Longtemps considérés comme les cancres de la LNH en matière de repêchage, les Canucks ont relancé leur organisation en deux cuvées, sans jamais choisir parmi les trois premiers. Vancouver occupe le premier rang dans la division Pacifique, menée par un centre numéro un de 21 ans, Elias Pettersson, et un défenseur numéro un de 20 ans, Quinn Hughes.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Pettersson, le meilleur compteur des Canucks avec 51 points en 49 matchs, a été repêché au cinquième rang derrière Nico Hischier, Nolan Patrick, Miro Heiskanen et Cale Makar.

Le choix de Pettersson à ce rang a surpris bien des observateurs en 2017. Le jeune homme pesait moins de 170 livres, sur une charpente de 6 pieds 2 pouces, et son frère aîné, Emil, un choix de sixième ronde des Predators de Nashville quelques années plus tôt, était resté chétif même après sa croissance. Le DG Jim Benning a reconnu lui-même le jour du repêchage que le choix de Pettersson comportait un certain risque.

Mais l’arrivée du nouveau responsable du repêchage, Judd Brackett, a changé la façon de voir les espoirs au sein de l’organisation. On valorisait désormais davantage l’intelligence, la vitesse et la détermination.

« Je ne veux pas commenter sur les autres joueurs choisis, mais nous croyons qu’il a le talent pour devenir un centre numéro un et un bon producteur de points, a confié Benning aux journalistes ce jour-là. Nous avons soulevé la question sur son frère, mais Elias, même s’il n’est pas très lourd, a déjà un bon équilibre sur patins. »

Les antennes des Canucks demeuraient solides en Suède, où se trouve Thomas Gradin, l’homme derrière la sélection des jumeaux Sedin.

Il faut aussi une part de chance. L’échange d’Alex Burrows aux Sénateurs d’Ottawa en février 2017 a sans doute contribué au choix de Pettersson. Le jeune joueur obtenu pour Burrows, Jonathan Dahlen, jouait au sein du même trio à Timra et ils ont terminé la saison en force. Les Canucks aimaient à ce point Pettersson qu’ils l’ont invité à Vancouver après les essais de la LNH un mois avant le repêchage.

Le lendemain de ce repêchage, les dirigeants des Canucks ont été surpris de voir Pettersson se pointer à la table de l’équipe pendant les choix entre les deuxième et septième rondes. Le jeune homme voulait en savoir plus sur l’équipe. Vancouver venait d’en choisir un vrai…

Hughes suscitait aussi des interrogations en 2018, même si certaines équipes le classaient au deuxième rang derrière Rasmus Dahlin. Le jeune homme venait d’amasser 29 points en 37 matchs à sa première saison à Michigan, il patinait avec une aisance rare et faisait preuve d’une extraordinaire créativité, mais il n’était pas très grand et constituait l’un des joueurs les plus âgés de sa cuvée en raison de sa date de naissance tardive, en octobre.

Dans un long article sur le repêchage de 2018, Harman Dayal, du site The Athletic, raconte à quel point le choix de Jesperi Kotkaniemi au troisième rang par le Canadien a complètement changé la donne.

Sans surprise, Rasmus Dahlin et Andrei Svechnikov ont constitué les deux premiers choix, par les Sabres et les Hurricanes. Les paris étaient ouverts au troisième rang, même si le CH cherchait à se renforcer au centre.

« Quand Kotkaniemi a été choisi au troisième rang, on s’est dit : OK, voilà la première décision qui modifie l’ordre établi », confie Ken Holland, alors DG des Red Wings, à Dayal.

Les Sénateurs d’Ottawa, les quatrièmes à choisir, rêvaient d’un attaquant de puissance comme Brady Tkachuk. Ils avaient encore l’option de céder ce choix à l’Avalanche et ainsi conserver leur choix de 2019 (la pièce maîtresse de l’échange de Matt Duchene), mais ils n’ont pas voulu se priver de Tkachuk. Celui-ci ne faisait toutefois pas l’unanimité non plus. Comme Hughes, il était né sur le tard dans l’année, en septembre. Il avait donc presque un an de plus que Kotkaniemi lui aussi. Sa production de 31 points en 40 matchs à Boston University en laissait aussi certains sur leur appétit.

La deuxième surprise est survenue au cinquième rang, avec la sélection d’un autre centre, Barrett Hayton, par les Coyotes de l’Arizona.

Les Red Wings auraient pu choisir Hughes au sixième rang, mais Holland privilégiait un ailier comme Filip Zadina, très haut sur leur liste. « On croyait repêcher un défenseur, mais on ne s’attendait pas à ce que Zadina soit encore libre », raconte Holland.

Hughes n’était probablement pas non plus leur défenseur favori, avec Evan Bouchard, Adam Boqvist et Noah Dobson encore disponibles, d’autant plus que l’organisation regorgeait de jeunes défenseurs offensifs de petite taille avec Filip Hronek, Dennis Cholowski, Ville Saarijarvi et Joe Hicketts.

Le vœu des Canucks se réalisait ainsi, ils allaient pouvoir mettre la main sur le joueur convoité. Hughes a 34 points en 48 matchs à sa première saison complète, au 11e rang chez les défenseurs de la LNH, en route vers une saison de presque 60 points. Depuis décembre, il joue entre 22 et 27 minutes par rencontre.

Certains le considèrent déjà comme le meilleur de sa cuvée. L’avenir nous le dira, mais Dahlin connaît lui aussi une très bonne saison et il a six mois de moins. Svechnikov a 45 points en 50 matchs chez les Hurricanes.

Le débat sera intéressant pour la cuvée 2017 entre Pettersson, Makar, Heiskanen et peut-être même Hischier. Peu importe, les Canucks ont frappé deux coups de circuit.

On y ajoute Brock Boeser et Bo Horvat, d’autres solides choix de première ronde, et les Canucks sont dans une position enviable, même si leur avance au premier rang demeure très fragile.

On donne encore le bénéfice du doute à Kotkaniemi en raison de son âge. Après avoir amassé 34 points l’an dernier à 18 ans, il en a seulement huit en 35 matchs cette année. Mais il est l’un des cinq joueurs du repêchage 2018 à avoir disputé au moins 50 matchs. La saison suivante sera cruciale pour lui et pour l’organisation du CH. Un autre hiver décevant et les critiques seront vives.

Il n’y pas de comparaison à faire pour les choix de 2017. Ryan Poehling a été repêché beaucoup plus tard que Pettersson, au 25e rang. Huit joueurs repêchés avant lui n’ont pas disputé huit matchs dans la LNH. Voyons s’il pourra produire davantage en fin de saison.

Note encourageante, Nick Suzuki, 13e choix au total obtenu pour Max Pacioretty, vient déjà au dixième rang de sa cuvée pour les points. Mais si on calculait la moyenne de points par match chez les joueurs ayant disputé au moins 50 rencontres, il viendrait au quatrième rang derrière Pettersson, Makar et Hischier.

À LIRE

Laurent Dauphin redeviendra-t-il un espoir de la LNH ? Ce choix de début de deuxième ronde en 2013, obtenu pour Michael McCarron, premier choix du Canadien, quatorze rangs devant Dauphin, tente de retrouver l’élan des beaux jours sous Joel Bouchard. Il a un point en six matchs depuis son arrivée à Laval. McCarron en a deux en sept parties au sein du club-école des Predators. La suite ici sous la plume de Guillaume Lefrançois.