(Détroit) Il est quand même ironique de voir le Canadien s’effondrer sous nos yeux au moment où toutes ses doléances sont soudainement entendues.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Ces dernières semaines, Claude Julien a répété que son équipe avait besoin d’aide – lire : que les équipes dans la lutte aux séries perdent quelques matchs. Il en a eu. Encore mardi, les Penguins ont battu les Maple Leafs, les Sénateurs ont battu les Sabres. À leurs 10 derniers matchs, les Panthers ont une fiche de 3-6-1. Les Leafs : 4-5-1.

Depuis que les blessés ont commencé à s’accumuler, à la mi-novembre, la malchance de l’équipe est souvent soulignée. « Je crois sincèrement que si nous étions en santé, nous serions en séries actuellement », avait dit Bergevin à son bilan de mi-saison.

Mardi, le Tricolore saluait le retour au jeu de Paul Byron et de Shea Weber. Nate Thompson était guéri de son virus, si bien qu’il ne restait essentiellement que le pauvre relationniste François Marchand qui était incommodé. Jonathan Drouin était de retour après avoir sauté son tour samedi. Bref, il ne manquait que Brendan Gallagher, mais avoir un seul blessé en février tient essentiellement du miracle. C’est une équipe en santé.

Samedi, les arbitres posaient problème. Cette fois, les adversaires du CH ont été punis trois fois. À leur défense, les Montréalais en ont pleinement profité en marquant deux buts.

En fait, il ne manque que le défenseur gaucher auquel Julien faisait référence de temps à autre en début de saison. Mais contre des Red Wings déjà très mauvais, privés de leur défenseur numéro 1 ET hypothéqués par un virus, une équipe qui se respecte ne devrait pas être à un défenseur près de triompher.

PHOTO PAUL SANCYA, AP

Paul Byron et Robby Fabbri

Or, ce sont ces « Dead Wings » qui l’ont emporté, au compte de 4-3, après avoir comblé un retard de 1-3.

« Si on veut s’améliorer comme équipe, si on veut une équipe gagnante, tu dois être capable de jouer de la même façon pendant 60 minutes. On n’a pas été capables de le faire dernièrement. C’est affreux », a laissé tomber l’entraîneur-chef, Claude Julien.

La fierté fouettée

Mardi matin, en point de presse, Julien a fait quelque chose qu’il fait rarement : il s’est attardé à l’adversaire, rappelant que le Canadien avait perdu ses trois matchs contre Detroit cette saison. La portion non dite, que nous dirons à sa place, était qu’il s’agit là d’une situation inacceptable contre la pire équipe de la LNH.

On devine que les joueurs ont eu droit à la version non censurée de la pensée de Julien. Après le match, du moins, ils semblaient parfaitement conscients de l’affront qu’ils venaient de subir.

« Je n’ai pas de mots. C’est la différence entre être dans les séries ou pas. On est à 10 points [NDLR : 8], et on a perdu 4 matchs contre Detroit. C’est mauvais », a martelé Byron.

Shea Weber, qu’on ne confond pas exactement avec Céline Dion quand vient le temps d’exprimer ses émotions, avait du mal à les cacher quand on lui a parlé du balayage des Red Wings. Pas tant dans ses mots que dans son langage non verbal de gars inconfortable.

« Nous étions au fait de cette statistique. Nous ne voulions pas être balayés, a répondu le capitaine du Tricolore. Claude n’avait pas besoin de nous le rappeler. Nous ne jouons pas bien contre cette équipe. À notre dernier match ici, nous avions aussi l’avance et nous avons perdu. C’est récurrent. »

On peut soumettre l’hypothèse que si la défaite semble faire si mal, c’est qu’elle heurte le CH dans tout ce qui lui reste : sa fierté. Le temps va manquer pour combler le retard au classement. L’échange de Marco Scandella laisse croire que Marc Bergevin commence à faire son deuil des séries.

Quand le classement n’est plus un enjeu, les athlètes, individuellement, peuvent bien jouer en vue d’une future négociation de contrat. Mais collectivement, il reste la fierté, et les Red Wings ont écrasé celle du Canadien.

