Les dernières années ont donné lieu à une explosion des statistiques dites avancées au hockey. Simplement à partir d’un document que la LNH produit, qui comptabilise chaque action (tir au but, tir bloqué, tir hors cible, mise en échec, mise au jeu), des dizaines de sites ont vu le jour, croisant ces éléments avec des données tels la zone où a lieu l’action, les joueurs sur la patinoire, l’écart au pointage, etc.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Avec le projet d’implanter des puces électroniques dans les rondelles et les chandails, ces données deviendront plus nombreuses et, surtout, plus précises. Car elles sont actuellement collectées à la mitaine.

Et les gardiens, dans tout ça ? Eux aussi ont eu droit à de nouvelles statistiques. Depuis quelques années, on peut ventiler leur taux d’efficacité selon la situation (avantage ou désavantage numérique, forces égales). Leur taux d’arrêt par nombre de jours de repos est disponible sur LNH.com. De nouvelles mesures ont été ajoutées ces dernières semaines (voir onglet suivant). Et sur les sites spécialisés, comme Natural Stat Trick, on peut voir la distance de provenance des tirs qu’ils affrontent et des buts qu’ils accordent.

Ces chiffres intéressent une tranche des partisans. Mais les gardiens, eux ?

Ces dernières semaines, on a demandé à des hommes masqués croisés au hasard quelle est la principale statistique qu’ils valorisent.

Les victoires. C’est un sport d’équipe et, quand tu gagnes, tu montes au classement, tu participes aux séries.

Marc-André Fleury, des Golden Knights

Mike Smith, des Oilers : « À mes yeux, seules les victoires comptent. Mais si je devais en nommer une, ce serait le pourcentage d’arrêts. »

Jimmy Howard, des Red Wings : « Le pourcentage d’efficacité. Et pas loin derrière, les victoires ! »

Petit tour dans le vestiaire du Rocket à Laval, pour demander à Cayden Primeau, d’une génération différente de nos trois premiers intervenants : « Les victoires. »

Tout ça pour ça !

Des disparités

On fait part de nos résultats à David Marcoux au bout du fil. Notre homme a été entraîneur des gardiens des Flames de Calgary (de 2003 à 2009) et des Hurricanes de la Caroline (de 2014 à 2017).

« Regarde les plus grands de l’histoire, Martin Brodeur, Patrick Roy. Ce qui ressort, ce sont les victoires. L’autre chose, c’est que d’un aréna à l’autre, la définition de ce qu’est un tir et ce qui n’en est pas un varie beaucoup. »

La prise de statistiques est en effet parfois un peu bancale. Ce sont des officiels mineurs de la LNH, perchés sur la passerelle, qui sont responsables de comptabiliser les tirs, le temps d’utilisation et toutes les statistiques qui apparaissent dans le rapport de match. Or, il n’est pas rare, dans les arénas où ces officiels sont assis près des journalistes, de les entendre crier, se corriger, tout au long du match. Le nombre de revirements est aussi souvent accueilli avec scepticisme. Difficile de les blâmer : ils sont assis loin de l’action et doivent suivre un sport qui s’accélère d’année en année…

Marcoux en sait quelque chose. À vue de nez, le PNC Arena de Raleigh est un des arénas où la passerelle de presse est le plus loin de la patinoire. De plus, les officiels mineurs y sont assis du côté où les Hurricanes attaquent deux fois.

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Petr Mrazek, des Hurricanes de la Caroline

« Les gardiens venaient me voir aux entractes : “Dave, qu’est-ce qui se passe avec les tirs ?” Chaque fois, je textais le relationniste de l’équipe pour dire qu’il manquait tel ou tel tir dans les statistiques. Si tu en manques cinq, ça fait toute une différence. Quand les victoires ne viennent pas, que tu fais ton possible et que tu veux te bâtir une carrière… »

La différence entre une efficacité de ,908 et de ,922, ça peut être deux millions de dollars sur un contrat ! Et pour un gardien auxiliaire, les chiffres changent plus rapidement, parce qu’il y a moins de volume.

David Marcoux, entraîneur de gardiens

Les Hurricanes sont chaque année, depuis 2014-2015, parmi les cinq équipes de la LNH qui accordent le moins de tirs. Même quand ils rataient systématiquement les séries, leur total de tirs accordés était bas. Cela dit, ils se classent généralement tout aussi bien à la maison qu’à l’étranger dans la colonne des tirs accordés.

Qu’importe cette réalité, à partir du moment où il existe une perception selon laquelle les statistiques sont biaisées, les joueurs en viennent à leur accorder moins d’importance.

