(Montréal) Même si les astres semblaient alignés contre elle, Équipe Canada a fait preuve de caractère et a remporté le Championnat du monde de hockey junior en janvier dernier.

Alexis Bélanger-Champagne
La Presse Canadienne

C’est ce qui lui a valu le prix de l’équipe de l’année au Canada, remis par La Presse Canadienne.

Au cours de son parcours à Ostrava, en République tchèque, l’édition 2020 d’Équipe Canada junior a fait fi de la blessure à l’étoile Alexis Lafrenière, de la suspension à l’attaquant Joe Veleno et de la controverse entourant son capitaine Barrett Hayton.

Elle a ensuite capté l’imaginaire des amateurs à travers le pays en comblant un déficit de 3-1 tard en troisième période avant de vaincre la Russie 4-3 en finale pour mettre la main sur l’or pour une 18e fois au Mondial junior.

« Ce que je vais retenir de cette équipe-là, c’est la façon qu’elle a réagi dans l’adversité », a dit André Tourigny, qui était l’un des adjoints de l’entraîneur-chef Dale Hunter.

« Rien n’a ébranlé notre équipe », a-t-il insisté.

Lors du scrutin organisé auprès des commentateurs et des responsables des sections sportives des médias à travers le pays, elle a reçu 26 des 68 votes (38,2 %).

Les équipes canadiennes olympique et paralympique, qui ont fait une croix sur une participation aux Jeux de Tokyo en 2020 avant même que le CIO annonce le report de l’évènement en 2021, ont terminé au deuxième rang de scrutin avec 14 votes (20,6 %), tandis que les Raptors de Toronto ont suivi au troisième rang avec 13 votes (19,2 %).

C’est la sixième fois qu’Équipe Canada junior reçoit cet honneur, et la première fois depuis 2009.

Un moment inoubliable

Le Canada accusait un retard de 3-1 avec 11 minutes à faire en finale, le 5 janvier dernier, quand un tir a dévié sur Connor McMichael avant de faire bouger les cordages, ce qui réduisait l’écart à un seul but. Hayton, qui s’était luxé une épaule lors des demi-finales, a créé l’égalité en avantage numérique un peu plus tard grâce à un boulet de canon.

La table était mise pour Akil Thomas — un attaquant peu utilisé pendant le tournoi. Il a joué les héros en s’échappant derrière la défensive russe et en récupérant une rondelle libre du bout du bâton avant de marquer du revers avec 3 : 57 à faire en temps réglementaire.

Frustrés, les Russes ont écopé deux punitions en fin de rencontre et le Canada a réussi à écouler les dernières secondes au cadran, permettant aux nombreux partisans canadiens dans les gradins de faire la fête.

« C’est comme si tout ce qui s’était produit avait été écrit d’avance, a raconté Thomas près de 12 mois plus tard. Comment écrire une meilleure histoire ? C’était comme dans un film et c’est ce que nous avons vécu. C’était fou. J’en ressens encore les émotions. »

Le parcours du Canada avait bien commencé avec une victoire de 6-4 face aux États-Unis en début du tour préliminaire. Cependant, il avait enchaîné avec un revers de 6-0 contre la Russie — le plus cuisant revers du Canada au Mondial junior — au cours duquel Lafrenière avait semblé subir une grave blessure à un genou.

Question de tourner le fer dans la plaie, Veleno avait ensuite été suspendu pour un coup de tête et Hayton s’était retrouvé dans l’eau chaude puisqu’il n’avait pas retiré son casque pendant l’interprétation de l’hymne national russe après le match.

Certaines équipes ne se seraient jamais remises d’une telle défaite dans un tournoi aussi court. Mais pas ce groupe-ci.

« Il s’est produit beaucoup de choses, des choses pas faciles, a dit Mark Hunter, le frère cadet de Dale et le directeur général de l’équipe canadienne. Ça ne les a pas dérangés. Ils ont simplement continué à jouer. »

Lafrenière a raté deux matchs en raison de cette blessure et a finalement été élu le joueur par excellence du tournoi après avoir amassé 10 points en cinq matchs. Il a aussi agi en meneur et n’a pas hésité à sacrifier son corps en s’impliquant physiquement.

Avec le recul, les joueurs canadiens croient que l’horrible performance contre la Russie en début de tournoi a servi de claque au visage nécessaire pour la suite de choses.

« Ça nous a servi de motivation, a mentionné le défenseur Bowen Byram. Vous voulez éviter ces situations, mais quand elles se produisent, vous devez vous assurer d’en tirer des leçons. »

McMichael insiste pour dire que si certains partisans au Canada étaient inquiets, la confiance au sein du groupe n’a jamais été ébranlée.

« Vous savez que vous allez faire face à de l’adversité, a noté McMichael. Mais vous ne savez pas quelle forme ça prendra tant que vous ne la vivez pas.

« Nous avons fait face à beaucoup d’adversité. »

Et c’est ce qui a rendu le triomphe d’Équipe Canada junior encore plus mémorable.