Il y aura bientôt un an, Claude Julien tenait ces propos : « Il a frappé le mur. » L’entraîneur-chef expliquait ainsi le retrait de la formation de Jesperi Kotkaniemi, le 5 mars, à l’amorce de la tournée de trois matchs du Canadien en Californie.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Par une drôle de coïncidence, 11 mois plus tard, Julien a de nouveau employé la formule, cette fois pour expliquer pourquoi il retranchait le défenseur Cale Fleury pour le quatrième match de suite. Mais surtout, il a aussi laissé de côté Kotkaniemi, qui a subi ce sort – en santé – pour la première fois cette saison.

Julien devra maintenant espérer que Fleury retrouve ses marques plus vite que Kotkaniemi. Le Finlandais présente en effet une fiche inquiétante depuis que Julien l’a laissé de côté à Los Angeles l’an dernier.

Fiche de Jesperi Kotkaniemi depuis le 5 mars 2019
49 matchs
6 buts
4 passes
10 points
Différentiel de -17
12 min 45 s par match

Les facteurs expliquant ses difficultés sont nombreux. Julien en a énuméré quelques-uns, après le match de jeudi.

On parle de la guigne de la deuxième année, il a eu deux blessures, il n’a pas trouvé son élan encore.

L'entraîneur-chef Claude Julien, au sujet de Jesperi Kotkaniemi

On peut aussi se demander si les retraits de la formation ont ébranlé sa confiance, en raison du déclin statistique observé depuis. En fait, c’est la question de l’œuf ou la poule : est-il moins bon parce qu’il a été laissé de côté, ou a-t-il été laissé de côté parce qu’il montrait des signes avant-coureurs préoccupants ?

Il y a aussi le fait fort élémentaire que Kotkaniemi a 19 ans. On a tendance à l’oublier, parce qu’il est là depuis un an et demi, mais seulement quatre joueurs plus jeunes que lui sont établis dans la LNH cette saison : Jack Hughes, Kaapo Kakko, Kirby Dach et Adam Boqvist.

Croire ou non au mur

Kotkaniemi peut se consoler : ça arrive aussi aux autres. À commencer par Fleury. Dans son cas, la relance passera par Laval, puisqu’il a été cédé au Rocket vendredi.

Comme Kotkaniemi, Fleury est arrivé à un âge où la plupart des joueurs ne sont pas dans la LNH. Il n’y a en effet que sept défenseurs plus jeunes que lui dans le circuit cette saison (25 matchs minimum). Parmi eux, on retrouve les exceptionnels Rasmus Dahlin, Quinn Hughes et Miro Heiskanen.

Malgré son manque de production (un point en 41 matchs), malgré de l’instabilité à sa gauche, il présente un différentiel de -4, qui aurait pu être pire dans les circonstances.

« C’est normal qu’un jeune frappe un mur à sa première année. Ce n’est pas qu’on est déçus de lui. Il a simplement frappé le mur », a indiqué Claude Julien, après l’entraînement de jeudi. « Il frappe fort, mais il a connu des difficultés avec la rondelle dernièrement. »

« Fleury a très bien joué, mais les matchs deviennent de plus en plus difficiles, et c’est normal dans la LNH », estime Max Domi, rencontré lui aussi jeudi matin. « Tu dois simplement t’ajuster. J’étais là avec lui, ce matin, on a travaillé sur ses tirs sur réception pendant 10 minutes. Il travaille fort et est très respectueux. Il connaîtra une belle et longue carrière. »

Même s’il ne joue pas à la même position, Domi comprend ce que les recrues peuvent vivre. Il a peut-être commencé sa carrière dans un marché tranquille (l’Arizona), mais il avait connu un départ fulgurant en 2015-2016, avec 20 points à ses 23 premiers matchs.

Domi était ensuite retombé sur terre, connaissant notamment une séquence de 14 matchs sans but.

Je ne crois pas en l’idée de se heurter à un mur. Je pense que ce sont surtout les médias qui gonflent les attentes au début. Le jeune, lui, n’y porte pas nécessairement attention et continue à faire son travail.

Max Domi

« Cale semble bien. C’est plus difficile, mais tu dois connaître quelques difficultés pour apprendre. Regarde lui, KK [Kotkaniemi], [Nick] Suzuki… Ces gars-là ont leur carrière devant eux. Ils ont connu beaucoup de succès au début, mais ils ont encore beaucoup à apprendre. Ils travaillent fort, et c’est tout ce que tu peux demander d’un jeune. »

Victor Mete, lui, avait commencé sa carrière sur les chapeaux de roues. Marc Bergevin, rappelons-le, avait laissé le côté gauche de sa défense en lambeaux à l’été 2017, laissant partir Andrei Markov (KHL), Alexei Emelin (repêchage d’expansion), Mikhail Sergachev et Nathan Beaulieu (échangés). Mete était donc arrivé à 19 ans dans le rôle de partenaire de Shea Weber. Dès son cinquième match, il jouait plus de 20 minutes. En novembre, ses responsabilités ont été réduites, il a sauté son tour deux fois, avant d’être envoyé au Championnat du monde junior.

Contrairement à Domi, Mete y croit, au mur.

« C’est normal que ça arrive. C’est sa première année, n’est-ce pas ? rappelle le petit défenseur. Cale a déjà connu de longues saisons, car il a joué dans la Ligue américaine l’an dernier. Mais c’est différent ici ; les joueurs sont plus gros, c’est plus difficile, plus exigeant, et les entraînements se déroulent à une plus haute cadence. »

Contextes différents

Le cas Fleury n’a rien de bien inquiétant pour l’heure. Il est jeune, il évolue à une position où l’apprentissage est plus long et, surtout, il est largement en avance sur ce qui était attendu d’un 87e choix au repêchage. D’ailleurs, aucun joueur réclamé après lui en 2017 n’a joué plus de matchs que ses 41 dans la LNH.

Le cas Kotkaniemi est plus complexe. Voici un joueur habitué à être parmi les meilleurs de son groupe, qui rencontre de l’adversité comme il en a rarement vu dans sa carrière. Pour ajouter une couche, il a été repêché au troisième rang, là où les équipes s’attendent à trouver un futur pilier. Un rang plus tard, les Sénateurs d’Ottawa ont trouvé le leur en la personne de Brady Tkachuk, qui ne s’est toujours pas heurté à un mur.

On savait déjà que Tkachuk était bien plus près que Kotkaniemi d’être un « produit fini » (dans le sens positif du terme !), car il est plus vieux d’un an et est déjà mature physiquement. Bergevin et Trevor Timmins ont préféré un potentiel jugé plus élevé, mais aussi sa position, le centre, là où l’organisation a souffert pendant des années.

Il sera intéressant de voir comment l’organisation travaillera à la relance de Kotkaniemi.