Chacun a son opinion sur le bilan de Marc Bergevin depuis son arrivée à Montréal. Ses critiques attribueront ses succès de début de mandat à un noyau qui a été bâti par ses prédécesseurs. Ses apologistes souligneront la grande qualité du bassin d’espoirs depuis un an. Par contre, là où il n’y a guère place à l’argumentation, c’est lorsqu’on se penche sur le cas du club-école. C’est un échec sur toute la ligne. Et les derniers développements n’augurent rien de mieux.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Peu de séries

Quand on parle d’un échec, voici. Bergevin écoule la huitième année de son mandat de directeur général du Canadien. Son club-école (Hamilton, St. John’s et maintenant Laval) a participé aux séries une seule fois. C’était en 2017, et les défunts IceCaps rencontraient le Crunch de Syracuse au premier tour. La série s’est terminée 3-1. À la faveur du Crunch.

Peu de joueurs

En termes de joueurs d’impact, dans le groupe actuel, un seul est passé par le club-école : Brendan Gallagher, qui a disputé 36 matchs à Hamilton à l’automne 2012, pendant que la LNH était en lock-out. En étant très généreux, on pourrait ajouter les 19 matchs du défenseur Brett Kulak à son arrivée dans l’organisation la saison dernière. Les plus jovialistes incluront les sept matchs de Victor Mete la saison dernière, quand le jeune arrière a eu besoin d’un léger redressement. Du reste, Jake Evans (fraîchement rappelé), Cale Fleury, Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling sont les principaux projets de la saison. Il est évidemment trop tôt pour dresser un constat, mais ce sont eux qui ont les meilleures chances de rehausser le bilan de la filiale.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi

Le classement

Dans la Ligue américaine, les quatre premières équipes de chaque division participent aux séries. Voici à quoi ressemble la course aux séries. Comme vous le constaterez, la situation est délicate. Essentiellement, six équipes se battent pour deux places.

3- Utica : 29-20-5, 63 points en 54 matchs

4- Syracuse : 26-22-9, 61 points en 57 matchs

5- Binghamton : 27-24-4, 58 points en 55 matchs

6- Laval : 25-23-8, 58 points en 56 matchs

7- Toronto : 26-22-5, 57 points en 53 matchs

8- Cleveland : 24-26-5, 53 points en 55 matchs

Des pertes sèches

Les derniers jours n’aideront en rien le Rocket. En gros, l’organisation a subi une perte nette de quatre joueurs, échangés contre des choix au repêchage : Marco Scandella, Ilya Kovalchuk, Nate Thompson et Nick Cousins. Ces quatre joueurs évoluaient à Montréal, mais leur départ a des contrecoups à Laval, puisque Evans et Xavier Ouellet – le capitaine du Rocket-ont été rappelés. Comme Ouellet s’est blessé, Karl Alzner a été rappelé. Enfin, Matthew Peca a certes été échangé contre un joueur, mais le joueur en question est Aaron Luchuk, un attaquant qui a excellé en ECHL, mais qui n’a que 9 points en 30 matchs dans la Ligue américaine. Peca ne connaissait pas la saison attendue, mais était jadis capable de produire une quarantaine de points par saison dans la LAH. Mais bon, Bergevin nous rappelait la valeur d’un choix de 7e tour parce qu’Evans et Cayden Primeau ont été repêchés aussi tardivement. Alors tout va bien, n’est-ce pas ?

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Matthew Peca

Les conséquences

Lors du dernier match, le Rocket comptait dans sa formation quatre joueurs qui ont joué dans l’ECHL cette saison : Yannick Veilleux, Antoine Waked, Ryan Culkin et le gardien Michael McNiven. Luchuk devrait logiquement intégrer la formation, ce qui porterait le total de joueurs de l’ECHL à cinq. À cela s’ajoute le défenseur Nathanael Halbert, qui a passé le reste de la saison à l’Université McGill. Bref, Joël Bouchard aura tout un défi pour les dernières semaines de la saison.

À Montréal ou à Laval ?

C’est la question qui déchire les amateurs. Les jeunes ont-ils intérêt à jouer des matchs sans enjeu dans la LNH, ou à participer à une course aux séries dans la Ligue américaine ? Bergevin a confirmé que Nick Suzuki passerait le reste de la saison à Montréal. Dans son cas, l’après-saison pourrait plutôt se dérouler au Championnat du monde sénior, si Équipe Canada veut lui donner sa chance. Le mois dernier, La Presse avait sondé quelques vétérans sur la gestion des jeunes, et les avis divergeaient.

La philosophie du DG

Bergevin a été interrogé sur le sujet, lundi. Dans un point de presse pas toujours facile à suivre, le directeur général a eu le mérite d’être clair sur cette question. « C’est certain qu’on veut être en séries. Mais c’est important que Primeau joue des matchs à Laval. C’est important que Poehling ait du bon temps de glace. Evans aussi. Certains soirs, ces jeunes-là ont de la difficulté. Mais Joël continue à les mettre sur la patinoire, comme instructeur de l’organisation. Pour moi, avant de participer aux séries, c’est important de développer les jeunes. Dans un monde idéal, on fait les deux. » Le problème, c’est qu’en bientôt huit ans, le club-école n’a réussi aucun des deux objectifs.