Il faut échanger Shea Weber ! Son contrat valide jusqu’à la fin des temps trouvera peut-être preneur tant qu’il lui reste encore quelques bonnes saisons dans le réservoir.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Il faut échanger Jeff Petry ! Il est presque certain que le Canadien ne sera pas des séries éliminatoires, alors aussi bien liquider les vétérans dont la valeur est au plus haut.

En cette saison difficile (c’est un euphémisme), il règne chez les partisans du Tricolore une étrange propension à vouloir se débarrasser des défenseurs droitiers du club. Or, si le match de jeudi nous a appris quelque chose, c’est à quel point le Canadien ne peut se passer de ni de Weber ni de Petry. Et surtout pas des deux.

Car cette victoire de 3-2, qui a nécessité une courte prolongation contre les faibles Ducks d’Anaheim, a été rendue possible grâce à une unité défensive rapiécée au ruban adhésif toilé.

Les 10 matchs ratés par Victor Mete, en décembre, nous avaient donné un indice de la fragilité du sextuor du Canadien et du manque de profondeur de l’organisation à cette position. Maintenant que Shea Weber est tombé au combat, il ne subsiste plus de doute pour personne.

Si ses qualités ressortent quand il est dans l’alignement, son absence semble les magnifier. Le capitaine, rappelons-le, s’est blessé « au bas du corps » mardi contre les Devils et il ratera au moins une semaine d’activités.

Ajoutez à cela l’infâme virus qui continue de dévaster les joueurs du CH. Claude Julien s’est donc vu dans l’obligation d’assembler une défense à peu près potable quelques minutes avant la rencontre contre les Ducks.

Ainsi, Mete s’est retrouvé à la droite de Ben Chiarot en remplacement de Weber à cinq contre cinq, et le très chancelant Christian Folin a obtenu une nouvelle audition sur le troisième duo. Chiarot a pris la place du numéro 6 en avantage numérique, et Petry a essentiellement hérité de toutes les autres responsabilités.

Julien a parfaitement résumé la situation lorsqu’il a été interrogé à commenter la charge de travail qui échoit à Petry : « On n’a pas le choix. Il est le prochain sur le côté droit. »

Allons plus loin : il est probablement le seul défenseur tout court qui soit capable de prendre la relève.

Depuis que Cale Fleury a été retiré de la formation à la mi-janvier, Mete, un gaucher, doit évoluer à droite, ce qui ne lui était pas arrivé auparavant dans la LNH. Avant jeudi, c’était fastidieux sur le troisième duo. Ce ne l’est donc pas moins maintenant. En fin de deuxième période, le pauvre s’est retrouvé les quatre fers en l’air en amorçant un repli face à Derek Grant. Heureusement, son client n’était pas le plus doué de sa génération et Carey Price a fait l’arrêt sur l’échappée qui a suivi.

Quant à Chiarot sur l’attaque à cinq, là aussi il lui faudra de l’adaptation. Pour des raisons évidentes, il n’impose pas le respect d’un joueur qui décoche des fusées à 170 km/h. Mais on le sent surtout hésitant avec la rondelle. Difficile de blâmer un gars qui, cette saison, avait passé un grand total de sept minutes sur la glace en avantage numérique avant le duel contre les Ducks.

De Chiarot et Mete, Julien a dit qu’ils n’avaient « pas [été] parfaits, mais pas affreux non plus ». « C’était tout nouveau, on a fait ça à la dernière minute. Ils n’avaient pas pratiqué non plus », a-t-il argué.

N’empêche, « on va certainement vouloir que ce soit un peu mieux », a-t-il ajouté.

Essentiel Petry

Mais revenons à Petry. Les quatre points qu’il a inscrits samedi dernier contre les Panthers de la Floride nous ont rappelé à quel point son apport était primordial pour le Canadien. Cette saison, il a connu toutes sortes de difficultés, notamment en novembre, un mois qu’il effacerait volontiers de son CV.

Le voilà maintenant appelé à remplacer celui qui a représenté le Tricolore au récent match des étoiles et qui suscite l’admiration depuis ses débuts dans la LNH.

« C’est un gars qui joue de 23 à 28 minutes par match, en avantage et en désavantage numérique, dans toutes les situations cruciales, en fait, a dit Petry. Bien sûr que son absence se fait remarquer. Les attaquants doivent être plus vigilants en défense, et les défenseurs doivent se lever et remplir des rôles différents. C’est une occasion de montrer du caractère. »

Petry ne dira jamais un mot contre Weber, mais on peut quand même risquer une observation : est-il encore meilleur quand son coéquipier manque à l’appel ?

« J’apprécie l’occasion de contribuer dans toutes les situations », a-t-il dit prudemment, s’empressant toutefois d’ajouter combien Weber est « un élément important de cette équipe ».

En fait, tout est là. D’une part, l’absence de Shea Weber nous rappelle à quel point le capitaine, pour l’instant en tout cas, est indispensable à son équipe. Et le brio de Jeff Petry, combiné à la défense chancelante derrière lui, confirme l’importance du numéro 26 dans cette équipe. Il faudra donc y penser deux fois avant d’échanger tout le monde.

Par ailleurs, on le gardait pour la fin, mais Petry aurait tout aussi bien pu conclure sa soirée avec le bonnet d’âne. N’eût été de Carey Price et de son arrêt digne des années 80 sur Jakob Silfverberg dans les derniers instants de la troisième période, on aurait sans doute repassé en boucle le travail défensif de Petry, Brett Kulak et Artturi Lehkonen, qui se sont tous rués sur le porteur de la rondelle et ont laissé Silvferberg sans surveillance.

