RDS, TSN et CBS diffuseront un nouveau produit en 2021 : du hockey 3 contre 3.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Calibre professionnel. Pleine glace. Deux périodes de huit minutes en temps continu. Aucune supériorité numérique, juste des tirs de punition. « Pas de longues interruptions ni d’arrêts de jeu pour les analyses. Uniquement de l’action pure », promet le cofondateur de la ligue 3ICE, Craig Patrick, un ancien entraîneur-chef des Penguins de Pittsburgh.

Vous êtes sceptiques ?

Moi aussi.

J’apprécie le 3 contre 3… à petites doses. C’est comme la barbe à papa. Une fois toutes les trois semaines, c’est bon. Trois fois par semaine ? Indigeste.

Maintenant, je sais que je devrai m’y faire. Car à long terme, la réduction du nombre de hockeyeurs sur une patinoire me semble inévitable. Pour plusieurs raisons.

PHOTO CHARLES LECLAIRE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

À compter de 2021, une ligue compétitive de hockey 3 contre 3 verra le jour en Amérique du Nord. Dans le nouveau circuit, qui présentera 16 matchs, chaque club embauchera seulement six patineurs et un gardien.

1. La qualité du spectacle

C’est l’argument de vente de la nouvelle ligue. Du hockey plus rapide, plus créatif, plus spectaculaire. Peut-être. Mais je ne pense pas que la LNH ait un problème avec ce volet. Le style de jeu est plus intéressant aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans.

2. La réduction des coûts

Un meilleur argument. Exploiter une équipe de hockey, ça coûte très cher. Surtout à partir du junior majeur, alors que les voyages se multiplient. Dans le nouveau circuit, chaque club embauchera seulement six patineurs et un gardien. Imaginez l’impact sur la masse salariale. Bien sûr, l’Association des joueurs de la LNH n’acceptera jamais une telle concession. Mais c’est un obstacle que n’auront pas les créateurs de futures ligues comme la 3ICE.

3. La sécurité des joueurs

Probablement LA raison qui forcera un changement. Le jour approche où la patinoire classique (61 m x 26 m) sera trop petite. Pensez-y : les dimensions sont les mêmes depuis 100 ans. À l’époque, George Vézina mesurait 168 cm. Aurèle Joliat : 170 cm. Howie Morenz et Newsy Lalonde : 175 cm.

Aujourd’hui, un joueur de la LNH mesure en moyenne 186 cm et pèse 90 kg. Il y a aussi trois officiels de plus sur la glace. Conséquence inévitable : les collisions et les blessures sont plus fréquentes. Une étude canadienne réalisée en 2014 démontrait que les blessures coûtaient 218 millions par saison aux propriétaires d’équipes de la LNH. Selon une autre recherche, celle-là de l’hôpital St. Michael’s à Toronto, 44 % des blessures à la tête subies par des jeunes athlètes canadiens dans des sports d’équipe (entre 1990 et 2009) étaient dues au hockey.

C’est un enjeu qui ne pourra pas être ignoré encore longtemps. La réduction du nombre de patineurs est l’une des solutions possibles pour réduire le nombre de hockeyeurs blessés.

À 3 contre 3, les mises en échec sont rares. Seulement 95 en 174 prolongations, cette saison, dans la LNH. Soit environ une tous les deux matchs.

Évidemment, à 3 contre 3, le jeu est différent. Plus axé sur l’offensive. Les pointages seraient plus élevés. Les records tomberaient. Encore là, ça s’arrange. Les parties pourraient être écourtées. C’est ce que fera la Ligue 3ICE avec ses matchs de 16 minutes. Ça me semble trop court. Mais imaginez un circuit de 4 contre 4, avec des reportages télévisés de 90 minutes plutôt que de 180.

Ce serait dans l’air du temps.

Le cricket peut maintenant se jouer en deux heures. Le baseball majeur cherche à réduire la durée de ses parties. La XFL – une nouvelle ligue de football américain – y parviendra en n’arrêtant pas le chronomètre avant les deux dernières minutes. La tendance est là pour de bon – et le hockey n’y échappera pas.

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Vous croyez toujours que le 3 contre 3 est une hérésie ? De l’anti-hockey ?

Vous avez peut-être raison.

Sachez toutefois que plusieurs sports ont modifié leurs règles afin de réduire le nombre de joueurs sur le terrain. Et que parmi ces sports, on retrouve… le hockey !

Le premier match officiel, en 1875, mettait aux prises deux équipes de neuf patineurs et un gardien. En 1880, on a enlevé trois joueurs de chaque côté. Le hockey s’est ensuite joué à 6 contre 6 pendant 30 ans. Notamment pendant la saison inaugurale du Canadien. Ce n’est qu’à partir de 1911 que le format à 5 contre 5 s’est établi.

Parmi les autres sports dont le nombre de joueurs varie, on retrouve : 

• Le volleyball. À 6 contre 6 en gymnase. À 2 contre 2 à l’extérieur. Les deux formats sont présentés aux Jeux olympiques. Le volleyball de plage fut d’ailleurs l’un des sports les plus regardés à la télévision américaine lors des trois derniers Jeux.

• Le basketball. À 5 contre 5 dans les ligues professionnelles, dont la NBA. À 3 contre 3 dans la rue. On retrouvera les deux formats l’été prochain aux Jeux de Tokyo.

• Le rugby. À 15 contre 15 dans sa version professionnelle. À 7 contre 7 aux Jeux olympiques.

• La crosse : À 9 contre 9 au champ. À 5 contre 5 à l’intérieur.

• Le football : À 11 contre 11 aux États-Unis. À 12 contre 12 dans la version canadienne.

L’idée de jouer au hockey à 3 contre 3 à un niveau compétitif n’est donc pas si farfelue. Je vois même les deux sports, le hockey à 3 contre 3 et le hockey tel qu’on le connaît, se développer en parallèle. La Fédération internationale de hockey a d’ailleurs testé le format allégé cette semaine aux Jeux olympiques de la jeunesse, à Lausanne, en Suisse. Plus de 200 athlètes de 43 pays ont participé à la compétition. Pariez sur une multiplication de ce type d’évènements au cours des prochaines années. Et sur une hausse importante de la popularité du 3 contre 3.

Que vous aimiez ça... Ou non.