En cette semaine de relâche du Canadien, les yeux se tournent vers le Rocket de Laval, qui tentera de poursuivre mercredi sa remontée au classement de la division Nord de la Ligue américaine.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

En fait, cet hiver, les yeux pourraient se tourner souvent vers le club-école, en bien meilleure position de se qualifier pour les séries éliminatoires que le grand club. Avant les matchs de mardi, le Tricolore se retrouvait à huit points de la dernière place donnant accès au tournoi.

De son côté, le Rocket compte 46 points, à égalité avec les Marlies de Toronto au 4e rang de la division, le dernier rang permettant une qualification. Les Marlies ont toutefois un match en main.

La situation en a mené plusieurs, ces derniers jours, à soulever l’idée que le CH mise tout sur sa filiale et y envoie ses bons jeunes. Quatre jeunes du groupe actuel peuvent être cédés à Laval sans passer par le ballottage : les attaquants Ryan Poehling, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi et le défenseur Cale Fleury.

Poehling et Suzuki en sont à une première saison chez les pros ; Suzuki a court-circuité la Ligue américaine, tandis que Poehling n’y a disputé que 26 matchs. Kotkaniemi en est à une deuxième saison dans la LNH, et comme Suzuki, il n’a jamais joué dans l’île Jésus. Fleury, lui, a disputé l’entièreté de la campagne 2018-2019 à Laval et joue pour le Tricolore depuis le début de la saison.

Les quatre ont en commun de connaître les hauts et les bas de l’adaptation à la LNH.

Poehling et Fleury comptent un seul point chacun, en 23 et 41 matchs respectivement. Kotkaniemi ne compte que 8 points en 35 matchs et présente un différentiel de - 12, le pire du Tricolore. Suzuki a, quant à lui, connu de très bons moments en novembre et en décembre, mais il montre de petits signes d’essoufflement dernièrement ; depuis Noël, son différentiel est de - 7.

Laval : les avantages

En jouant à Laval, ces jeunes seraient exposés à de la « compétition significative », un concept du chercheur André Lachance, brillamment expliqué par le confrère de Radio-Canada Martin Leclerc, ces dernières semaines. En gros, l’idée est qu’un jeune athlète doit apprendre à gagner et à dominer au niveau inférieur avant de passer à l’étape suivante.

Ces jeunes auraient beaucoup à gagner s’ils aident le Rocket à faire un bout de chemin en séries. Riley Barber en sait quelque chose. L’attaquant du Rocket a participé aux séries à trois de ses quatre saisons à Hershey, le club-école des Capitals de Washington. Il a atteint deux fois le deuxième tour et une fois la finale, en 2016, contre le club-école des Blue Jackets de Columbus, mené par Zach Werenski, Josh Anderson et Oliver Bjorkstrand.

« Je pense que la moitié de cette équipe est dans la LNH aujourd’hui ! souligne Barber, rencontré après l’entraînement de mardi. Le jeu est tellement différent en séries, ça ressemble à la vitesse de la LNH. C’est bon pour une organisation que ses joueurs disputent de tels matchs. » 

Tu ne veux pas te retrouver en janvier ou février sans aucun enjeu, avec tout le monde qui arrive fâché à l’aréna.

Riley Barber

Karl Alzner a aidé cette même équipe de Hershey à gagner la Coupe Calder deux années de suite, en 2009 et en 2010. Lui aussi est bien placé pour parler des bénéfices des séries dans la Ligue américaine. Alzner lui-même, John Carlson, Mathieu Perreault et Jay Beagle, entre autres, se sont ensuite établis à temps plein chez les Capitals.

« On a pu jouer beaucoup de hockey à un haut niveau, avec beaucoup de pression. Certains joueurs n’avaient jamais pu aller loin dans le junior, a indiqué Alzner. Ça a aussi aidé l’organisation à recruter des joueurs, car tout le monde veut jouer pour une équipe gagnante. Et en général, ça nous a donné confiance, car on savait qu’on allait gagner des matchs. »

Montréal : les avantages

Cela dit, quand on les interroge directement à savoir si les espoirs du Tricolore sont mieux servis en jouant dans la LNH ou dans la Ligue américaine, les réponses sont claires.

« Les retourner à Laval, c’est la bonne décision pour notre équipe à Laval. Mais le Canadien n’est pas encore éliminé non plus ! Il va donc faire tout ce qu’il peut pour gagner. Ça veut dire de garder Poehling et Fleury », rappelle Matthew Peca, qui a vécu une finale avec Syracuse en 2017.

« S’ils ratent les séries et qu’ils veulent que les gars jouent dans la Ligue américaine, ça serait correct, c’est sûr qu’on aimerait les ravoir ! Mais pour leur développement, c’est bon qu’ils soient en haut, parce qu’ils doivent vraiment travailler fort pour participer aux séries et ça, c’est une bonne expérience pour un jeune. »

Alzner : « Pour le moment, laissez-les jouer à Montréal. Et même si ça semble improbable qu’ils participent aux séries, pourquoi ne pas les laisser en haut ? »

Ici, on fera notre travail. Si on est en séries et que la saison à Montréal est finie, ces jeunes pourront se joindre à nous, ça ne sera pas un problème. Mais pour le moment, je laisserais les choses ainsi.

Karl Alzner

En 2015-2016, les moribonds Maple Leafs de Toronto avaient plutôt opté pour laisser leurs espoirs dans le club-école. Menés par William Nylander, Kasperi Kapanen, Connor Brown, Connor Carrick et Josh Leivo, les Marlies avaient donc atteint la finale d’association ce printemps-là.

Nylander, Kapanen et Brown en ont certainement tiré avantage individuellement et sont devenus de bons joueurs dans la LNH. Collectivement, ces expériences n’ont toutefois pas encore permis aux Leafs de gagner une série éliminatoire.