Dans le détail

Mete se blesse

Le portrait pourrait changer vite du côté gauche de la défense du Canadien. L’unité comptait un gaucher de moins après la transaction qui a envoyé Marco Scandella à St. Louis. Voilà que Victor Mete a déclaré forfait après avoir été atteint au pied gauche par un tir du défenseur québécois Alex Biega. La blessure a évidemment changé la donne à la ligne bleue, avec pour conséquence que Xavier Ouellet a joué 18 minutes. Le Canadien a congé d’entraînement mercredi, si bien qu’il faudra visiblement attendre à jeudi matin pour en savoir plus.

Plus qu’une lettre de différence…

Il y avait de quoi sourire en parcourant des yeux la formation des Red Wings. En défense, comme partenaire de Trevor Daley du côté droit du troisième duo, on retrouvait un certain Gustav Lindstrom, un choix de deuxième tour des Wings en 2017, qui disputait son huitième match dans la LNH. Dans la ville où Nicklas Lidstrom a joué 20 saisons, le nom ne passe évidemment pas inaperçu ! Sauf qu’on a vite constaté qu’il y avait plus qu’une lettre dans le nom de famille qui différencie les deux joueurs. Deux fois plutôt qu’une, Lindstrom s’est fait passer un sapin par un joueur du CH et a ensuite été forcé à écoper d’une punition. Le Tricolore a marqué pendant ses deux punitions. Lindstrom était aussi sur la patinoire pour le premier but des visiteurs, mais cette fois, la faute revenait bien plus à Andreas Athanasiou, qui a perdu la rondelle aux mains de Paul Byron.

La recette pour Weal !

PHOTO RICK OSENTOSKI, USA TODAY SPORTS

Jordan Weal (43) et Patrik Nemeth (22)

Est-ce que Claude Julien a trouvé la formule magique pour faire produire Jordan Weal ? Pour un deuxième match de suite, l’ailier droit a finalement joué même s’il était prévu qu’il soit rayé de la formation, et il a livré une performance inspirée. Samedi, c’est le forfait de Jonathan Drouin après l’échauffement qui lui a ouvert la porte. Mardi, c’est l’absence de Brendan Gallagher qui lui a permis de jouer. Gallagher a participé à l’entraînement matinal, tandis que Weal a fait des exercices supplémentaires, en solo, preuve du sort qui l’attendait. Weal a inscrit un but samedi et a ajouté deux passes mardi, dont un relais de toute beauté à Nick Suzuki pour préparer son but. Avant les événements des derniers jours, le numéro 43 avait été retranché de la formation pour sept matchs de suite.

Ils ont dit

Ce sont les erreurs. Regarde le nombre de fois qu’un défenseur… qu’un surnombre est arrivé. On a été paresseux sur les replis défensifs. Sur un des buts, [Nick] Suzuki se fait enlever la rondelle au centre de la patinoire. Il faut apprendre, s’améliorer et constater qu’on ne peut pas faire ces choses-là.

Claude Julien

Le dernier but est directement ma faute. Ça ne peut pas arriver. J’en prends l’entière responsabilité. […] Les gars au banc me criaient qu’un joueur me suivait. J’aurais dû mieux protéger la rondelle ou la dégager dans leur territoire.

Suzuki

Les joueurs doivent jouer 60 minutes et ils en ont joué 40. Je ne peux pas mettre mes patins et jouer à leur place.

Julien

Je me serais senti bien mieux si on avait eu les deux points, c’est sûr.

Paul Byron, interrogé à savoir s’il se sentait bien à son retour au jeu

Hier, on a travaillé sur les batailles à 2 contre 2. On était prêts. C’est à nous de jouer, d’être prêts, de gagner toutes les batailles.

Byron

En hausse

Paul Byron

Les attentes étaient basses à son endroit, puisqu’il disputait un premier match en trois mois. On a plutôt retrouvé un joueur efficace, bien meilleur que celui qu’on a vu en début de saison.

En baisse

Ilya Kovalchuk

Un match très ordinaire couronné par un effort insuffisant en repli sur le but égalisateur des Red Wings.

Le chiffre du match

11-43-4

C’est la fiche des Red Wings contre les 29 autres équipes de la LNH cette saison. Bonne journée à tous !