Le public montréalais s’était rapidement entiché d’Ilya Kovalchuk. Il doit déjà en faire son deuil.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le joueur russe a été échangé dimanche soir aux Capitals de Washington en retour d’un choix de troisième ronde au repêchage de juin prochain. Son passage chez le Canadien a finalement duré un peu moins de deux mois, au cours desquels il est devenu l’un des favoris de la foule du Centre Bell.

Le retour peut sembler modeste pour un nom aussi prestigieux, à plus forte raison vu le succès rapide qu’il a connu avec le Canadien. Mais d’une part, le marché des joueurs dits de « location », puisqu’ils sont sans contrat à la fin de la saison, est actuellement au plus bas depuis des années. Et d’autre part, ce choix au repêchage constitue un gain net pour le directeur général Marc Bergevin qui, le 3 janvier dernier, avait consenti à Kovalchuk le salaire minimum de la LNH, établi à 700 000 $. Le vétéran ailier venait alors de mettre fin à l’entente le liant aux Kings de Los Angeles pour encore une saison et demie.

Son séjour aura été court, mais intense. L’annonce de son embauche au tout début de l’année 2020 a causé tout un émoi, autant chez les analystes que parmi les amateurs de hockey. Personne ne remettait en doute les qualités de marqueur de cette attaquant de puissance qui avait compté 436 buts dans la LNH. Mais la controverse entourant la fin de son association avec les Kings, ainsi que sa réputation d’être un joueur difficile et individualiste, semaient des doutes quant à ses succès à venir chez le Canadien.

Bergevin a toutefois insisté : cette embauche était « sans risque », et le Canadien ne pouvait se passer de renfort en attaque, alors que Jonathan Drouin, Paul Byron, Brendan Gallagher et Joel Armia étaient tombés au combat au cours des semaines précédentes.

Pari gagné

Force est d’admettre que le DG a gagné son pari, car « l’effet Kovalchuk » a été instantané.

Sur la glace, les partisans ont d’emblée constaté qu’à 36 ans, l’ailier n’avait rien perdu de son flair avec la rondelle. Rapidement, les « Kovy! Kovy! » ont résonné dans les gradins, rare effusion d’enthousiasme à l’aube d’une deuxième moitié de saison qui s’annonçait misérable.

Son entraîneur Claude Julien, qui avait ardemment modéré les attentes à son égard, a eu l’heureuse surprise de découvrir un joueur impliqué dans tous les aspects du jeu. Et ses coéquipiers ont fait la rencontre d’un athlète accessible, avec lequel ils ont développé une chimie instantanée.

Avec 12 points à ses 15 premiers matchs à Montréal, Kovalchuk apparaissait comme le vol de la saison dans la LNH. Par contre, sa production a considérablement ralenti au cours des sept rencontres suivantes, au cours desquelles il n’a récolté qu’une mention d’aide.

Néanmoins, il a trouvé le moyen d’inscrire trois buts gagnants, dont deux en prolongation, en plus d’ajouter deux buts en tirs de barrage.

À de multiples reprises, au cours des dernières semaines, Ilya Kovalchuk a répété à quel point il « aimait tout » de son équipe. Lors d’une visite à Montréal de sa femme et de trois de leurs enfants, plus tôt ce mois-ci, il a d’ailleurs publié sur les réseaux sociaux une vidéo le montrant s’amuser sur une patinoire extérieure de la métropole.

Différents médias ont récemment rapporté que la direction Canadien lui avait soumis une offre de contrat de 3,5 millions en vue de la saison prochaine. À l’évidence, les deux parties n’ont pas réussi à s’entendre, et Marc Bergevin a décidé de capitaliser sur la demande pour « Kovy ». L’échange est survenu moins de 24 heures avant la fin de la période des transactions.

Pierre Lebrun, informateur réputé du site The Athletic, a indiqué sur Twitter que le Canadien tenterait sans doute de le rapatrier, le 1er juillet prochain, date à laquelle Kovalchuk deviendra agent libre sans compensation. À moins qu’il ne conclue une nouvelle entente avec les Capitals d’ici là, évidemment.

À noter, le Tricolore a retenu la moitié de son salaire dans la transaction. Seulement 350 000 $ s’ajouteront donc au plafond salarial des Caps. À Washington, il rejoindra son compatriote Alexander Ovechkin au sein de l’une des plus dangereuses machines offensives de la LNH.

Signal

Depuis plusieurs semaines, alors que le Canadien a échoué à se rapprocher de manière effective d’une place en séries éliminatoires, les spéculations se sont multipliées pour deviner la stratégie de Marc Bergevin à l’approche de la fin de la période des transactions dans la LNH, fixée à 15 h ce lundi.

Les joueurs et leur entraîneur ont martelé qu’ils s’accrocheraient jusqu’au bout à l’objectif d’atteindre les séries. Mais en échangeant Kovalchuk, et avant lui Marco Scandella, Bergevin a ouvert son jeu : voilà le Tricolore clairement campé du côté des « vendeurs ». C’est donc dire que d’autres joueurs quitteront probablement l’équipe au cours des prochaines heures, alors que la gestion des effectifs du club au cours des prochaines semaines sera vraisemblablement axée sur la préparation de la saison suivante ainsi que sur l’optimisation des chances du club-école du Rocket de Laval d’accéder aux séries de la Ligue américaine.

Mardi, Scandella, lui aussi sans contrat l’été prochain, a été cédé aux Blues de St. Louis en retour d’un choix de 2e ronde et d’un choix conditionnel de 4e ronde au prochain repêchage. En ajoutant le choix obtenu contre Kovalchuk, le Canadien est désormais assuré de 13 sélections à l’encan des 26 et 27 juin prochains, dont 6 au cours des trois premiers tours.

Les deux seuls autres joueurs réguliers de l’équipe qui deviendront agents libres sans compensation l’été prochain sont les attaquants Nate Thompson et Dale Weise ainsi que le défenseur Christian Folin. Des trois, Thompson, 35 ans, est le plus susceptible de trouver preneur.

Les noms du joueur de centre Max Domi, qui deviendra cet été joueur autonome avec compensation, ainsi que ceux du défenseur Jeff Petry et de l’ailier gauche Tomas Tatar, à qui il reste chacun une année de contrat, se sont aussi retrouvés au centre de multiples rumeurs d’échanges plus tôt cette saison.