Cela nous semble si lointain qu’on sursaute presque de se le faire rappeler, mais les Ducks d’Anaheim ont atteint la finale de l’association de l’ouest à deux reprises au cours des cinq dernières saisons.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Un coup d’œil au classement actuel de la LNH nous indique toutefois que l’ère de l’abondance est bien terminée dans la banlieue de Los Angeles. Avec seulement 22 victoires en 53 matchs, les canards sont bien plus près de la cave que du sommet et, selon toute vraisemblance, ils rateront les séries éliminatoires pour une deuxième saison de suite.

Certains vétérans comme Corey Perry, Sami Vatanen et Antoine Vermette sont partis. Un défenseur d’avenir, Shea Theodore, a été sacrifié aux Knights de Las Vegas en marge du repêchage d’expansion. Et la malchance a fait sa part, puisque Ryan Kesler et Patrick Eaves ont déclaré forfait dès le camp d’entraînement — malade, Eaves ne rejouera peut-être plus jamais au hockey.

Un graduel passage du flambeau est donc en train de s’exercer entre les plus anciens joueurs du club et leurs cadets, au cours de cette « saison de transition », comme la décrivent les joueurs et les dirigeants l’organisation. Cette transition se fait toutefois à la dure.

« Je n’avais jamais raté les séries avant l’an dernier, confirme Rickard Rakell qui, à 26 ans, en est déjà à sa huitième saison à Anaheim. On a toujours été une équipe qui aspirait aux grands honneurs, alors c’est difficile aujourd’hui de perdre autant de matchs. On doit l’accepter et garder la tête haute. On essaie de bâtir quelque chose. »

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Rickard Rakell

Ryan Getzlaf n’a pas raté une minute de cette transformation. Capitaine des Ducks depuis bientôt une décennie, il se dit optimiste en voyant le vent de jeunesse qui souffle dans le vestiaire. L’important, dit-il, est d’enseigner aux plus jeunes un concept simple en apparence, mais complexe dans son exécution : gagner.

« Apprendre à gagner, ça prend du temps, il faut constamment pousser dans cette direction », a dit Getzlaf à La Presse, mercredi, après l’entraînement des Ducks. Ceux-ci affronteront le Canadien jeudi soir au Centre Bell.

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Ryan Getzlaf

« On voit des équipes qui ont appris à perdre et qui font juste attendre que la prochaine malchance leur arrive, poursuit le vétéran de 34 ans. À l’inverse, ici on s’applique à travailler sur notre prochain bon coup. »

La manière d’y arriver ? Gonfler peu à peu la confiance en soi, et de façon plus spécifique, trouver la constance nécessaire pour gagner des matchs serrés.

Aucune équipe n’a marqué moins de buts (33) que les Ducks en troisième période depuis le début du calendrier. À Ottawa, mardi, ils ont laissé filer une avance d’un but au dernier tiers, mais se sont finalement imposés en tirs de barrage contre les Sénateurs.

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Ondrej Kase (25) marque en tirs de barrage contre les Sénateurs

« Ce n’était pas un bon match pour nous, mais on a trouvé la façon de gagner. Plus tôt cette saison, on n’y serait pas arrivés. Il faut y voir du positif », observe Troy Terry, qui dispute sa première saison complète dans la LNH.

L’effet Eakins

Un élément qui donne aux joueurs un espoir en des jours meilleurs, c’est l’arrivée l’été dernier de l’entraîneur-chef Dallas Eakins, après quatre saisons à la tête du club-école des Gulls de San Diego, dans la Ligue américaine.

Là-bas, il a vu passer environ le tiers des joueurs actuels des Ducks. Ceux-ci l’ont accueilli avec le sourire, et les plus vieux ont découvert un communicateur comme ils n’en avaient jamais vu.

« Il préconise une approche d’abord adaptée aux jeunes joueurs, mais il adore parler avec les vétérans aussi, a remarqué Ryan Getzlaf. Tout le monde a l’occasion de poser beaucoup de questions, de demander pourquoi ceci ou pourquoi cela. C’est nouveau pour nous. »

« À San Diego, c’est lui qui m’a appris à être un pro, confirme Sam Steel, choix de première ronde des Ducks en 2016. J’ai beaucoup grandi en travaillant avec lui. »

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Sam Steel

Lui aussi un ex-protégé d’Eakins dans les mineures, Troy Terry avoue ouvertement qu’il était « terrorisé » par le jeu de la LNH à ses premiers coups de patin chez les professionnels il y a deux ans, après trois saisons à l’Université de Denver. Il se décrit désormais comme un joueur transformé.

