Le Moose du Manitoba accueillera le Rocket de Laval samedi et dimanche. On retrouvera dans la formation du Moose l’ancien du Canadien Ryan White, qui poursuit sa carrière dans la Ligue américaine depuis trois saisons. La Presse s’est entretenue avec lui.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Ryan White était une recrue de 20 ans avec les Bulldogs de Hamilton. Il découvrait le hockey professionnel dans la Ligue américaine, contre d’autres jeunes qui tentaient de faire leur place, mais aussi contre des joueurs dans la fin de la vingtaine, pas tout à fait assez forts pour la LNH.

Mais quand les Bulldogs affrontaient le Moose du Manitoba, il y avait un joueur qui attirait l’attention de White : Mike Keane.

« Je le voyais bloquer des tirs et je me disais : “Qu’est-ce que ce gars de 41 ou 42 ans, qui a gagné trois Coupes Stanley, fait là à bloquer des tirs ?” Ça me frappait ! »

Aujourd’hui, les deux Manitobains sont réunis. Keane a arrêté de jouer en 2010 et travaille au développement des joueurs chez les Jets de Winnipeg, tandis que White défend les couleurs du Moose, aujourd’hui le club-école des Jets. « J’ai patiné avec lui quand j’étais suspendu. Il marque des buts et les célèbre encore comme un jeune ! », raconte White.

Mais surtout, White se retrouve en quelque sorte dans le rôle que Keane occupait jadis. White n’a peut-être que 31 ans, mais ses jours dans la LNH sont manifestement comptés. L’ancien du Canadien est donc rentré à la maison pour vivre de son amour du hockey, tout en encadrant les jeunes de l’organisation. Le voici à sa deuxième saison avec le Moose, avec en poche un simple contrat de la Ligue américaine.

Les erreurs du passé

Émile Poirier se souvient bien de White. « Je viens de Montréal, donc je l’ai vu jouer avec le Canadien, s’exclame l’attaquant du Moose. Il est comme notre grand frère. C’est à lui qu’on parle. Et c’est le fun pour lui, car c’est un gars d’ici qui connaît bien l’organisation. »

C’est aussi un bon coup de pouce pour un entraîneur-chef.

Quand on fait des tests sociométriques, on voit que les gens s’attachent à lui, gravitent autour de lui. Il a du temps pour tout le monde.

Pascal Vincent, entraîneur-chef du Moose du Manitoba

« Il sera le premier à admettre qu’il a fait des erreurs au début de sa carrière professionnelle. Il a beaucoup appris de ça et il est très humble. Ses erreurs, il est capable de les partager et d’aider nos jeunes joueurs à ne pas les commettre », poursuit Vincent.

PHOTO JONATHAN KOZUB, FOURNIE PAR LE MOOSE DU MANITOBA

Âgé de 31 ans, Ryan White (au centre) joue en quelque sorte le rôle de grand frère au sein du club-école des Jets de Winnipeg.

De quel genre d’erreurs parle-t-on ?

« J’en ai fait beaucoup ! avoue White. J’étais jeune, j’arrivais à Montréal, tout allait vite. Les gens ne comprennent pas tout ce qui se passe dans ta tête à cet âge-là. J’aurais pu arriver en meilleure forme au camp à quelques reprises. Mais ce n’était pas toujours de grosses erreurs. Ça pouvait être des mauvaises punitions, un couvre-feu manqué, un retard à l’aréna. »

Comment oublier Michel Therrien qui avait perdu patience envers lui après une défaite à Buffalo en 2013 ? « Ça fait trois fois que ça arrive. La première fois, j’ai discuté avec. La deuxième fois, on lui a envoyé un message. La troisième fois… il ferait mieux de comprendre ! », avait lancé l’ancien entraîneur-chef.

« J’ai appris de mes erreurs, et j’ai été assez chanceux pour m’en tirer sans que ça me fasse trop mal. Mais je veux éviter à nos jeunes de faire les mêmes erreurs. C’est une chose de les faire dans le junior, mais ça doit changer si tu veux connaître une longue carrière professionnelle. Depuis cinq ou six ans, c’est l’inverse, j’essaie d’être un des gars les plus en forme, je mange bien, je dors bien. »

White a lui-même été encadré par de tels vétérans à Hamilton comme Alex Henry, le capitaine à l’époque. « Marc Denis, pendant une saison. Je sais que c’est un gardien, mais j’apprenais des choses de lui aussi. Mike Glumac, Jimmy Bonneau, Eric Nielson… Ils étaient plus vieux et faisaient la sale besogne pour moi quand j’étais jeune ! »

Serein dans la situation

Repêché au troisième tour par le Canadien en 2006, Ryan White a disputé 313 matchs dans la Ligue nationale, dont 141 avec le Tricolore. Ça lui a permis d’engranger, selon CapFriendly, 4,8 millions de dollars en salaire avec ses contrats de la LNH. Éternel joueur de quatrième trio, il avait néanmoins réussi à s’accrocher à la LNH de 2010-2011 à 2016-2017, ne jouant que 15 matchs dans la Ligue américaine en tout au cours de ces saisons.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Repêché au troisième tour par le Canadien en 2006, Ryan White a disputé 313 matchs dans la Ligue nationale, dont 141 avec le Tricolore.

Difficile, dans les circonstances, de revenir aux voyages en autocar, aux foules parfois maigres et aux buffets souvent tièdes des ligues mineures ? Ce l’était en 2017-2018, première saison qu’il a passée entièrement dans la LAH.

« Je voulais remonter, je ne pensais qu’à ça, à tout ce qui se passait au quotidien, et ça me dérangeait, admet-il. Maintenant, c’est un autre rôle. Au fond de moi, une partie veut retourner en LNH, je veux mériter mon poste. Mais je suis choyé de jouer encore, dans une ville où je suis heureux. Je suis à deux heures de la maison [il vient de Brandon]. C’est facile pour mes proches de venir me voir jouer. Et quand on est sur la route, ma femme a facilement de l’aide à la maison. »

Cette saison, White a été limité à 10 matchs, en raison d’une blessure et d’une suspension. Il ne compte que deux points, mais se sent néanmoins important au sein du groupe.

« Les entraîneurs me donnent beaucoup de responsabilités. Je n’ai jamais joué un aussi gros rôle dans une équipe. Pascal en fait beaucoup pour m’impliquer à l’aréna et sur la route avec les jeunes », assure-t-il.

Poirier en est à sa sixième saison dans la Ligue américaine et, à ses yeux, l’importance de tels joueurs ne fait aucun doute.

« Dans la Ligue américaine, ça te prend un gars comme ça dans chaque équipe, affirme Poirier. Partout où j’ai joué, il y en a toujours eu un. Ici, c’est lui. Il prend son rôle à cœur. Il sait où il en est dans sa carrière, il sait qu’il n’aura peut-être plus sa chance en haut, mais il est ici et il veut vraiment aider les jeunes. »