Comment ne pas être de belle humeur un soir où Dale Weise récolte deux points ?

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Comment ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme d’une foule galvanisée après une prolongation et une séance de tirs de barrage excitante au possible ?

Comment ne pas partager le soulagement de Carey Price en le voyant lever les bras au ciel une fois confirmée la courte victoire de 5-4 contre les Golden Knights de Vegas ?

« On prend les deux points et on part en vacances », a dit Claude Julien en souriant après son point de presse d’après-match, affichant une légèreté qui n’a pas du tout été sa marque de commerce des dernières semaines.

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Nick Cousins célèbre son premier but du match.

Les 50 matchs de cette saison ont été tellement teintés de négativité, il est bon de rappeler que le Canadien, parfois dans la gloire et souvent dans la douleur, vient de récolter 8 points sur une possibilité de 10. Un sprint effarant de cinq matchs en huit jours au cours duquel on l’a vu afficher le meilleur de lui-même – contre Calgary et contre Philadelphie –, mais également le pire. Voir ici : la défaite gênante contre Chicago et la deuxième moitié du duel contre les Sénateurs, conclu par une victoire tout de même.

Contre les Knights, le Canadien a offert un peu tout ça. Une première période efficace – trois buts en neuf tirs. Une deuxième période pénible qui a mené à deux buts des visiteurs. Une troisième potable, teintée tout de même par deux buts rapides des chevaliers dorés qui ont créé l’égalité. Le dernier but a coûté un bâton à Carey Price, furieux.

Sage comme à son habitude, Shea Weber a résumé la situation de manière assez juste. « Quand on est bons, on est bons. Mais quand les choses se mettent à mal aller, ça fait boule de neige. Il faut trouver un moyen d’être constants, c’est ce qu’on a prêché depuis le début de la saison. »

Illustration simple de ce dont parle le capitaine : au cours des neuf derniers matchs, le Canadien a bousillé cinq fois l’avance qu’il détenait en troisième période. Il s’est incliné à trois reprises et a réussi à sauver les meubles deux fois.

« On dirait qu’on n’aime pas se rendre la vie facile », a remarqué Nick Cousins. On regarde visiblement les mêmes matchs.

Pause

La pause de sept jours qui s’est amorcée après le match de samedi arrive à un drôle de moment pour le Tricolore. L’équipe a joué beaucoup, beaucoup de hockey récemment. Et Carey Price l’a dit lui-même : « Le repos est toujours une bonne chose. »

Mais, on l’a écrit plus haut, le congé arrive aussi au moment où le CH trouvait (enfin) le moyen de gagner, après son long passage à vide de huit défaites de suite, son deuxième du genre au cours d’une même saison. Peut-être aurait-il voulu bâtir sur cette lancée.

Dans tous les cas, le moment sera on ne peut mieux choisi pour une introspection collective sur l’avenir à court terme de cette formation.

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L’analyste Elliotte Friedman, du réseau Sportsnet, a écrit la semaine dernière que Marc Bergevin profiterait de ces journées loin de l’action pour prendre des décisions sur la composition de son équipe. Les prochains jours pourraient donc être cruciaux pour les quelques vétérans dont le bon rendement pourrait appâter une équipe qui désire fourbir ses armes en vue des séries éliminatoires. On salue ici Tomas Tatar et Ilya Kovalchuk.

Mais la pause permettra aussi aux joueurs de méditer sur leurs péchés passés ainsi que sur l’identité qu’ils veulent présenter pour les 32 derniers matchs de l’hiver 2020.

« On doit comprendre ce qui a fait notre succès », a joliment résumé Price.

Constatant à quel point son équipe partait de loin avant sa séquence victorieuse, Max Domi a souligné que ses coéquipiers et lui étaient désormais « dans la meilleure position possible pour après la pause ». « On se sent en confiance », a-t-il ajouté.

Claude Julien en a même fait une promesse solennelle : « On va se battre jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’on nous dise que ce n’est pas vraiment possible. »

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Jonathan Marchessault, quelques instants avant son but en 2e période, et Max Domi

« On n’a jamais dit qu’on avait abandonné », avait-il préalablement rappelé.

Évidemment, le classement est tout sauf favorable, puisque le Canadien accuse toujours au moins six points de retard sur la dernière équipe qualifiée pour les séries, avec plus de matchs disputés.

Mais on n’a jamais dit que les espoirs n’étaient pas permis.

Ils ont dit

On adore jouer ensemble. C’est un tireur, je suis un passeur. Ça fonctionne bien, et on est proches, hors glace, on est devenus bons amis assez vite. J’ai beaucoup de respect pour lui comme personne et comme joueur. Sur la glace, il faut simplement lui donner la rondelle. À l’entraînement, il nous aide beaucoup, il nous montre de petits trucs.

