Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, est coincé. Désemparé. Comme un scrabbleur qui perd par 50 points et qui contemple son jeu dépareillé.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

W-J-M-B-B-C-D.

Quoi faire ? Le scrabbleur a trois options. Jouer ses tuiles. En échanger quelques-unes. Toutes les remettre dans le sac. Marc Bergevin fait face au même choix. Il a déjà transigé Ilya Kovalchuk et Marco Scandella pour des choix au repêchage. Mais il n’a pas encore touché à ses tuiles les plus payantes.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Les prochaines décisions de Marc Bergevin auront un impact majeur sur l’avenir du Canadien.

– Des W (Carey Price, Shea Weber) : des pièces gagnantes, mais dures à caser.

– Un J (Jeff Petry) : payant à tout coup, à condition de trouver la bonne case.

– Des B (Tomas Tatar, Max Domi) : des tuiles avec un bon potentiel, si elles sont bien jumelées.

Sauf que le directeur général du Canadien ne trouve plus les combinaisons gagnantes pour son équipe. Pendant ce temps, les tours passent. Ses rivaux de division creusent l’écart. Tant dans la Ligue nationale que dans la Ligue américaine.

POINTS CETTE SAISON (LNH + LAH)
Bruins : 156 en 117 matchs
Lightning : 145 en 118 matchs
Sabres : 132 en 116 matchs
Panthers : 130 en 117 matchs
Maple Leafs : 129 en 116 matchs
Sénateurs : 128 en 118 matchs
Canadien : 124 en 120 matchs
Red Wings : 93 en 119 matchs
* Au 22 février

Tout indique que le Canadien ratera les séries éliminatoires pour la troisième saison de suite. Le Rocket de Laval ? Impliqué dans une lutte à quatre. Ce sera difficile. Sachez que c’est hautement inhabituel qu’une équipe de la LNH et son club-école tombent à plat en même temps, si longtemps. Depuis 2017, seulement quatre franchises ont raté toutes les séries dans les deux ligues.

Les Sénateurs d’Ottawa et les Rangers de New York, dont les filiales cartonnent dans la LAH.

Les Panthers de la Floride, qui sont dans la course dans les deux ligues.

Et le Canadien, dont on ne voit pas la fin des insuccès.

***

Comment expliquer l’état déplorable de l’organisation ?

On peut invoquer mille excuses. Les blessures. L’arbitrage. La pression des fans. Celle des médias. Le calendrier maya.

La vérité, c’est que le Canadien n’a que lui à blâmer. Le club paie le prix pour une décennie de repêchages décevants. Tenez, j’ai une devinette pour vous. Savez-vous combien de joueurs repêchés par le Canadien sous la direction de Marc Bergevin étaient dans la formation contre les Capitals de Washington, jeudi dernier ?

Cinq ? Quatre ? Trois ? Deux ? Un ?

Non.

Aucun.

D’accord, Jonathan Drouin et Max Domi ont été acquis contre des choix de premier tour. Victor Mete était blessé. Artturi Lehkonen, laissé de côté. N’empêche. C’est anormal – peu importe les circonstances – qu’aucun joueur repêché par l’équipe depuis huit ans ne soit dans l’alignement.

Il faut s’interroger sur la qualité des espoirs de l’organisation. Et réviser nos attentes à la baisse. Car cette année, ceux qui ont évolué dans les rangs professionnels en Amérique du Nord ont connu une saison difficile.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi

– Jesperi Kotkaniemi (19 ans) : Le jeune Finlandais a été incapable de s’établir dans la LNH. Seulement 8 points en 36 matchs. Brady Tkachuk, repêché au rang suivant par les Sénateurs, vient d’en réussir neuf en deux semaines…

– Ryan Poehling (21 ans) : Une autre déception. Deux petits points en 27 matchs dans la LNH. Blanchi lors des sept matchs depuis son retour à Laval.

– Cayden Primeau (20 ans) : Très beau potentiel. Mais il reste un projet à long terme. Son pourcentage d’arrêts (90,3 %) le place vendredi au 39e rang parmi les 48 gardiens réguliers de la LAH.

– Cale Fleury (21 ans) : Après un début de saison prometteur, le défenseur cherche sa place. Le Canadien l’a cédé à Laval, où il affiche un différentiel de – 6 après 11 matchs.

– Victor Mete (21 ans) : Sa production offensive est à la hausse. Sauf qu’il est passé de la première paire à la troisième. Difficile de le projeter comme un top 4.

– Noah Juulsen (22 ans) : À l’écart de la compétition depuis décembre en raison de maux de tête.

– Josh Brook (20 ans), Lukas Vejdemo (24 ans), Jake Evans (23 ans) : Il faudra attendre encore un peu pour savoir si leur avenir est dans la LNH ou la LAH.

Dans ce groupe, qui jouera avec le Canadien l’hiver prochain ? Probablement Kotkaniemi et Mete. Les autres ? J’en doute. Alex Romanov, Cole Caufield, Jesse Ylönen ? Peut-être. Tous les trois sont voués à un bel avenir. Sauf qu’ils n’ont toujours pas disputé un seul match professionnel en Amérique du Nord.

Vous aurez compris que le chemin vers la victoire sera long. Très long. Avec les troupes actuelles, je ne vois pas le Canadien en séries en 2021. Après ? Jeff Petry, Tomas Tatar, Brendan Gallagher, Joel Armia et Phillip Danault deviendront tous joueurs autonomes. Je suis convaincu qu’ils ont tous le CH à cœur. Mais quand le soleil ne brille pas fort, ça se peut aussi que tu veuilles le chercher ailleurs.

Alors, que fera Marc Bergevin ce lundi ? Gardera-t-il toutes ses tuiles ? En changera-t-il une ? Deux ? Trois ? Videra-t-il son chevalet ?

Ses décisions auront un impact majeur sur l’avenir du club.

Et sur le sien.