Il n’y a pas que dans le magazine Les Débrouillards qu’on apprend en s’amusant. Ne lésinant sur aucun effort dans sa recherche de sens et de vérité, La Presse s’est intéressée à tous les joueurs qui ont terminé au 10e rang des marqueurs du Canadien depuis 100 ans. Constats et discussions, en 10 temps.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

1. À la recherche du joueur moyen

Le 10e marqueur d’une équipe, c’est en quelque sorte l’indicateur de son joueur moyen. S’il s’agit d’un attaquant, il évoluera vraisemblablement sur un troisième trio, parfois sur un deuxième. Si c’est un défenseur, il sera plus prolifique. Au cours de la dernière saison, c’est Nick Cousins qui a été le 10e joueur du Canadien, succédant à Paul Byron et à un doublé d’Artturi Lehkonen. Ce dernier semble par ailleurs avoir trouvé sa niche à ce rang : en quatre saisons complètes, il a été successivement 10e, 10e, 11e et 9e pointeur de son équipe. Quelle époque incroyable, tout de même !

2. Le meilleur moyen…

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Réjean Houle glisse la rondelle sous le gardien Eddie Mio des Rangers de New York le 12 janvier 1981.

Après avoir passé sa carrière dans l’ombre de supervedettes, Réjean Houle hérite de notre titre de meilleur joueur moyen de l’histoire du Tricolore. C’est lui qui, en 1976-1977, a signé la meilleure performance pour un joueur de 10e rang, avec 52 points en 65 matchs. Les mauvaises langues diront que n’importe qui aurait connu du succès avec cette mouture du Canadien, considérée comme la plus dominante du hockey moderne. Qu’à cela ne tienne, le sympathique Réjean a remis ça en 1981-1982 avec la meilleure performance de notre palmarès sur le plan des points par match — 0,84, l’équivalent d’une récolte de 68 points s’il avait disputé les 80 matchs de son club.

3. … et le pire

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Billy Bell

Billy Bell, en 1922-1923, revendique la mention peu enviable du pire 10e joueur de l’histoire du Canadien. Il a été blanchi en 19 rencontres. Par contre, il faut savoir qu’avant 1929, les équipes de la LNH ne pouvaient « habiller » que de 8 à 12 joueurs par rencontre. Conséquemment, Bell a terminé au 10e rang… sur 10 joueurs ! Une performance pire que la saison précédente, alors qu’il avait aussi fini 10e, mais sur 12 patineurs.

4. Montagnes russes

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE


Phil Roberto du Canadien tente un jeu au filet contre les Flyers de Philadelphie en février 1971.

Sans surprise, le nombre de points inscrits par nos représentants du 10e rang fluctue selon les époques. Pour obtenir un comparatif équitable, nous avons reporté toutes les performances sur une saison de 82 matchs. Ainsi, on retrouve une moyenne de 37 points de 1995 à 2020 (constante avant et après le lock-out de 2004-2005), soit à peine plus que les 35 de l’époque des « six clubs » de 1942 à 1967. Cette valeur est nettement plus élevée (44) après l’expansion de 1967 et atteint son sommet, à 49 points, dans la foulée de l’intégration de l’Association mondiale de 1979, à une époque où le jeu défensif était, comme on le sait, optionnel.

5. Rapides et dangereux

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Michael Ryder (73) marque un but contre Ondrej Pavelec, des Jets de Winnipeg, à la première période le 4 avril 2013.

Deux joueurs de l’histoire récente du Canadien se sont démarqués parmi les dixièmes les plus efficaces en matière de points par match. Pensons par exemple à Benoit Pouliot, dont les 24 points en 39 matchs (0,62/rencontre) en 2009-2010 ont représenté ses meilleurs moments à Montréal. C’est toutefois Michael Ryder qui reçoit l’écusson de l’efficacité — si l’on exclut le maître Réjean Houle, évidemment. Au cours du calendrier écourté de la saison 2012-2013, il n’a disputé que 27 matchs après son arrivée de Dallas, mais en a eu assez pour inscrire 21 points (0,78/match), l’un des rythmes les plus soutenus parmi la formation du moment.

6. Les justiciers

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Doug Risebrough se débat avec Ed Kea, des Blues de St. Louis, durant un match le 18 février 1982.

