Comment accompagner un jeune garçon qui rêve de devenir joueur de hockey professionnel ? Comment inculquer, parallèlement, les valeurs qui lui permettront de devenir un homme équilibré ? Et comment le soutenir une fois qu’il a atteint la Ligue nationale ?

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Il n’y a pas de recette miracle, prévient Sylvie Bergeron, la mère de Patrice Bergeron, qui partagera son expérience en répondant, dimanche, à des questions qu’elle a souvent entendues au fil des années. L’événement se tiendra au Centre Vidéotron, à 16 h 30, dans le cadre du programme Les Pilotes du Hockey de Hyundai.

« Il faut y aller étape par étape et toujours se souvenir que l’on parle de jouer au hockey. On n’a jamais regardé les statistiques – et je ne les regarde pas plus maintenant – et on ne se comparait pas aux autres joueurs, raconte-t-elle en entrevue. J’ai un fils qui se met énormément de pression d’avance, ça ne valait pas la peine d’en rajouter. On s’assurait d’être à l’écoute de ses besoins et qu’il soit heureux. »

PHOTO WINSLOW TOWNSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Patrice Bergeron

Sylvie Bergeron a vite baigné dans le hockey par l’entremise de ses deux garçons. L’un, Guillaume, était un véritable passionné tandis que l’autre, Patrice, a vite eu le rêve d’atteindre les rangs professionnels. La mission de Mme Bergeron et de son conjoint, Gerard Cleary : le guider vers son but tout en lui permettant de se développer dans d’autres sphères.

Ce n’est pas un joueur de hockey que j’ai accompagné, mais un enfant, un adolescent et maintenant un adulte. Pour nous, la priorité n’était pas le hockey comme tel, mais beaucoup plus de s’assurer d’accompagner nos jeunes pour qu’ils deviennent des personnes les plus équilibrées possible.

Sylvie Bergeron

« Comme famille, on a des valeurs à transmettre […] et on veut que notre enfant ait tous les outils nécessaires le jour où il quitte la maison. »

Dans le cas de Patrice Bergeron, ce jour-là est arrivé à l’été 2002-2003 lorsqu’il a pris le chemin de Bathurst pour y disputer sa seule saison complète au niveau junior. Sylvie Bergeron sentait que son garçon de 17 ans était suffisamment prêt et mature pour passer avec succès cette étape-là.

Moins d’un an plus tard, il était repêché en deuxième ronde par les Bruins. « J’étais heureuse qu’il réalise son rêve, mais aussi qu’il soit à Boston, une ville qui se trouve à sept heures de route de la maison. On pouvait y être rapidement s’il avait des besoins. »

Il a d’abord fallu passer à travers les épreuves administratives qui accompagnent un changement de pays. Il a ensuite fallu laisser le jeune homme de 18 ans, à l’anglais très hésitant, voler de ses propres ailes.

Lors de l’année recrue du numéro 37, la petite famille descendait à Boston chaque mois. « Pas pour vérifier ce qu’il faisait, parce qu’on avait une confiance entière en lui et en son potentiel, mais juste pour qu’il sache qu’on était toujours là », précise-t-elle.

De toute façon, elle a vite été rassurée par le cadre dans lequel il évoluait. « Il a été très bien encadré par l’organisation, mais aussi par des coéquipiers. Il a pu habiter chez Martin Lapointe et Felix Potvin a aussi pu lui donner de bons coups de main. Il avait un bon réseau de soutien là-bas, ce qui était sécurisant pour nous. »

« Un très beau joueur de hockey »

Depuis les gradins du TD Garden ou devant sa télévision, Sylvie Bergeron n’est pas du genre à rater le moindre match de son garçon. « D’abord parce que je suis sa mère, mais en même temps, je trouve qu’il est un très beau joueur de hockey », précise-t-elle.

La carrière de son garçon, aujourd’hui âgé de 34 ans, est aussi très belle. À titre individuel, il a notamment remporté le trophée Frank J. Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la ligue, à quatre reprises. Son palmarès inclut surtout une Coupe Stanley (2011) et deux médailles d’or aux Jeux olympiques (2010 et 2014).

« J’en suis très fier parce que je sais que c’est important pour lui, mais, ma grande fierté, c’est davantage de voir l’homme, le papa, le conjoint qu’il est devenu. Il est aussi impliqué dans la communauté à Québec et à Boston », lance-t-elle.

Quelques moments moins joyeux ont aussi émaillé la carrière de son garçon. En 2007, il a subi une sérieuse commotion cérébrale et une fracture du nez après une mise en échec de Randy Jones. À l’époque, il a indiqué avoir passé les premiers jours au lit en ressentant de vives douleurs au cou et au dos.

Sylvie Bergeron n’a pas hésité une seconde : « Je suis restée avec lui un certain temps [le temps] qu’il guérisse et continue son processus. C’était une blessure importante et il avait besoin d’un [soutien moral]. C’était inévitable. Comme mère, et peu importe l’âge de ton enfant, tu ne te poses pas de questions quand il y a un besoin. »

Aujourd’hui, elle ne va plus aussi souvent à Boston, une ville qu’elle affectionne particulièrement. Mais quand elle le fait, c’est, en partie, pour d’autres raisons.

« Je suis maintenant grand-mère de cinq petits-enfants. Patrice a trois enfants. Je m’amuse et j’ai du grand fun. Je ne vais pas nécessairement voir les matchs, mais je m’en vais jouer à quatre pattes avec les petits. »