Quatre petits matchs. Et autant de défaites. C’est tout ce qu’il a fallu au Canadien pour que le carrosse d’espoir dans lequel il roulait se transforme en citrouille et que parte en fumée son volatil rêve d’accéder aux séries éliminatoires. Regard sur six facteurs d’insuccès derrière cette semaine catastrophique.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

1. À la traîne dans les avances

Les récentes défaites contre les Coyotes de l’Arizona (3-2) et les Stars de Dallas (4-3 en prolongation) ont placé le Canadien au sommet de la LNH dans une division qu’il aurait sans doute préféré éviter : depuis le début de la saison, aucune autre équipe n’a vu autant de victoires lui échapper lorsqu’elle détenait l’avance après une période (9 fois) ou après deux périodes (8 fois). À 25 reprises, le Tricolore a amorcé le dernier tiers avec l’avance, une situation comparable à celle des Penguins de Pittsburgh (24). La différence ? Les Montréalais n’ont remporté que 68 % de ces matchs (17 sur 25), contre 88 % pour la bande à Sidney Crosby (21 sur 24). La comparaison n’est pas fortuite : lors du duel entre les deux équipes, vendredi, jamais les Penguins n’ont laissé le Canadien revenir dans le match après avoir pris une avance de deux buts en fin de deuxième. On parle souvent des « petits détails qui font la différence ». Celui-là est pas mal gros.

2. Price a besoin de repos

Il y a deux semaines, Claude Julien confirmait ce que tout le monde savait déjà : tant et aussi longtemps que le Canadien serait dans la course aux séries éliminatoires, Carey Price verrait beaucoup d’action. Il est vrai que l’équipe a profité de quelques congés d’entraînement au cours de la dernière semaine, ce qui a donné du repos à Price. Mais cela justifie-t-il la décision de l’envoyer dans la mêlée trois fois en quatre soirs, dont deux en 24 heures dans des villes différentes ? À ,864, son taux d’arrêts dans un deuxième match en deux soirs est atroce. Cette saison, seulement quatre gardiens ont disputé au moins trois successions de deux matchs en deux soirs, avec des résultats inégaux lors du deuxième match : MacKenzie Blackwood (3-2-0), Sergei Bobrovsky (2-0-1), Jacob Markstrom (1-2-0) et Carey Price (0-2-2). Qu’ont en commun les trois premiers ? Ils sont tous plus jeunes que Price et ont joué minimalement 800 minutes de moins que lui depuis le début de la saison dernière. Au fait, combien de temps le Tricolore considérera-t-il comme encore légitimes ses chances d’accéder aux séries ?

3. Une défaite en attire une autre

L’une des raisons pour lesquelles le Canadien est en si mauvaise posture au classement, c’est parce qu’il n’a pas réussi à coller suffisamment de victoires consécutives lorsque la situation l’exigeait. Ses défaites, par contre, viennent rarement seules. Sur les 34 revers qu’il a subis cette saison, seulement 10 se sont insérés entre deux victoires. Et deux fois, le Tricolore a su stopper sa glissade après deux échecs. Les 20 défaites restantes ont été accumulées au cours de seulement trois séquences : deux séries de huit et la succession actuelle de quatre. Autrement dit, lorsque cette équipe ne réussit pas à se relever tout de suite après avoir trébuché, elle passe beaucoup de temps à terre. Autant sur le plan du leadership que sur celui de la fameuse « force mentale » du groupe, ce n’est jamais bon signe.

4. Léthargies inopportunes

Il n’y a jamais de bon moment pour connaître un passage à vide. Mais trois joueurs ont particulièrement mal choisi le leur. Jeff Petry, seule véritable solution de rechange du Canadien pour pallier l’absence de Shea Weber en défense, n’a inscrit aucun point au cours des cinq derniers matchs et a présenté un différentiel de -4. En récoltant une aide contre les Stars, Max Domi a obtenu un premier point en six rencontres. Ilya Kovalchuk, quant à lui, a été blanchi en quatre matchs. Face aux Stars, il a connu un regain de vie après une semaine assez ordinaire sur les plans de la possession de rondelle et des chances de marquer à cinq contre cinq lorsqu’il est sur la glace. Autant pour les partisans qui souhaitent le voir rester à Montréal que pour Marc Bergevin s’il désire l’échanger, souhaitons que Kovalchuk retrouve sa magie.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Jeff Petry

5. Trop souvent au cachot

La chose n’est pas spécifique à la dernière semaine, mais la tendance générale est nette : le Canadien passe trop de temps au cachot. Au cours des 10 dernières rencontres, les joueurs du Tricolore ont patienté en moyenne 8 min 36 s au banc des pénalités, soit 1 minute et demie de plus qu’au cours de leurs 51 premiers duels (7 min 7 s). Or, comme le taux d’efficacité du club en infériorité numérique est resté sensiblement le même entre ceux deux périodes (environ 79 %), le risque mathématique d’accorder des buts augmente considérablement. Et le Tricolore en a payé le prix récemment : dans chacun de ses quatre derniers matchs, il a accordé un but avec un homme en moins.

6. Anémique en avantage numérique

Malgré des fautes évidentes commises par les joueurs des Stars samedi, aucune pénalité ne leur a été imposée de toute la partie. La colère de Claude Julien était donc pleinement justifiée, mais avec le rendement famélique qu’offre son équipe en avantage numérique depuis quelque temps, on peut se demander méchamment si quelques pénalités de plus auraient fait la différence. On ne peut pas forcément montrer du doigt l’absence de Shea Weber, puisque depuis sa blessure, l’efficacité du Tricolore (2 en 19, ou 10,5 %) est quasi identique à celle du club depuis le début de l’année 2020 (10,2 %). Les choses ont tout de même empiré au cours de la présente série de défaites, avec un seul but en 12 supériorités numériques, ou 8,3 % de succès. Une semaine à oublier, qu’on disait.

Prochain match : Canadien c. Red Wings, mardi soir (19 h 30) à Detroit