L’abolition des bagarres au hockey junior québécois devra attendre. Les représentants des équipes de la LHJMQ, réunis dans un hôtel montréalais jeudi après-midi, n’ont finalement pas tenu le vote prévu sur leur abolition.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Jacques Tanguay, président des Remparts de Québec, l’a confirmé à la sortie de la réunion. Il n’a pas caché sa déception, affirmant que sa décision à ce sujet « est prise depuis longtemps ».

« Il reste encore beaucoup de sensibilisation à faire, a-t-il dit. Il faut continuer à parler et à donner les bonnes raisons pour lesquelles on veut que ça change. […] Il va falloir un jour les interdire. »

Le commissaire du circuit, Gilles Courteau, s’est réjoui des nombreuses « discussions » qui ont animé la rencontre du jour. Il a par contre insisté : il n’y avait « aucune obligation » à trancher sur cette question polarisante dès aujourd’hui.

« Pour la première fois depuis très longtemps, on a eu d’excellentes discussions » à ce sujet, a-t-il dit aux journalistes.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le commissaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Gilles Courteau.

Pour que la réglementation sur les bagarres soit changée, les deux tiers des 18 équipes de la ligue devaient voter en faveur d’une modification. Les formations étaient représentées par leur propriétaire, sinon par un membre de leur direction.

Or, alors que se multiplient les études sur les conséquences à long terme des coups à la tête dans les sports de contact, certaines des personnes autour de la table « ne sont pas à la fine pointe de la réglementation entourant le sujet », a convenu M. Courteau.

« Pour nos membres, c’est des éléments nouveaux, a-t-il poursuivi. On n’avait pas eu l’opportunité de rentrer aussi profondément dans aspect de la réglementation, expliquer les conséquences au niveau des commotions cérébrales. »

Relancé sur la question des commotions, le commissaire a ajouté de manière énigmatique qu’« il y a des éléments qui doivent demeurer confidentiels ».

« Le dossier des commotions, on le partage à très peu de personnes par respect pour les gens qui subissent, par respect pour leur dossier médical. »

Il a invoqué le fait que certains propriétaires sont « nouveaux » dans le cercle des décideurs. « Quand on parle d’un dossier comme ça, ils amènent des questions. Il faut leur donner la chance de parler. On ne veut pas qu’ils soient sous pression de prendre une décision qu’on serait obligés de modifier dans un mois. »

Le sujet sera de nouveau à l’ordre du jour de la prochaine rencontre au sommet du circuit, en marge des assises de la LHJMQ en juin prochain. Les directeurs généraux seront alors inclus à la discussion. Pour qu’un nouveau règlement interdisant les bagarres ou durcissant les sanctions qui leur sont rattachées soit en vigueur pour la saison 2020-2021, il faudra que les équipes tranchent avant le mois d’août.

Cette absence de verdict a suscité une vive déception chez le député libéral et ex-joueur de la LNH Enrico Ciccone.

Celui-ci a décrit comme « bizarre » le fait que des propriétaires d’équipes de hockey manquent d’informations au sujet des bagarres, des coups à la tête et des commotions cérébrales. « Les seules informations auxquelles on devrait se fier, ce soit les rapports scientifiques, a-t-il dit en entrevue avec La Presse. On gère des joueurs mineurs de 15, 16 ou 17 ans. Quelle autre information tu veux avoir de plus? Je ne trouve pas de bonne raison » de ne pas trancher sur la question.

« Je ne peux pas décider de l’ordre du jour de la LHJMQ, mais si j’étais commissaire, j’en ferais ma priorité », a ajouté celui qui a porté les couleurs des Cataractes de Shawinigan puis des Draveurs de Trois-Rivières de 1987 à 1990.

Dans une déclaration écrite fournie à La Presse, Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation, a indiqué être « déçue que la ligue repousse à plus tard cette décision fondamentale ».

« J’espère que ce temps de réflexion supplémentaire leur permettra de prendre la seule décision qui s’impose à mes yeux, soit celle d’interdire les batailles dans la LHJMQ », a-t-elle poursuivi.

La LHJMQ pourrait devenir la première ligue canadienne à rendre illégales les bagarres dans le cadre d’une partie. Elles sont déjà interdites dans le réseau universitaire américain (NCAA), qui envoie de plus en plus de joueurs dans la LNH.