Après avoir dépassé Mario Lemieux et égalé Steve Yzerman, Alex Ovechkin poursuit son ascension vers le sommet des meilleurs buteurs de l’histoire de la LNH. À l’approche du 700e but de sa carrière, le joueur des Capitals de Washington a dans son viseur le record absolu de 894 buts de Wayne Gretzky. Pour y arriver, il devra maintenir une cadence élevée. Mais le défi n’est pas irréaliste. Voici pourquoi.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Alex Ovechkin figure déjà parmi les marqueurs les plus prolifiques de l’histoire de la LNH.

À la suite de son tour du chapeau contre les Islanders de New York samedi dernier, le voilà maintenant devant Mario Lemieux, à égalité avec Steve Yzerman au 9e rang. Dépasser Mark Messier apparaît désormais comme une formalité pour celui qui deviendra vraisemblablement, d’ici quelques jours, le 8e joueur seulement à marquer 700 buts.

Avec déjà 34 buts en 49 matchs cette saison, il pourrait même ajouter Mike Gartner à son tableau de chasse d’ici la fin de la campagne.

À moins d’une grave blessure, Ovechkin, 34 ans, ne devrait avoir aucun mal à intégrer le top 5, actuellement constitué des géants Marcel Dionne, Brett Hull, Jaromir Jagr, Gordie Howe et, bien sûr, Wayne Gretzky.

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Wayne Gretzky a inscrit 894 buts en carrière dans la LNH.

Nous nous sommes donc intéressés à la progression dans le temps de ces cinq prolifiques buteurs pour la comparer à celle d’Ovechkin.

Du lot, c’est Ovechkin qui a connu le meilleur départ avec 64 buts à ses 100 premiers matchs, devant les 61 de Gretzky. La Merveille a toutefois rapidement semé tout poursuivant potentiel : après 500 matchs dans la LNH, elle en était à 448 buts ! Brett Hull a également frappé fort très tôt, tandis que Jagr et Howe ont plutôt misé sur la longévité.

Il n’empêche qu’après 1133 matchs, Ovechkin est le deuxième buteur de l’histoire, après Gretzky. Hull avait seulement un but de moins au même moment, mais il était déjà âgé de 38 ans et son rythme avait passablement ralenti. Et c’est sans doute là que réside le principal avantage d’Ovechkin.

Une cadence d’enfer

Pour entrer chez les immortels, marquer des buts n’est pas une finalité en soi. Il faut en inscrire beaucoup, régulièrement, et longtemps.

À ce compte, les cas qui nous intéressent sont ceux de Gretzky, Hull, Dionne et Ovechkin. Nous nous sommes donc attardé à l’évolution de leur cadence à travers le temps. Nous avons volontairement écarté Jagr et Howe, vu leur nombre stratosphérique de matchs joués – respectivement 1733 et 1767.

Hull et Gretzky ont mis en banque une quantité incroyable de buts dans les 300 à 400 premières rencontres de leur carrière et c’est dans cet intervalle qu’ils ont atteint leur rythme le plus élevé – respectivement 105 et 118 par 100 matchs. De là, un déclin était inévitable. Dionne, lui, a progressé plus lentement, mais sa vitesse de production a augmenté jusqu’à son 800e match.

On constate qu’Ovechkin, a suivi la même tendance que Hull et Gretzky, mais qu’il a stoppé son déclin vers son 500e match. Si bien qu’au cours de la deuxième moitié de sa carrière, il affiche un rythme similaire à celui de ses débuts.

Après 1100 matchs, c’est le Russe qui marque des buts à la cadence la plus élevée de l’histoire.

Et il ne semble pas avoir envie d’abandonner de sitôt, puisque dans son intervalle actuel (1100 à 1200 matchs), il produit à un rythme de 70 buts par 100 parties. À 1200 matchs, Dionne, Hull et Gretzky en marquaient plutôt 46, 43 et 28, respectivement.

Mission possible ?

Pour l’instant, Ovechkin n’a montré aucun signe de déclin, mais cela ne signifie pas que ça n’arrivera jamais. En fait, il ne faut pas se demander si cela se produira, mais bien quand et dans quelle mesure.

N’empêche, nous avons élaboré trois scénarios pour la suite des choses. Cette fois, c’est peut-être l’âge d’Ovechkin qui dictera son destin. Ces scénarios font évidemment abstraction de facteurs externes, comme des blessures ou un changement de coéquipiers.

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Steve Yzerman vient au 10e rang des meilleurs marqueurs de la LNH

Dans le premier scénario, vaguement utopique, il conserve la moyenne de 61 buts par 100 matchs qu’il affiche depuis le début de sa carrière. À ce rythme infernal, il inscrirait son 894e but à son 1469e match, soit 18 matchs plus tôt que Gretzky.

Cela impliquerait toutefois qu’Ovechkin maintienne la cadence pendant quatre saisons de plus, ce qui le mènerait à 38 ans environ. Tout un contrat !

Dans le second scénario, plus réaliste, nous avons présumé que le Russe ralentirait chaque année, d’abord à 50 buts par 100 matchs, ensuite à 45, 40, 35, etc. Dans cette éventualité, il devrait se rendre à 1600 matchs environ pour marquer son fameux 894e but.

Or, pour ce faire, il devrait disputer presque six saisons de plus. Cela le mènerait aux portes de la quarantaine, ce qui n’est pas complètement farfelu, considérant le bourreau de travail auquel on a affaire.

Enfin, pour le scénario pessimiste, nous avons envisagé un déclin accéléré. Suivant cette logique, Ovechkin manquerait de temps (ou de carburant) pour battre le record absolu, mais on s’attend tout de même à ce qu’il finisse avec plus de 800 buts. Cela le placerait au deuxième rang de l’histoire. Nous en conviendrons, ce ne serait pas si mal non plus.

Un exploit indescriptible

Peu importe le nombre de buts qu’il1 aura marqués au moment de prendre sa retraite, Alex Ovechkin pourrait bien laisser derrière lui l’héritage du marqueur le plus dangereux de tous les temps.

Il est en effet difficile de comparer les époques entre elles, mais ce n’est pas un secret qu’avec les Oilers d’Edmonton des années 80, Wayne Gretzky évoluait dans un circuit où il se marquait beaucoup, beaucoup de buts.

Pendant la carrière de Gretzky, de 1979 à 1999, chaque équipe de la LNH a marqué une moyenne de 3,47 buts par match. Sous Ovechkin, de 2005 à aujourd’hui, cet indice a chuté à 2,79.

Cette différence est attribuable à plusieurs facteurs, notamment (et surtout) à l’amélioration du travail des gardiens de but. Un coup d’œil à l’évolution du taux d’efficacité des gardiens à travers la LNH démontre en effet que les deux joueurs ont évolué dans des univers distincts.

En d’autres mots, depuis 15 ans, Ovechkin enfile des buts au rythme d’un marqueur des années 80, mais contre des gardiens des années 2000. Cet exploit, en soi, est indescriptible, et on peut se demander si un autre joueur pourra un jour y parvenir.

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Gordie Howe a inscrit 801 buts dans la LNH

Au cours des décennies 80 et 90, Wayne Gretzky a inscrit une foule de records qui, probablement, ne tomberont jamais. Ses 2857 points font de lui un intouchable.

Sa marque de 894 buts, elle, est toutefois bel et bien menacée.

Toutes les données utilisées par La Presse dans ses compilations proviennent des sites NHL.com et Hockey Reference. Les statistiques sont valides en date du 20 janvier 2020.