On ne finira résolument jamais de s’émerveiller du pouvoir guérisseur d’une course aux séries éliminatoires marquée par une dizaine de points de retard et cinq équipes à dépasser.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Shea Weber a surpris tout le monde — y compris son entraîneur-chef — en enfilant son équipement, lundi matin, et en sautant sur la glace du complexe Bell de Bossard pour prendre part à l’entraînement complet de son équipe.

À n’en point douter, Weber défie les pronostics. Tous les doutes étaient permis, au point où certains disaient sa carrière compromise. Le Canadien a finalement tranché mercredi dernier : une entorse à la cheville garderait le défenseur à l’écart du jeu de quatre à six semaines. Or, s’il revient au jeu ce mardi contre les Red Wings de Detroit, il aura raté seulement deux semaines d’activités.

Interrogé en mêlée de presse à savoir s’il croyait à la magie, Weber a offert un « non » catégorique. Il a tout de même avoué qu’il n’était « pas tout à fait sûr » de l’explication derrière la guérison rapide de sa cheville. « J’écoute mon corps et je me sens bien », a-t-il dit.

Cela n’empêche pas que ce revirement de situation est spectaculaire. Car la mystérieuse saga entourant sa blessure a pris des proportions au cours des deux dernières semaines. Nous en résumons ici les multiples rebondissements : 

Mardi 4 février
Shea Weber subit une blessure « au bas du corps » pendant l’affrontement du Canadien contre les Devils du New Jersey. La chose échappe aux observateurs, puisqu’il dispute le match en entier. Il est sur la glace pour les derniers instants de la troisième période, mais ne joue pas en prolongation. Comme c’est souvent le cas, il est le joueur le plus utilisé de son équipe.

Mercredi 5 février
Weber est absent de l’entraînement du Tricolore, à Brossard. L’équipe indique qu’il subit des traitements. Cela n’a rien d’étrange, a priori, surtout pour un vétéran.

Jeudi 6 février
Étonnement au point de presse matinal de Claude Julien, à quelques heures du duel contre les Ducks d’Anaheim : l’entraîneur-chef révèle que Weber s’est blessé « au bas du corps » et qu’il ratera « au moins une semaine » d’activités. Il semble qu’en raison d’une enflure trop importante, aucun diagnostic ou pronostic ne soit possible. Son nom est ajouté à la liste des blessés. En français comme en anglais, Julien affirme que cette blessure n’a pas été causée par le tir de Wayne Simmonds qu’a reçu Weber sur un pied en fin de rencontre, mais confirme que c’est bien au cours du match au New Jersey que le mal a été fait.

PHOTO ED MULHOLLAND, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Wayne Simmonds

Samedi 8 février
Selon Elliotte Friedman, du réseau Sportsnet, Weber subit une imagerie par résonance magnétique, mais celle-ci est non concluante en raison de l’enflure à sa cheville.

Lundi 10 février
Le week-end a passé, mais il n’y a toujours pas de nouvelles de Weber. L’enflure est encore évoquée par Julien. D’emblée, on apprend qu’il ne sera pas du voyage du Canadien à Boston et à Pittsburgh. Son absence dépassera donc forcément une semaine. Julien affirme qu’il espère en savoir davantage « à la fin de la semaine ».

Mardi 11 février
Première bombe. Bob McKenzie, informateur respecté du réseau TSN, écrit sur Twitter que le pronostic sur la blessure de Weber « n’est pas encourageant du tout » et qu’il « ne jouera pas de sitôt ». La durée indéterminée de son absence l’amène à conclure que « les médecins, l’équipe ou le joueur mesurent leurs options — par exemple entre la rééducation ou une chirurgie ». Julien est furieux. Aux journalistes montréalais, il rappelle que « même si Bob McKenzie parle, il n’est pas le dieu du Canadien ». « Médicalement, on gère ces situations-là. Tant qu’on n’a rien de concret, ça ne me donne rien de vous dire quelque chose », ajoute-t-il.