« La plus grosse variation d’un aréna à l’autre, ce sont les tirs de la zone neutre, les dégagements, poursuit Marcoux. À d’autres endroits, ils regardent si le tir est cadré. À Philadelphie, un arrêt de la mitaine, même hors cible, c’est compté comme un tir. À Calgary, si le tir n’est pas cadré, ils ne le comptent pas.

« Donc tu n’as pas le choix de dire à ton gardien de se concentrer sur ses victoires. »

Pas impressionnés

Ce qu’ils ont tendance à faire, si on se fie à notre rapide coup de sonde évoqué plus tôt. Le dévoilement de nouvelles statistiques, comme le soutien offensif, n’a guère semblé enflammer les hommes masqués.

Mikko Koskinen, des Oilers, en est un autre qui a dit valoriser les victoires. Le regard dubitatif qu’il nous a adressé quand on lui a parlé des nouvelles mesures disponibles en disait long sur son scepticisme.

Jimmy Howard ne semblait pas non plus très enthousiaste. « Le soutien offensif montrera surtout la marge de manœuvre qu’un gardien possède s’il commet des erreurs. Par contre, ça ne dit pas grand-chose du reste. De mon côté, c’est vraiment le pourcentage d’efficacité. Dès que tu arrives près de ,917 ou mieux, tu fais un travail plus qu’adéquat pour ton équipe. »

La maturité de Cayden Primeau a souvent été soulignée par ceux qui le côtoient, et justement, il a donné une réponse de grand garçon sur la question des statistiques.

Je ne les regarde pas vraiment. Il y a un gros aspect psychologique au hockey, et les statistiques peuvent vous jouer dans la tête.

Cayden Primeau

« Personnellement, je regarde si je donne la chance à mon équipe de gagner. Dans une victoire, tu peux recevoir 20 tirs et très bien jouer, comme tu peux en recevoir 40 et mal jouer. »

La palme de la franchise revient toutefois à Marc-André Fleury. « Ce n’est pas quelque chose que je regarde vraiment. Je sais que dernièrement, ça ne doit pas être super, parce que ça fait quelques matchs plus difficiles que je joue. Je n’ai pas besoin des stats pour me dire où je suis rendu. »

— Avec Simon-Olivier Lorange, La Presse

Trois nouvelles données expliquées

PHOTO MATT SLOCUM, ASSOCIATED PRESS

Carey Price (31) stoppe Scott Laughton (21) lors d’un match, la semaine dernière, à Philadelphie.

Il y a de ces nouveautés qui sont plus excitantes que d’autres. Que dire, par exemple, du houmous au chocolat, qui permet de manger sucré tout en se déculpabilisant ? Dans un autre registre, la LNH a ajouté, en douce, de nouvelles statistiques sur les gardiens sur son site internet dans les dernières semaines. Ces données permettent de jeter un éclairage nouveau sur le travail des gardiens, mais aussi sur la gestion qu’en font les entraîneurs.

Le soutien offensif

(données disponibles à partir de 2009-2010)

PHOOT BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Carey Price

Voilà une statistique drôlement intéressante, qui nous révèle la moyenne de buts marqués par l’équipe du gardien, quand il joue. La statistique existe depuis longtemps au baseball (le run support), mais c’est, de mémoire d’homme, la première fois qu’on la voit au hockey. C’est une donnée d’autant plus intéressante que le trophée Vézina récompense souvent les gardiens qui dominent au chapitre des victoires. Or, le soutien offensif est une condition sine qua non de la victoire. Les cinq derniers gagnants du Vézina étaient en effet parmi les trois meneurs de la LNH au chapitre des victoires, et trois d’entre eux (Andrei Vasilevskiy, Braden Holtby et Carey Price) ont fini au 1er rang l’année où ils ont gagné.

Dans la LNH

2,33 

Parmi les 50 gardiens ayant joué au moins 200 matchs, Cory Schneider (Canucks et Devils) est celui qui a obtenu le pire soutien offensif, avec 2,33 buts par match. C’est ce qui peut expliquer qu’il n’ait jamais fini plus haut que le 6e rang pour le trophée Vézina, même s’il a connu quatre saisons complètes de suite avec une efficacité supérieure à ,920. À l’autre extrémité du spectre, le gardien du Lightning Andrei Vasilevskiy (3,28) a été le plus gâté depuis son arrivée dans la LNH.