« Dallas se soucie de ses joueurs. Même si on n’a pas la meilleure des saisons, il est toujours positif, poursuit Terry. Quand ça ne va pas bien, il vient nous voir pour jaser. Quand on fait un bon coup, il nous le souligne. Il veut qu’on travaille en équipe, et en retour on veut gagner pour lui. »

Eakins, lui, reconnaît un avantage évident à avoir monté en grade au sein d’une organisation qu’il connaît par cœur.

« Je connais les gars et ils me connaissent aussi. La confiance mutuelle était là avant que j’arrive », a-t-il expliqué aux journalistes montréalais mercredi.

En amont des performances sur la glace, la première chose qu’il a voulu inculquer à son équipe est une « culture » spécifique, en définissant, dit-il « la manière dont on se traite les uns les autres ».

Évidemment, les résultats devront suivre. Les éléments à améliorer, constate-t-il, sont encore nombreux. Il s’attend à ce que ses vétérans lui en donnent davantage et à ce que les plus jeunes poursuivent leur progression, afin d’atteindre un niveau de jeu élevé et de le maintenir. Il est bien conscient de la position de son équipe au classement et il est prêt à lui donner le temps, mais pas à tout prix, prévient-il.

« On doit être patients par rapport au processus global, mais je veux que les joueurs soient animés d’un sentiment d’urgence » afin de ne pas repousser le succès aux calendes grecques.

« Est-ce qu’on devrait être en position de faire les séries ? Je ne sais pas. Mais on ne devrait jamais être considérés comme des exclus. »

Comme le Canadien a toutes les misères du monde à vaincre des équipes qui lui sont inférieures au classement, cet avertissement devrait peut-être bien être pris au sérieux.

La Californie en manque de buts

Le hockey californien a bien mauvaise mine. Les Sharks de San Jose, les Ducks d’Anaheim et les Kings de Los Angeles occupent respectivement les 26e, 27e et 30e rangs du classement général de la LNH, et les trois derniers de la division Pacifique. Les Ducks sont les mieux nantis devant le filet avec le duo de John Gibson et de Ryan Miller, mais à l’instar de leurs voisins, ils peinent cruellement à marquer des buts. Les trois mêmes équipes occupent la cave du circuit à ce chapitre, concédant seulement le tout dernier rang aux tristes Red Wings de Detroit. En moyenne, les Ducks marquent seulement 2,49 buts par match, un indice tiré vers le bas par leur efficacité sur la route (2,29 buts). Il n’est pas surprenant, dans ces circonstances, de constater que leur meilleur marqueur cette saison, Ryan Getzlaf, n’a que 35 points en 51 rencontres.

À chaque trio son identité

Les deux premiers trios des Ducks ont des profils radicalement différents. L’unité offensive principale est constituée de trois vétérans en Ryan Getzlaf, Jakob Silfverberg et Rickard Rakell, âgés respectivement de 34, 29 et 26 ans. Derrière eux, le trio de Sam Steel, 22 ans, Max Jones, 21 ans, et Ondrej Kase, 24 ans, donne plutôt un avant-goût de l’avenir du club en attaque. Même si les performances de ces jeunes joueurs ne sont pas parfaites, leur entraîneur est prêt à vivre avec leurs erreurs et prône les vertus de la stabilité. « Jones est la conscience de cette combinaison si les deux autres veulent prendre des chances, Kase apporte une dose de leadership et Steel se développe comme l’un des bons jeunes centres de la ligue, a souligné Dallas Eakins. Quand les choses fonctionnent moins bien, certains ont le réflexe de vouloir tout changer. Mais on a décidé de les garder ensemble et ça nous a bien servis jusqu’ici. »

Encore de l’espoir pour Sprong

Choix de deuxième ronde en 2015, l’ancien de la LHJMQ Daniel Sprong tente toujours de trouver sa place dans la LNH. On croyait bien que c’était parti pour lui quand les Penguins de Pittsburgh l’ont échangé aux Ducks la saison dernière, mais il continue de faire la navette entre les mineures et le grand club. Il a d’ailleurs été rappelé dimanche dernier et a fait le voyage de l’équipe dans l’est. On ignore toutefois s’il affrontera le Canadien jeudi. S’il y en a un qui espère toujours le voir éclore pour de bon, c’est bien son entraîneur Dallas Eakins. « C’est un cas intéressant », celui-là !, s’est-il exclamé lorsqu’interrogé à son sujet. « J’ai eu une conversation très directe avec lui. Il patine bien, a un bon gabarit, un bon tir, il est très habile. Mais pour une raison que j’ignore, c’est comme s’il avait été programmé seulement pour jouer avec la rondelle. Quand il va transposer cette passion sans la rondelle, il deviendra un joueur régulier dans cette ligue. Son éthique de travail est excellente, c’est une question de temps avant qu’il obtienne une autre chance. »