Max Domi, au sujet d’Ilya Kovalchuk

J’étais un peu devant lui, je ne voulais pas être dans ses jambes. Ensuite, j’ai voulu le suivre. Il ne rate pas souvent de tels jeux. J’ai essayé de frapper la rondelle au vol sur le retour, mais c’est difficile, à la vitesse où ça se passe. Mais une victoire est une victoire.

Max Domi, à propos de la chance de marquer que lui et Kovalchuk ont eue en prolongation

J’aurais dû lever la rondelle un peu plus, ou faire la passe à Max, qui aurait pu avoir une échappée à partir de la ligne rouge. Mais c’est de l’émotion. On essaie de faire de son mieux, parfois ça ne fonctionne pas. […] Les deux jambières de Fleury comme ça, c’était à la Martin Brodeur.

Ilya Kovalchuk, au sujet du même jeu

Je jouais à cinq contre six au New Jersey et en Russie, je l’ai déjà fait. Sur le [troisième] but, j’aurais dû garder la rondelle et tenter un jeu, mais je l’ai juste lancée et ils ont marqué. On va regarder la vidéo et s’assurer de ne pas refaire cette erreur.

Ilya Kovalchuk

On a des gars d’expérience au sein du quatrième trio. Les trois ont de l’expérience, ils font du bon travail, gardent ça simple, ils jouent nord-sud. Sur les buts, ils ont été au filet et ont été récompensés.

Claude Julien

Il m’a trouvé les deux fois, j’ai été assez chanceux pour marquer les deux fois. C’est un très bon joueur. Il facilite mon travail, il est bon en échec avant et gagne ses batailles pour la rondelle.

Nick Cousins, à propos de Dale Weise

C’est un acteur, c’est plaisant de le regarder jouer. Il compétitionne tous les soirs et je le respecte.

Carey Price, parlant de Marc-André Fleury

Dans le détail

Une cohésion à développer ?

Les spectateurs réunis au Centre Bell en ont eu pour leur argent, particulièrement en prolongation. Dans le camp montréalais, Max Domi et Ilya Kovalchuk ont passé la moitié de la période ensemble sur la patinoire, à multiplier les jeux spectaculaires. À eux deux, ils ont obtenu trois des sept tirs du CH pendant la prolongation, dont deux très bonnes occasions. Les deux comparses n’avaient pas produit de résultats très concluants lors des quelques périodes pendant lesquelles ils ont été jumelés, à cinq contre cinq. Mais Domi aimerait visiblement avoir une nouvelle chance avec le Russe, si on se fie à la réponse de 25 secondes qu’il a donnée à son sujet après le match (voir onglet précédent).

À la hauteur de sa réputation

Le quatrième trio des Golden Knights est au cœur de l’identité de cette équipe lourde et on a vu pourquoi. William Carrier, Nicolas Roy et Ryan Reaves ont passé la soirée à frapper tout ce qui bougeait. Les trois colosses ont conclu la soirée avec 19 mises en échec, dont 9 de Reaves. Ce dernier en a d’ailleurs distribué une bonne à Ryan Poehling, qui était un véritable paratonnerre samedi. Carrier, lui, s’en est offert une contre Ben Chiarot, qui n’a pas l’habitude de se faire bousculer de la sorte. Bref, c’est le genre de trio qui, on le devine, peut user des adversaires pendant une série de sept matchs. Il faudra cependant resserrer le jeu défensif, puisque c’est cette unité qui était sur la patinoire pour les deux buts de Nick Cousins.

Drôle d’utilisation

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Shea Weber

Une donnée plutôt incongrue ressortait des statistiques du match. Shea Weber a terminé la soirée avec un temps d’utilisation de 20 min 9 s Le capitaine du Tricolore joue en moyenne 24 minutes cette saison, et ce chiffre est parfois plus haut quand le match se joue en 65 minutes, comme celui de samedi. Encore plus troublant : Weber est rentré au banc en troisième période avec 2 min 5 s à jouer, avec le CH en avance 4-2. C’était 4-4 quand il est revenu sur la patinoire, avec 8 secondes à écouler, une situation d’autant plus incompréhensible que Vegas a pris un temps d’arrêt avec 45 secondes à jouer, alors que c’était 4-3. En prolongation, il n’a fait qu’une seule présence de 22 secondes. Weber s’est présenté devant les médias après le match et ne semblait pas blessé. Il faudra néanmoins suivre de près l’utilisation de Weber après la semaine de relâche.