Chez le Canadien

2,65 

Depuis 2009-2010, Price reçoit un soutien offensif moyen de 2,65 buts par match, ce qui le place au 31e rang parmi les 50 gardiens ayant joué 200 matchs. Du reste, parmi les gardiens qui ont disputé au moins 20 matchs avec le CH, Antti Niemi a eu le meilleur soutien, à 2,80 buts par match. Cette saison, le Tricolore marque 3,02 buts par match quand Price est devant le filet, au 20e rang de la LNH, parmi les 48 gardiens ayant disputé 20 matchs ou plus.

Les retraits de matchs

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Carey Price

(données disponibles à partir de 1917-1918)

Les gardiens retirés d’un match semblent toujours créer un drame particulier à Montréal, impression sans doute pas étrangère aux événements d’un certain 2 décembre 1995. Pour la plus jeune génération, le regard que Price a lancé au banc des siens en décembre 2016, quand il a été retiré d’un match contre les Sharks, a été marquant. C’est à ce jour la dernière fois de sa carrière d’entraîneur-chef que Michel Therrien a changé de gardien pendant un match. Bref, le pourcentage des départs complétés est désormais disponible. Cette donnée-là en dit autant, sinon plus, sur la qualité du travail d’un gardien que sur la philosophie d’un entraîneur.

Dans la LNH

98,4 % 

C’est en 1965-1966 que la LNH a obligé les équipes à avoir deux gardiens en uniforme pour chaque match. Depuis, 196 gardiens ont disputé au moins 200 matchs. Parmi eux, le pauvre Alain Chevrier vient au dernier rang, ayant terminé 40 de ses 209 départs (80,9 %) au bout du banc. Tony Esposito trône au sommet, avec 98,4 % de ses départs complétés ; il a seulement été retiré 14 fois en 874 départs. Ken Dryden le suit, à 98,2 % (retiré 7 fois sur 389 départs). Son entraîneur-chef, Scotty Bowman, a ensuite montré la même patience à Buffalo avec Robert Sauvé (98,5 %), mais pas autant à Detroit avec Chris Osgood (93,3 %).

Chez le Canadien

21 

Price a été retiré de seulement 21 de ses 652 départs. Son taux de matchs complétés (96,8 %) est le plus élevé parmi les gardiens qui ont disputé au moins 200 matchs depuis qu’il est dans la LNH. Quand Mario Tremblay a rappelé Patrick Roy au banc après que les Red Wings eurent marqué leur neuvième but d’assurance, c’était la 31e fois que Roy subissait le crochet. « Casseau » a terminé 94,2 % de ses 532 départs avec Montréal. Nostalgiques, sachez qu’André Racicot a terminé 81,1 % de ses départs (retiré 10 fois sur 53), ce qui le place au dernier rang parmi les 22 gardiens qui ont joué au moins 50 matchs avec le CH.

Les départs avec plus de ,900 d’efficacité

(données disponibles à partir de 1955-1956)

Comme le soutien offensif, cette statistique est aussi une réplique d’une donnée du baseball, les départs de qualité (six manches lancées ou plus, trois points mérités ou moins). En compilant les départs au cours desquels un gardien affiche une efficacité supérieure à ,900, on arrive donc à un indice qui aide à mesurer la constance d’un gardien, car deux ou trois mauvais départs plombent parfois le taux d’efficacité. Le gardien des Blackhawks Robin Lehner a confié récemment au collègue Kevin Woodley, de NHL.com, que la statistique la plus importante à ses yeux était le nombre de départs avec une efficacité de ,910 ou mieux.

Dans la LNH

27,1 %

Encore une fois, Chevrier vient au dernier rang des gardiens qui ont disputé au moins 200 matchs depuis que la statistique est compilée, avec 27,1 % de ses départs où il a présenté une efficacité supérieure à ,900. Notons toutefois que le gardien de Cornwall a joué à la fin des années 80, quand le taux d’efficacité moyen tournait autour de ,880 (il est à ,909 cette saison*). Le top 4 de l’histoire est composé de gardiens d’époques différentes : Johnny Bower (69,3 %), Tim Thomas (67,2 %), Corey Crawford et Jacques Plante (66,2 % chacun).

* Source : Hockey-Reference.com

Chez le Canadien

64,7 % 

Pas de surprise au sommet. Derrière Plante et Dryden (65,8 %) vient Price (64,9 %). On sursaute en voyant qui vient juste derrière lui au 4e rang : Jeff Hackett ! Il a maintenu un taux d’efficacité supérieur à ,900 dans 64,7 % de ses départs. Ce sont sans surprise des gardiens des années 80 qui ferment la marche : Steve Penney (24 %), Rick Wamsley (38 %) et Doug Soetaert (39,1 %).

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