Une compilation de La Presse confirme que la semaine de relâche a peu d’impact sur le rythme de croisière des équipes de la LNH, et encore moins sur leur classement final.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le mot « polarisant » est sans doute exagéré. Mais disons que l’existence d’une semaine de congé ne fait pas l’unanimité chez le Canadien.

Pour la quatrième saison de suite, toutes les équipes de la LNH profitent d’une pause de cinq journées au cours de laquelle elles ne disputent pas de match. Puisque cette semaine est adjointe au week-end du match des Étoiles, les formations profitent donc de sept jours de repos au total. La relâche du Canadien a commencé samedi soir.

Chez le Canadien, cette semaine « gratuite » de rééducation arrive à point pour les joueurs blessés. Jonathan Drouin, Paul Byron et Brendan Gallagher pourront donc continuer de soigner leurs bobos sans rater de matchs. Et des joueurs qui ont récemment souffert pourront aussi en profiter – pensons ici à Joel Armia, qui revient tout juste d’une blessure à une main.

Même pour les autres, « le repos est toujours une bonne chose », a dit Carey Price samedi soir après la victoire contre les Golden Knights de Vegas. Car la semaine de congé a un prix, à savoir un calendrier légèrement compressé pour ne pas retarder la fin de la saison. Par exemple, le Tricolore vient de disputer cinq matchs en huit jours. C’est beaucoup.

Cela n’empêche pas que certains auraient volontiers continué leur élan. C’est le cas d’Ilya Kovalchuk, qui a souligné qu’il « n’avait pas besoin de cette pause ». 

Je vais prendre deux journées de congé. Je vais voir mon entraîneur pour patiner et je serai prêt à jouer au retour.

Ilya Kovalchuk, samedi soir

Nick Cousins, lui, a fait remarquer qu’avec quatre victoires à ses cinq derniers matchs, le Canadien voguait sur une bien belle lancée. « Noël aussi est arrivé à un mauvais moment, parce qu’on jouait vraiment bien », a-t-il ajouté. Il est en effet exact que la célébration de la Nativité a opéré une transition assez malheureuse entre une séquence de six victoires en huit matchs et une autre de huit défaites de suite.

Quel impact ?

Mais peut-on vraiment blâmer la semaine de congé, ou « bye week » en anglais, pour une cassure du rythme d’une équipe ? Pour répondre à cette question, La Presse a compilé la fiche des 31 équipes au cours des cinq matchs ayant précédé leur semaine de relâche puis des cinq matchs qui l’ont suivie. Nous avons recueilli les données pour les trois dernières saisons (2016-2017 à 2018-2019). Cela donne donc 92 occurrences, puisque les Golden Knights n’ont fait leur entrée dans la ligue qu’en 2017.

Le constat : dans une large proportion (43,5 %), la récolte de points tout juste avant la pause est équivalente à celle qui la suit, sinon sensiblement peu différente – un point d’écart sur une possibilité de 10.

Dans 30,4 % des cas, la différence est moyenne (2 ou 3 points). Nous la considérons comme forte (4 ou 5 points) dans 19,6 % des cas, et énorme (6 ou 7 points) dans 6,5 % des situations.

Autrement dit, il est peu probable qu’une équipe gagnante commence subitement à perdre, ou vice versa.

Dans les occurrences, peu nombreuses, d’un changement très marqué du rythme après la pause, nous n’avons identifié que deux équipes dont le destin semble avoir été réellement modifié.

Galvanisés par cinq victoires consécutives, les Flames de Calgary de 2017-2018 étaient dans le portrait des séries éliminatoires au moment de leur semaine de relâche. Ils n’ont toutefois remporté qu’un de leurs cinq matchs suivants et n’ont pu étirer leur saison le printemps venu.

Ensuite, eh oui, il y a les bons vieux Blues de St. Louis de 2018-2019. Ils venaient d’amasser cinq points en cinq matchs au moment de leur pause, puis ils ont été parfaits à leur retour avec cinq gains de suite. Et ils ont par la suite remporté la Coupe Stanley.

Parions qu’on n’a pas terminé d’entendre le Canadien citer cet exemple d’ici à la fin de la saison.

Classement

Les variations au classement nous fournissent un autre indicateur pour mesurer l’impact de la semaine de relâche.

Bien que toutes les équipes ne soient pas en congé exactement au même moment, nous avons arrêté une date de référence pour chacune des trois dernières saisons – toutes les équipes se sont reposées un peu avant ou un peu après ce moment.

Ainsi, de 2017 à 2019, 41 des 48 équipes qui étaient en position de faire les séries éliminatoires à la pause se sont plus tard qualifiées pour le tournoi printanier. C’est donc dire que seulement 7 équipes, ou 14,5 % du lot, ont réussi à s’y hisser après leur semaine de relâche. Cela inclut l’invraisemblable situation de 2017-2018, alors que trois équipes de l’Association de l’Ouest ont réussi l’exploit. À l’inverse, l’année précédente, le portrait était resté inchangé entre la date de référence et la fin du calendrier – les équipes qualifiées pouvaient néanmoins avoir changé de position entre elles.

Les Blues de 2018-2019 figurent-ils parmi les rares équipes cendrillon ? Bien sûr que oui ! Au 23 janvier 2019, ils étaient à trois points de la dernière équipe repêchée.

Le Canadien, à l’heure actuelle, doit encore combler un retard de 6 ou 8 points, selon qu’il part à la poursuite des Panthers de la Floride, troisièmes de la division Atlantique, ou des Hurricanes de la Caroline, dernière équipe repêchée.

Depuis l’instauration de la semaine de relâche, aucune équipe n’a réussi à surmonter un déficit de plus de quatre points pour se faufiler en séries. C’est donc dire que le Tricolore, s’il voulait imiter les Blues qui ont écrit l’histoire, devra à son tour accomplir ce qui n’a jamais été réalisé à ce jour.

Les efforts pour y arriver seront évidemment inestimables. Il reste toutefois six jours de repos avant de se mettre à la tâche.