 14 points, en pilotant le 4e trio du CH. Il a joué en moyenne 12 min 48 s Thompson a aussi gagné 55,1 % de ses mises au jeu, ce qui lui vaut le 16e rang dans la LNH.