(Brossard) Marc Bergevin l’a répété encore et encore depuis le début de la saison : blessures ou pas, défaites ou pas, il n’« hypothéquera pas le futur » de son équipe pour obtenir de l’aide à court terme.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Autrement dit, les principaux espoirs du club et ses choix de repêchage les plus élevés ne serviront pas de monnaie d’échange afin de pousser le Canadien vers une place en séries éliminatoires.

Ne comptez pas John Chayka parmi ses disciples. Le directeur général des Coyotes a pêché deux des plus gros poissons sur le marché des échanges au cours de la dernière année, et pour y arriver, il n’a pas hésité à piger dans ses appâts les plus attrayants.

Il a d’abord mis la main sur Phil Kessel, l’été dernier, en retour du défenseur Pierre-Olivier Joseph, premier choix de l’équipe en 2017, et d’Alex Galchenyuk, ex-premier choix du Canadien qu’il avait acquis un an auparavant en retour de Max Domi, lui-même un premier choix des Coyotes en 2013. Puis, en décembre, il a misé gros sur Taylor Hall, sans conteste le joueur le plus convoité du moment. En contrepartie, il a dû céder aux Devils du New Jersey son choix de premier tour en 2020 en plus de trois espoirs, dont un ex-choix de première ronde en 2015, Nick Merkley.

Le lecteur averti aura remarqué, dans le seul paragraphe précédent, la mention répétitive de choix de première ronde. On pourrait compléter la liste en mentionnant que depuis sa nomination à la tête des Coyotes en 2016, John Chayka s’est débarrassé de quatre autres joueurs sélectionnés parmi les 30 premiers de leur cohorte — Brendan Perlini, Dylan Strome, Connor Murphy et Henrik Samuelsson.

Dans le désert de l’Arizona, il n’y a donc pas de tabou lorsque vient le temps de transiger, et le statut d’un joueur ne fait ni chaud ni froid à Chayka.

« À travers le temps, les joueurs changent et l’évaluation que nous en faisons change elle aussi », a-t-il dit, dimanche, en entrevue avec La Presse.

Nous avons dans notre système des joueurs que nous avons sélectionnés en troisième ronde mais qui jouent mieux que des choix de première ronde. Nous ne devons pas être entêtés : il faut évoluer en même temps que les joueurs. C’est un procédé qui doit demeurer fluide.

John Chayka, DG des Coyotes de l’Arizona

« Il faut être flexible et demeurer attentif aux occasions qui se présentent, a-t-il poursuivi. Nous avons un bassin de jeunes qu’on aime beaucoup, mais si on a l’occasion d’acquérir un gagnant du trophée Hart, il ne faut pas la rater. Construire une équipe, c’est être patient, mais agressif au bon moment, selon qu’on voie à long ou à court terme. La ligne est parfois mince. »

Ce joueur, c’est bien sûr Taylor Hall. Son acquisition un peu avant Noël en a immédiatement fait l’un des joueurs les plus reconnus à avoir porté l’uniforme des Coyotes depuis que la franchise a déménagé en Arizona en 1996.

PHOTO ROSS D. FRANKLIN, AP

Taylor Hall

Or, même si sa production offensive est intéressante — 19 points en 22 matchs —, son impact sur les performances du club se fait toujours attendre.

Deux clubs similaires

Les deux équipes qui s’affronteront au Centre Bell ce lundi soir montrent en effet une fiche identique de 27 victoires, 23 défaites et 7 revers en prolongation. Leur différentiel de buts est essentiellement le même : les Coyotes marquent moins de buts que le Tricolore (160 contre 177), mais en accordent également moins (157 contre 173).

Les deux clubs ont été affaiblis par les blessures. Chez le Canadien, c’est en attaque que les soldats sont tombés au combat. Chez les Coyotes, c’est en défense et devant le filet. La différence majeure, pour l’heure, c’est qu’ils se trouvent sur des pentes inverses : les Montréalais tentent de grappiller de précieux points pour grimper au classement, tandis que leurs adversaires souhaitent stopper leur chute des dernières semaines.

N’empêche, on se retrouve devant deux équipes dont les dirigeants présentent des styles diamétralement opposés — la patience comme religion contre une quête incessante de nouveaux joueurs —, mais qui se retrouvent pratiquement au même point, avec 25 matchs à disputer.

Le plus jeune DG de la ligue ne tente pas de vendre son style à qui que ce soit. Mais ne comptez pas sur lui pour s’en excuser non plus.

Comme directeur général, on n’est jamais satisfait. On essaie constamment de s’améliorer. On rêverait d’une saison sans adversité, mais on s’aperçoit rapidement que c’est inévitable.

John Chayka

Chayka ne s’en cache pas : l’acquisition de Taylor Hall est un geste qu’il a posé dans un plan à court terme. Et le coup de pouce n’est pas passé inaperçu dans le vestiaire.

« Mes trois premières saisons ici, on n’a acquis aucun joueur avant la date limite des transactions », rappelle Christian Dvorak, qui pivote le premier trio des Coyotes, au centre de Taylor Hall et de Conor Garland

PHOTO SERGEI BELSKI, USA TODAY SPORTS

Christian Dvorak (18)

« Alors quand on a su que “Hallsy” arrivait, on était vraiment excités. On sentait que notre DG nous faisait confiance », poursuit Dvorak.

