Dans la victoire comme dans la défaite, les matchs de Brendan Gallagher ne se terminent à peu près jamais au sifflet final.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

La grande majorité des soirs, il passe de nombreuses minutes dans le vestiaire à s’adresser aux journalistes. Patiemment, même lorsque les questions ne lui plaisent pas. Quand les caméras s’éteignent, il prend quelques derniers instants avec les reporters de la presse écrite qui n’ont pu se faufiler dans la forêt de micros et d’enregistreuses.

Comme à son habitude, lundi soir, Gallagher s’est exécuté. Et lorsqu’il a eu fini, il a calmement marché vers le fond du vestiaire. À peine était-il dans l’antichambre situé à l’arrière de la pièce qu’il s’est fendu d’un hurlement qui en disait long sur son état d’esprit. Un indice : ça rimait avec « loufoque ».

Il peut paraître évident, voire simpliste, d’affirmer que la défaite de 3-2 du Canadien aux mains des Coyotes de l’Arizona fait mal. Mais il n’y a pas beaucoup d’autres manières de résumer la situation.

Le but gagnant des visiteurs, inscrit avec une minute à disputer, a privé les locaux d’un précieux point dans leur lutte vers les séries éliminatoires. Ainsi, après trois victoires de suite acquises en plus de 60 minutes, le Tricolore n’a pas su tenir bon jusqu’à la prolongation. À trop jouer avec le feu…

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Jake Evans célèbre son premier but dans la LNH en 1re période.

Mais il y a eu quelque chose de particulièrement gênant dans sa manière de perdre. Car après moins de deux minutes de jeu au premier tiers et un retard de 0-2, le gardien Antti Raanta semblait se poser de sérieuses questions sur ses choix de vie.

Le Canadien paraissait encore galvanisé par sa fin de match contre les Maple Leafs, samedi. Et c’était tant mieux pour lui.

Et puis… plus rien. Enfin, presque rien.

L’incapacité du Canadien à achever son adversaire lui a déjà coûté cher cette saison, mais peut-être jamais autant que lundi. Cette équipe a passé un peu moins de six minutes à 5 contre 4, et deux minutes entières à 5 contre 3. Résultat des courses : quatre petits tirs au but. Et aucune rondelle dans le filet.

Mine de rien, depuis le début de l’année 2020, les Montréalais figurent au 30e et avant-dernier rang de la LNH en supériorité numérique, ce qui inclut la récente séquence de 9 victoires en 12 rencontres – désormais en 13.

Gallagher, justement, à ce sujet : « Nos entrées de zone n’étaient pas bonnes. Quand on y était installés, on ne s’échangeait pas bien le disque et on ne récupérait pas les rondelles libres. On n’en faisait juste pas assez. On est sorti fort en troisième période, mais on n’a pas réussi à marquer en avantage numérique. Eux, oui. C’est très décevant. »

Deuxième fatale

Il est vrai que l’effort déployé au troisième tiers a donné espoir aux joueurs en un destin meilleur. Le problème, c’est qu’il y a eu préalablement eu une deuxième période.

Un engagement au cours duquel ils n’ont cadré que trois tirs au but. Et pendant lequel rien, mais rien ne fonctionnait.

« On n’a pas patiné du tout, on était deuxièmes sur la rondelle. La période nous a fait mal », a résumé Claude Julien.

Cette tranche de 20 minutes s’est amorcée de la pire des façons. Au cours de la deuxième minute de jeu, Phillip Danault a reçu une rondelle en plein visage après qu’un tir de Tomas Tatar eut dévié sur le défenseur Jordan Oesterle. Le Québécois a passé un long moment étendu au sol et il a dû être aidé par deux coéquipiers pour rentrer au banc, un chiffon ensanglanté sur le visage.

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Philip Danault est escorté par ses coéquipiers après avoir reçu la rondelle en plein visage en 2e période.

On ignore la gravité de sa blessure ou des traitements dont il aura besoin – « il y aura peut-être un peu de travail avec ses dents et il a subi une coupure », a dit Julien. Mais l’entraîneur a surtout dû allumer un lampion pour que son joueur de centre ne rate pas (trop) d’action.

Car dire que son absence s’est fait ressentir est un euphémisme. Max Domi s’est vu confier la mission de le remplacer à court terme entre Gallagher et Tatar, et les résultats ont été mitigés. À sa décharge, on ne trouve pas en un instant une chimie établie entre les membres d’un trio depuis des mois.

Nick Suzuki a lui aussi eu sa chance pendant quelques instants au centre de cette unité, sans grand succès additionnel. Jusque-là, il ne connaissait pas un grand match non plus entre ses ailiers habituels Joel Armia et Ilya Kovalchuk. Et Nate Thompson a été appelé en renfort pour remplacer momentanément Suzuki ou Domi sur leur trio original.



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Gagnant du Super Bowl avec les Chiefs de Kansas City, Laurent Duvernay Tardif a été honoré avant le match.

Il n’y a pas si longtemps, le Canadien donnait l’impression d’un club qui nageait dans l’abondance de joueurs de centre. Voilà toutefois Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling à Laval.

À moins d’un rappel, il faudrait que Thompson gradue vers un trio offensif si Danault devait s’absenter quelque temps, tandis qu’un employé de soutien ou une recrue, mettons Jordan Weal ou Jake Evans, devrait pivoter le quatrième trio. Ce qui, nous en conviendrons, est tout sauf optimal alors que le Tricolore s’envole mardi pour Boston pour y affronter la meilleure équipe de la LNH.

