(Québec) Deux ex-athlètes qui sont aujourd’hui députés pressent la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ) d’être des pionniers en abolissant les bagarres sur la glace.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Enrico Ciccone, qui a joué pendant 11 ans au hockey professionnel, connaît les dommages que peuvent causer les bagarres sur la santé physique et psychologique des joueurs. Lui-même considéré comme un « goon » à l’époque, il angoisse en pensant aux dommages qu’il s’est infligés (ou qu’il a infligé aux autres) dans la pratique de son sport.

« S’il y a quelqu’un qui peut vous en parler, c’est moi. S’il y a quelqu’un qui se lève chaque matin et qui se demande quand il perdra la mémoire, est-ce que je vais faire de l’encéphalopathie, de l’alzheimer prématurément, est-ce que je vais faire de la démence… Ce sont des idées avec lesquelles je me lève chaque matin », a-t-il dit en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.  

Les propriétaires et présidents des équipes de la LHJMQ voteront jeudi de nouvelles règles pour interdire les bagarres dans le circuit Courteau. Si cette proposition est adoptée, la ligue serait une pionnière en ce sens au Canada.  

« Le hockey est probablement le seul sport où on réglemente encore les bagarres. C’est une façon un peu archaïque d’évoluer », a déploré mercredi la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest.  

Les mœurs ont changé 

La ministre caquiste est catégorique : les mœurs ont changé et la population n’accepte plus en 2020 qu’on encadre les bagarres au hockey mineur plutôt que les interdire.  

« On n’accepte plus qu’il y ait des comportements dans les estrades, des spectateurs qui se battent ou qui chialent, je pense que ça commence sur la glace d’avoir du respect pour l’adversaire », a-t-elle dit en marge du conseil des ministres à Québec.  

« À l’époque, on ne savait pas tout ce qu’on sait aujourd’hui, renchérit son collègue libéral Enrico Ciccone. Quand on voit des anciens collègues qui sont décédés, où on a ouvert le cerveau, on s’est aperçu qu’il y avait des dommages considérables qui étaient causés par les commotions cérébrales. »

À son époque, « jamais personne ne m’a donné une tape dans le dos pour aller me battre, [sauf] au hockey junior, a-t-il ajouté. Avec les Cataractes de Shawinigan, c’est là qu’on m’a dit ‘’prouve ce que tu es capable de faire. Va te battre […]. C’est de cette façon qu’on nous élevait à l’époque. »

« On a compris que [j’étais] un gars qui avait un grand cœur, qui voulait protéger ses ‘’chums’’. On a abusé de cette qualité que j’avais. C’est sur que s’il n’y avait pas eu de bagarre, je me serais peut-être développé ailleurs », a-t-il dit.