Taylor Hall souligne pour sa part à quel point son intégration dans son nouvel environnement avait été harmonieuse, et il se risque même à espérer que les choses ne changent pas trop au cours des prochaines semaines afin de laisser la chance à cette équipe, enfin en santé, de retrouver le chemin de la victoire.

« On a un groupe de gars qui se battent les uns pour les autres. C’est une chose que j’adore de cette équipe, a dit Hall. On a confiance en nous, il faut juste aligner les victoires. »

En Hall, Chayka est heureux d’avoir acquis un patineur « aimé et respecté dans le vestiaire » qui, à la clé, ajoute de la crédibilité à l’organisation. « On le sait, en Arizona, on cherche toujours à vendre des billets, et Hall est le genre de joueur que les gens veulent voir. » Quant à Kessel, même s’il connaît une saison très en deçà de ses standards, il exerce un ascendant manifeste sur les joueurs plus jeunes, ce dont on ne serait pas douté de la part de cet homme éminemment discret.

« Des gars comme Nick Schmaltz, Clayton Keller, Dvorak et Garland passent du temps avec lui, lui posent beaucoup de questions. Ce n’est pas quelque chose que les gens voient de l’extérieur, mais il les aide à comprendre l’aspect offensif du jeu, ce que ça prend pour produire à ce niveau. C’est très intéressant de suivre ça », explique Chayka.

Même s’il dit avoir confiance en ses effectifs actuels, le DG des Coyotes n’exclut pas de bouger à nouveau d’ici à la date limite des transactions, dans deux semaines.

« Ce n’est pas comme si nous avions des lacunes flagrantes. Mais si je vois une occasion de nous améliorer, je reste ouvert à toutes les possibilités. »

Le contraire nous aurait surpris.

En bref

Trois gardiens à Montréal

Il est rare qu’une équipe garde trois gardiens de but simultanément dans son entourage, et ce l’est encore davantage sur la route. Pourtant, Darcy Kuemper, Antti Raanta et Adin Hill ont tous pris part à l’entraînement de leur équipe dimanche, à la veille de leur match contre le Canadien à Montréal. En réalité, Kuemper se trouve toujours sur la liste des blessés à long terme, mais il n’en pas impossible qu’il en soit rayé dès lundi et qu’il soit en uniforme. Lorsqu’il est tombé au combat un peu avant Noël, victime d’une blessure au « bas du corps », Kuemper montrait des statistiques dignes d’un futur gagnant du trophée Vézina – 15 victoires en 25 départs, moyenne de buts alloués de 2,17 et taux d’arrêts de, 929. Son adjoint Raanta faisait fort bien à ce moment-là aussi, mais les choses gâtées pour lui depuis. Il n’a gagné qu’un seul de ses six derniers matchs, et il a en outre été contraint de sauter son tour samedi à Boston, lui aussi blessé au même « bas du corps ». C’est donc Hill qui s’est vu confier la mission d’affronter les Bruins. Il a concédé trois buts sur 32 tirs dans une défaite de 4-2.

L’énergie du désespoir

Si les séries éliminatoires commençaient aujourd’hui, les Coyotes en seraient exclus. Mais si elles commençaient dans une semaine, ils pourraient tout aussi bien être les champions de la division Pacifique. Avec seulement deux victoires à leurs dix derniers matchs, les canidés du désert traversent toutefois une bien vilaine séquence. En fait, depuis le début de l’année 2020, ils forment l’une des pires équipes de la LNH. Leur entraîneur Rick Tocchet a tout de même apprécié l’effort que ses hommes ont déployés récemment, malgré les défaites. Cependant, déplore-t-il, « on dirait qu’à chaque erreur qu’on fait, la rondelle se retrouve dans notre but ». N’empêche, « ce n’est pas le temps de geindre », insiste-t-il. « C’est le temps de se relever les manches et de se mettre au travail. Il suffirait de deux victoires et on serait repartis. » Tocchet s’attend à ce que le Canadien joue avec l’énergie du désespoir ; « on doit faire la même chose », a-t-il averti.

En gougounes dans l’autobus

Puisque le Canadien tenait dimanche midi son concours d’habiletés au Centre Bell, les Coyotes n’ont pas eu accès à la glace de l’amphithéâtre pour se préparer à l’affrontement de lundi. Exceptionnellement, ils se sont donc entraînés au complexe Bell de Brossard, d’ordinaire réservé aux joueurs du Tricolore. On ne saurait trop expliquer pourquoi, mais le vestiaire qui leur a été attribué était tout de même au Centre Bell. Après leur entraînement, les joueurs ont donc conservé leur équipement complet et, gougounes aux pieds, sont montés dans un autobus qui les a transportés au centre-ville où ils ont enfin pu prendre leur douche. La Presse a tenté d’obtenir des informations sur l’odeur qui régnait dans le véhicule, mais notre enquête n’a pas abouti.