Encore lundi, Claude Julien appelait ses hommes à puiser dans l’énergie du désespoir dans leur quête de victoires.

De l’énergie, il a semblé en manquer contre les Coyotes. Du désespoir, il en reste encore beaucoup, par contre.

Dans le détail

Pas de marge pour Chiarot

La discipline est toujours primordiale dans la LNH, et c’est particulièrement vrai pour Ben Chiarot et Jeff Petry ces derniers temps. En l’absence de Shea Weber, le désavantage numérique repose essentiellement sur eux, car Victor Mete, Brett Kulak et Xavier Ouellet ne sont pas exactement des spécialistes de la chose. Petry n’a pas été puni en trois matchs sans le capitaine, mais Chiarot, lui, est rendu à trois pénalités mineures. On comprend qu’il voulait bien faire en défendant Carey Price après que Conor Garland eut été trop insistant autour du gardien du Canadien en deuxième période. Mais en attendant le retour de Weber, peut-être que des avertissements moins rudes qu’une main au visage seraient de mise.

Cinq attaquants !

L’absence de Weber s’est aussi fait sentir en avantage numérique, puisque pendant les deux minutes à 5 contre 3, Claude Julien a déployé une rare formation à cinq attaquants. « Avec Shea qui est blessé, [Ilya] Kovalchuk va prendre sa place pour les tirs frappés », a souligné Jonathan Drouin. On a donc d’abord vu un quintette avec Drouin et Kovalchuk à la pointe, et Tomas Tatar, Max Domi et Nick Suzuki plus bas en zone offensive. L’idée n’est pas folle, d’une part parce que le CH ne compte plus qu’un seul véritable défenseur offensif (Petry), d’autre part parce qu’à 5 contre 3, les chances que les adversaires attaquent sont à peu près nulles. L’équipe n’a toutefois pas vraiment eu le temps de donner des répétitions à cette unité à l’entraînement, dixit Brendan Gallagher. « Mais que ce soit cinq attaquants ou une formation avec deux défenseurs, ça ne change pas grand-chose, il faut marquer », a ajouté Drouin.

Grosse soirée pour Hall

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Taylor Hall (91) et Alex Goligoski (33)

Décidément, Taylor Hall était en grande forme pour ce duel. L’attaquant des Coyotes a passé sa soirée à bourdonner et il était normal qu’un de ses tirs finisse par déjouer Price, comme ce fut le cas en deuxième période ; il a obtenu six tirs, dont un en échappée. Avec ce but, Hall porte à 20 son total de points en 23 matchs depuis son arrivée à Glendale, et les Coyotes montrent une fiche de 9-11-3 au cours de cette période. Pas exactement la mer à boire. Cela dit, certains DG aiment faire leurs transactions bien avant la date limite, afin de donner aux nouveaux venus du temps pour s’acclimater. Si c’est ce dont Hall aura l’air une fois acclimaté, John Chayka pourra se frotter les mains.

Ils ont dit

J’ai toujours été plus un passeur, mais au début de l’année, je lançais plus que maintenant. Ça va venir avec le timing. […] Je n’ai pas de crainte, j’ai eu le feu vert des médecins. Ça fait trois mois sans jouer et on est dans la course aux séries. Donc le jeu est plus rapide. Et moi, ça fait trois mois que je suis assis, donc ça prend du temps.

Jonathan Drouin, au sujet de son poignet

Tu voyais qu’il était heureux de l’ovation. C’est mérité. C’est une bonne personne aussi, de tout faire ça pendant le football, c’est impressionnant. […] Ça paraît qu’il est dans un sport collectif. Dans une équipe de football, ils sont comme 150 gars. C’était cool qu’il vienne voir tout le monde au banc pour nous souhaiter bonne chance.

Drouin, à propos de Laurent Duvernay-Tardif

Je voulais marquer mon premier but rapidement et avoir de bonnes sensations. Si j’ai la chance de jouer d’autres matchs, je ne veux pas que ça traîne. J’avais des chances, c’était bien d’en convertir une.

Jake Evans

Il aurait fallu qu’on marque [à 5 contre 3]. Ç’aurait été un but important. Ces choses-là, ça revient te hanter et c’est ce qui est arrivé ce soir.

Claude Julien

Il faut leur donner le mérite, ils n’ont pas abandonné. Ils ont continué à se battre. Et ça leur a souri.

Ben Chiarot

On s’est bien battus, mais les nombreuses punitions ont brisé notre rythme.

Nate Thompson

Carey Price nous a sortis du pétrin trop souvent, alors qu’on n’était incapables de produire quoi que ce soit à l’autre extrémité de la patinoire.

Brendan Gallagher

En hausse

Jake Evans

Il a très peu joué – pas même 8 minutes –, mais il apporte de l’énergie à un quatrième trio habituellement axé sur la défense.

En baisse

Jeff Petry

Il n’a pas connu un match horrible, mais en l’absence de Weber, ses passes ratées et ses feintes osées en sortie de zone ne sont pas des luxes qu’il peut se payer.

Le chiffre du match

35 %

Après deux périodes, plus du tiers du match (14 minutes sur 40) s’était déroulé en présence des unités spéciales.

- Avec la collaboration de Guillaume Lefrançois