Les bagarreurs ont historiquement figuré parmi les derniers marqueurs de leur équipe. Quelques exceptions surgissent pourtant de notre compilation. En 1974-1975, Doug Risebrough a trouvé le moyen de récolter 47 points, en 10e place chez le Canadien, tout en passant 198 minutes au banc des pénalités. Comme nous sommes au cœur des années 1970, Risebrough a été devancé par cinq justiciers, dont Dave Schultz et ses 472 minutes de pénalité, un record encore actif aujourd’hui. Mentions honorables, dans notre palmarès, à John Ferguson (30 points et 162 minutes en 1970-1971) ainsi qu’à Jean-Guy Talbot (31 points et 143 minutes en 1960-1961).

7. Les Québécois

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Guillaume Latendresse se fait bloquer un tir par le gardien Ondrej Pavelec, des Thrashers d’Atlanta, durant un match le 3 novembre 2009 au Centre Bell.

Alerte à la controverse : alors que le déclin de la présence des Québécois chez le Canadien est décrié depuis presque 30 ans, les représentants de la Belle Province sont étrangement surreprésentés dans notre classement dans la fourchette 2003-2015. Sur un échantillon de 11 saisons, un Québécois a terminé en 10e place des pointeurs du CH à six reprises : Pierre Dagenais, Guillaume Latendresse (deux fois), Mathieu Darche, Daniel Brière et Pierre-Alexandre Parenteau. En élargissant le cadre, on pourrait même inviter un 7e candidat en Benoit Pouliot, un Franco-Ontarien. Il n’y a pas de conclusion particulière à en tirer, mais pourquoi ne pas en faire un débat déchaîné avec la parenté pendant les Fêtes ?

8. Pas qu’à la maison

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Gordie Howe s’accroche à Rod Langway le 28 mars 1980.

Aux yeux de plusieurs observateurs, Rod Langway est le meilleur défenseur défensif de l’histoire de la LNH. « La quintessence du stay-at-home » — expression nichée sans traduction littérale —, écrivait même en 2002 le Washington Post, alors que Langway s’apprêtait à être intronisé au Temple de la renommée. Il a pourtant trouvé le moyen d’inscrire un sommet personnel de 45 points en 1980-1981 chez le Canadien, au 10e rang des marqueurs du club. Il a toutefois été fidèle à sa signature, car son différentiel de +52 est l’un des meilleurs de notre classement.

9. Les habitués

PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Dernier match de la série finale de la Coupe Stanley 1977-1978 entre le Canadien et les Bruins au Boston Garden. Pierre Mondou, Mario Tremblay, Serge Savard, Gilles Lupien, Larry Robinson, Yvan Cournoyer, Guy Lapointe et Jacques Lemaire festoient le 25 mai 1978.

Selon notre compilation, depuis 1917-1918, seulement trois joueurs ont terminé trois fois au 10e rang des marqueurs du Canadien : Glen Harmon, Serge Savard et Mathieu Schneider. Ceux-ci se ressemblent curieusement. Il s’agit de trois défenseurs, tous doués offensivement, mais membres d’une brigade dont ils n’étaient pas la figure de proue. Savard a fait partie du célèbre « Big Three », dont Larry Robinson et Guy Lapointe étaient les deux principaux moteurs offensifs. Schneider a cohabité avec Chris Chelios, Éric Desjardins et Petr Svoboda, qui ont tous connu de longues carrières dans le circuit. Quant à Harmon, qui a joué de 1942 à 1951, il évoluait derrière Émile Bouchard et Ken Reardon, deux futurs membres du Temple de la renommée.

10. Le prochain

PHOTO JOHN E. SOKOLOWSKI, USA TODAY SPORTS

Jesperi Kotkaniemi devant le filet de Carter Hart au quatrième match de la série contre les Flyers de Philadelphie le 18 août dernier au Scotiabank Arena de Toronto

En terminant, LA question que tout le Québec se pose : qui sera le 10e marqueur du Canadien au cours de la saison 2020-2021 ? Artturi Lehkonen apparaît comme un candidat de choix, mais le magazine The Hockey News s’est permis une projection plus audacieuse en désignant Jesperi Kotkaniemi, à qui l’on promet une récolte de 34 points. On peut déjà redouter une déception des partisans si cela s’avérait, puisque les dernières séries éliminatoires ont fait exploser l’enthousiasme à l’égard du Finlandais. La réaction serait sans doute plus feutrée que si une autre prédiction du magazine se concrétisait, à savoir le 9e rang de Josh Anderson, avec seulement 35 points. Du bonbon pour un hiver chargé dans les tribunes téléphoniques de la province.