Petry a pris la peine d’aller voir son gardien après coup.

« Avant la prolongation, j’ai remercié Carey de m’avoir sorti du trouble… »

La réponse du gardien : « À toi d’aller en marquer un. »

Ça ne s’invente pas.

Dans le détail

Un premier match pour Evans

Jake Evans va se souvenir longtemps de ce 6 février 2020. D’abord parce que c’est la date de son premier match à vie dans la Ligue nationale de hockey, et puis ensuite parce qu’il a bien failli faire un Mario Lemieux, c’est-à-dire marquer un but à sa première présence dans la grande ligue. Parvenu seul devant le gardien des Ducks, Evans n’a pu mettre la rondelle derrière John Gibson. Dommage pour lui, car comme le dirait le grand Mario lui-même, c’eut été quelque chose. « J’ai eu un bon match dans l’ensemble, a commenté l’attaquant de 23 ans, fraîchement rappelé de Laval. J’ai joué avec confiance et je me suis amusé. » Un peu plus tard, Claude Julien s’est lui aussi amusé quand on lui a fait remarquer que le jeune homme était nerveux en début de match. « Il aurait dû continuer à être nerveux parce qu’il a eu une échappée en partant ! », a lancé le coach. — Richard Labbé, La Presse

Carey Price, à la manière de Bill Ranford

Les plus fins observateurs vous le diront : Carey Price est l’un des gardiens les plus « techniques » du hockey, et pas du tout du genre à se lancer à gauche et à droite pour essayer de faire des arrêts. Alors c’est toujours un peu étonnant quand le numéro 31 se permet de verser dans la fantaisie, comme il l’a fait en fin de troisième période, au point de se permettre une spectaculaire glissade, les deux jambières dans les airs, pour aller voler un but à Jakob Silfverberg. Voilà déjà au moins deux fois qu’il se permet pareil écart de conduite à la Bill Ranford. « Il (Silfverberg) est un très bon joueur, un joueur qui possède tout un tir, et j’ai seulement réagi d’instinct, a expliqué le vétéran gardien. C’est vraiment une décision qui a été prise sur le coup, parce qu’à ce moment-là et dans cette situation, je n’avais pas beaucoup d’option. » — Richard Labbé, La Presse

Une autre grosse soirée pour Suzuki

La plupart des soirs, Nick Suzuki n’a pas du tout l’air de ce qu’il est, c’est-à-dire une verte recrue, et jeudi soir fut l’un de ces soirs. Ainsi, le jeune attaquant a récolté un but lors de la première période, son 11e de la saison. Avec tout ça, le voici qui se retrouve avec 7 points à ses 6 derniers matchs. Malgré tout, Claude Julien nous a rappelé l’importance de ne pas partir en peur avec ça. « Ça veut pas dire qu’il connaît toujours des gros matchs, a tenu à préciser l’entraîneur jeudi soir. J’ai trouvé qu’au New Jersey (mardi soir), il n’avait pas été mauvais, mais il avait été très ordinaire. (jeudi) soir, il a été très bon. C’est ce que tu veux d’un jeune joueur : qu’il soit capable de rebondir et de te donner des bons matchs à ce temps-ci de l’année. Je suis très content de son évolution, de la direction où il s’en va. Ce sont tous des signes encourageants. On l’a vu amorcer le match en prolongation. Pourquoi ? Parce qu’il connaissait un bon match, et on lui fait confiance dans ce temps-là. » — Richard Labbé, La Presse

Ils ont dit

Ça fait du bien d’avoir pu décrocher cette victoire en prolongation. [sur le but gagnant], j’essayais d’être le deuxième attaquant devant le but. C’était tout un tir de Petry. Et pour Carey à la fin de la troisième période, c’est parmi ses plus beaux arrêts de la saison. J’étais sur la glace. Il se dresse dans les moments importants, c’est pourquoi il est le meilleur du monde.

Nick Suzuki

Dans la position dans laquelle on se trouve, avec tous les joueurs qui ne sont pas là présentement avec les blessures, on va prendre toutes les victoires, dont celle-ci.

Jeff Petry

Avec les absents, c’est ce qu’il nous faut : que tout le monde prenne le relais. On verra si ça peut durer, mais c’est ça le but.

Claude Julien

On n’a pas nécessairement joué un gros match. Il y a des matchs qu’on a perdus et qu’on aurait dû gagner parce qu’on était la meilleure équipe. À un moment donné tu espères que ça va te revenir. Ce soir, c’était un de ces soirs.

Claude Julien

[Nick Suzuki] a fait des pas de géant entre ses 10 premiers matchs et maintenant. Il travaille fort, il écoute les gars dans la chambre. Et sa confiance augmente.

Jeff Petry sur son jeune coéquipier

En hausse

Nick Suzuki

Magistral en attaque, il aurait pu ajouter au moins deux buts à celui qu’il a inscrit, ironiquement, de manière un peu chanceuse.

En baisse

Dale Weise

Il faut prendre les revirements avec un grain de sel, car leur compilation n’est pas toujours précise. Mais les 6 ajoutés à la fiche de Weise reflètent bien l’allure de sa soirée.

Le chiffre du match

4

C’est le nombre de mises en échec de Nicolas Deslauriers. Même s’il est peu utilisé chez les Ducks, l’ancien du Canadien rend de fiers services à sa nouvelle équipe. Il était sur la glace pour le 2e but des siens.