Mercredi 12 février
12 h 52 : Deuxième bombe, très puissante celle-là. Le journaliste et ex-joueur Nick Kypreos déclare sur Twitter que des « sources » lui indiquent que la saison de Weber est « probablement terminée » et que « son avenir est remis en question ». « On me dit que sa blessure est liée au pied qu’on lui a reconstruit par chirurgie en 2018. Une chirurgie semble inévitable. »

13 h 49 : Paul Wilson, vice-président principal aux affaires publiques et aux communications du Groupe CH, entreprise propriétaire du Canadien, écrit lui-même sur Twitter que l’équipe « devrait pouvoir fournir une mise à jour » sur l’état de santé de Weber « avant la fin de la semaine ». M. Wilson ajoute que l’organisation ne fournira pas de commentaire additionnel à ce moment.

16 h 37 : Sur son compte Twitter officiel, le Canadien écrit que Weber souffre d’une entorse à la cheville qui le gardera à l’écart du jeu de 4 à 6 semaines. L’équipe révèle que le défenseur a rencontré le jour même le Dr Robert Anderson à Green Bay, au Wisconsin. C’est le Dr Anderson, sommité nord-américaine du pied et de la cheville, qui a réparé les tendons du pied gauche de Weber au cours de l’hiver 2018.

Lundi 17 février
10 h 30 : À la surprise générale, Weber participe à l’entraînement complet de son équipe en matinée. Il prend part à tous les exercices, y compris en avantage numérique. Pour les enchaînements de routine, il retrouve son partenaire de jeu habituel, Ben Chiarot. Et il est de toutes les batailles lors d’un exercice à deux contre deux tenu à haute intensité.

13 h 02 : Nick Kypreos publie sur Instagram un message d’excuses à l’endroit de Weber et du Canadien et se désole de ne pas avoir « choisi ses mots avec davantage de sensibilité ». « Je n’ai jamais voulu tromper personne concernant l’avenir immédiat » de Weber, écrit-il, précisant tout de même qu’il « demeure fidèle aux informations » qu’il a reçues dans ce dossier.

Et maintenant ?

La question qui s’impose à ce stade-ci : Weber est-il complètement remis de sa blessure ? La réponse est non, et le défenseur ne s’en cache pas.

« Tout le monde sait que je ne suis pas à 100 %, admet-il. J’ai déjà joué en dépit de la douleur et je vais le faire encore. »

Il martèle qu’il n’en serait pas là s’il n’avait pas eu l’aval du personnel médical de l’équipe. Il se concentre sur l’équilibre entre « le niveau de douleur et [son] seuil de tolérance ».

Surtout, il ne veut pas jouer le rôle de spectateur alors que ses coéquipiers se démènent pour s’accrocher aux chances, même faméliques, du Canadien de participer aux séries éliminatoires.

Des choses plus folles sont déjà arrivées par le passé, alors pourquoi pas ?

Shea Weber

Surtout, il dit avoir été un peu dépassé par l’ampleur que cette affaire a prise. Il était au Wisconsin lorsque la fin de sa carrière a été évoquée sur les réseaux sociaux.

« Une tonne de messages textes ont fait exploser mon téléphone, je n’avais aucune idée de ce dont tout le monde parlait, a-t-il raconté. Je ne savais encore rien [sur mon état de santé], et des gens me disaient que c’était fini pour moi. J’ai compris ce qui s’était passé après avoir vu le médecin. C’est une situation bizarre. Je suis juste content de recommencer à patiner. »

Une chose est certaine : tous les faits et gestes de Weber sur la glace seront désormais scrutés à la loupe. Vu son historique personnel de blessures, mais également en raison du bilan du Canadien cette saison en matière de gestion du retour au jeu de ses joueurs blessés.

À la mi-décembre, pendant un entraînement, Paul Byron a aggravé une blessure au genou subie un mois auparavant, alors que son retour semblait imminent. Et Brendan Gallagher a suscité toutes sortes d’interrogations après avoir renoué avec l’action un peu plus d’une semaine après avoir subi une commotion cérébrale. Après un seul match, il a dû se soumettre à trois semaines additionnelles de convalescence.

On peut présumer du Tricolore qu’il usera de prudence avec son capitaine, peu importe la volonté de celui-ci de jouer malgré la douleur. L’équipe devra toutefois déterminer jusqu’à quel point elle est prête à parier sur la santé de son principal défenseur. Et, surtout, combien elle est prête à sacrifier pour une course aux séries essentiellement perdue d’avance.