(SARNIA, Ontario) Il a amassé 108 points à 17 ans avec les Draveurs de Trois-Rivières. Les 21 équipes de la LNH ont malgré tout levé le nez sur lui. Il en a empilé 114 la saison suivante et a quand même été ignoré. C’est finalement à 20 ans, après une campagne de 185 points, que Yanic Perreault a été repêché par les Maple Leafs de Toronto.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Alors s’il y a un père qui est bien placé pour dire à son fils de ne pas s’en faire avec les classements d’espoirs, c’est bien lui.

On vous en parle parce qu’au 17e rang du classement de mi-saison des espoirs nord-américains de la LNH, en vue du repêchage de 2020, on retrouve Jacob Perreault, un attaquant du Sting de Sarnia. Avec une telle position, le fils de l’ancien du Canadien pourrait être réclamé au premier tour, le 26 juin prochain.

« C’est toujours plaisant quand il est mentionné comme un choix de premier tour, reconnaît Yanic Perreault au bout du fil. Par contre, ça reste un classement. Chaque année, on a une bonne idée des trois, quatre ou cinq meilleurs. Ensuite, c’est très subjectif. Des joueurs sont dans différentes ligues, à différents niveaux. C’est un bel exploit d’être repêché. Mais être repêché et jouer dans la LNH, ce sont deux choses. »

Les trucs du père

Jacob Perreault est né le 15 avril 2002, à Montréal, dans un contexte bien particulier. La veille, le Tricolore disputait son dernier match de la saison. Trois jours plus tard, Yanic Perreault et ses coéquipiers du CH amorçaient une série qui s’avérera mémorable contre les Bruins de Boston, marquée par un José Théodore incandescent et un Saku Koivu inspirant.

« Justement, l’été dernier, les enfants regardaient les faits saillants de la série avec leurs amis, ça brassait pas mal ! », se souvient le Sherbrookois.

Après deux autres saisons à Montréal, Yanic allait ensuite jouer à Nashville, à Phoenix, à Toronto, puis à Chicago. Jacob n’avait que 6 ans lorsque son père a accroché ses patins. Donc pour les souvenirs, on repassera…

« Je me souviens un peu de la fin, nous raconte Jacob Perreault, dans une entrevue en français, dans un corridor du Progressive Auto Sales Arena. J’ai de petits souvenirs de son match des Étoiles [2007]. Il y a aussi le tournoi À bout de souffle, de gros noms venaient jouer. »

« Et je me souviens de sa dernière saison à Chicago, avec Patrick Kane et Jonathan Toews. Il m’amenait dans le vestiaire. Patrick Lalime était pas mal proche de mon père. Il faisait semblant d’écrire avec un Sharpie sur notre front, avec son doigt, pour nous taquiner. » 

Quand t’es jeune, tu ne te rends pas compte avec qui tu es. À tes yeux, ce sont des adultes comme d’autres !

Jacob Perreault

Même s’il a très peu vu son père jouer, Jacob Perreault sait toutefois très bien comment il a fait sa renommée. L’ancien numéro 94 est en effet premier dans l’histoire de la LNH pour le pourcentage de succès aux mises en jeu, à 61,1 %, loin devant des joueurs réputés pour leur excellence dans cet aspect du jeu comme Rod Brind’Amour (58,7 %) et Patrice Bergeron (57,2 %).

Jacob joue à l’aile, mais il prend tout de même des mises en jeu de temps en temps, notamment en avantage numérique, et il affiche un joli 55,7 % d’efficacité cette saison.

« [Yanic] me donne des trucs et quand j’en prends, ça m’aide beaucoup, reconnaît le jeune homme. Mon père me dit toujours que les petits détails, c’est ce qui compte. Si on s’applique dans ce qu’on fait, ça va nous aider. Lui, il a remarqué qu’il était bon aux mises au jeu quand il était jeune, donc il a continué à s’améliorer, à travailler. Il est arrivé dans la LNH et il était un des meilleurs. »

Jacob, lui, se démarque surtout par ses habiletés offensives, comme en fait foi sa fiche de 28 buts et 27 passes pour 55 points en 41 matchs. Son différentiel de - 21 attire aussi l’œil, mais il importe de rappeler que le Sting forme une des pires équipes de la Ligue junior de l’Ontario cette saison, avec un dossier de 16-24-4.

Un moment spécial

Les Perreault habitent aujourd’hui à Chicago, où Yanic travaille à titre d’entraîneur au développement chez les Blackhawks. L’aîné de la famille, Jérémy, aide Yanic à diriger le Mission de Chicago, équipe bantam pour laquelle le plus jeune, Gabriel, évolue. Liliane joue quant à elle pour l’équipe de hockey féminin de l’Université Mercyhurst, dans la NCAA.

Ils gardent tout de même des liens serrés avec le Québec, puisqu’ils viennent passer leurs étés dans les Cantons de l’Est. Ce qui rendra le repêchage bien particulier.

D’un côté, Yanic travaille pour les Blackhawks, et c’est avec cette organisation qu’il a terminé sa carrière de joueur. De l’autre côté, il a joué trois ans à Montréal et a bien connu Marc Bergevin et Martin Lapointe chez les Hawks.

J’ai des chums à Magog qui sont de gros fans de Montréal. Ça serait spécial pour mes amis si j’étais repêché par le Canadien. Mais j’aime bien les Blackhawks aussi. Ça ne me dérange pas, n’importe laquelle des deux équipes. Ce sont deux belles organisations. Ça serait le fun que ce soit une des deux !

Jacob Perreault

Et comme le repêchage aura lieu au Centre Bell, l’idée de grimper sur la scène à titre de choix de premier tour est évidemment attirante.

« Ça serait spécial, surtout dans un aréna où j’ai été quelques fois. T’habites au Québec, tu vois toujours le Centre Bell. Si je peux aller sur le stage, ce sera extraordinaire et je vais toujours m’en rappeler. Ma famille sera là, mes amis aussi. »

Cela dit, même s’il devait attendre aux tours subséquents, ça ne serait pas la fin du monde, et son père en est l’exemple parfait. On vous disait qu’il avait été ignoré à sa première année d’admissibilité, en 1989. À cette époque, les joueurs de 17 et 18 ans pouvaient seulement être réclamés dans les trois premiers tours, ce qui l’avait désavantagé.

Avec 516 points récoltés lors de sa carrière, il se serait classé… au 10e rang des marqueurs parmi les joueurs repêchés en 1989 !