À la veille du Championnat du monde junior, il ne faudra jamais oublier celui de 2019 afin de toujours garder les choses en perspective.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Ryan Poehling avait été fumant. Le premier choix du Canadien en 2017 a terminé au troisième rang des compteurs du tournoi avec cinq buts et trois mentions d’aide. Les États-Unis ont remporté la médaille d’argent, et Poehling a été nommé joueur par excellence du tournoi.

L’autre espoir du Canadien au centre, Nick Suzuki, avait été plus discret. L’entraîneur-chef Tim Hunter l’avait muté à l’aile droite, car Suzuki n’avait pas été en mesure de déloger Morgan Frost et Cody Glass.

Suzuki a amassé trois mentions d’aide en cinq matchs dans ce championnat. Deux contre le Danemark et la République tchèque dans d’écrasantes victoires, et une contre la Suisse. Il a été blanchi dans les deux dernières rencontres.

Si on avait demandé au commun des mortels quelques mois plus tard lequel des deux devrait être échangé pour obtenir un joueur de location de premier plan – un Matt Duchene, par exemple –, la grande majorité, sinon la totalité, aurait opté pour Suzuki.

Deux ans plus tard, Suzuki est désormais aux yeux de plusieurs le premier centre du Canadien. Après une saison de 41 points en 71 matchs, il a terminé au premier rang des compteurs de l’équipe en séries éliminatoires avec 7 points en 10 matchs et un temps d’utilisation de plus de 19 minutes par match.

Suzuki a marqué deux buts lors du dernier match contre les Flyers de Philadelphie et joué 21 minutes. Il devrait entamer la saison au centre de Jonathan Drouin et de Josh Anderson, ou Tyler Toffoli.

Poehling a connu une saison difficile. Il a disputé 36 matchs avec le Rocket de Laval et 27 à Montréal, la plupart à l’aile gauche. Il est le seul attaquant du Canadien présent dans la bulle à Toronto à n’avoir disputé aucun match. Pour plusieurs, il lui sera difficile de déloger l’un des 12 premiers attaquants de l’équipe en début de saison, dont Jake Evans.

L’exercice ne tend pas à prouver la nullité du Championnat du monde junior dans l’évaluation des espoirs, mais à mieux définir cet outil d’analyse.

Le Championnat du monde junior permet surtout de confirmer certaines observations ou de peaufiner l’analyse sur le joueur en plaçant ses performances dans un contexte plus large.

Poehling constituait un solide centre à St. Cloud State, dans la NCAA, mais pas un gros producteur de points. Il a obtenu 13 points en 35 matchs à sa première saison là-bas, et 31 points dans chacune de ses deux saisons suivantes. Au Championnat du monde des moins de 18 ans, deux ans plus tôt, il avait obtenu cinq points en sept matchs, au neuvième rang des compteurs de la formation américaine.

Sa performance au Championnat du monde junior de 2019 constituait donc une anomalie et a contribué à gonfler les attentes. Poehling demeure un jeune centre de qualité, mais pas un centre offensif de premier plan. Marc Bergevin et le Canadien l’ont toujours vu ainsi.

Suzuki, lui, était considéré depuis des années comme un centre doué offensivement. Il a amassé 96 points, dont 45 buts, en 65 matchs, à sa deuxième saison dans les rangs juniors, à son année de repêchage, et 100 points en 64 matchs la saison suivante. Le jeune homme a d’ailleurs été repêché 12 rangs avant Poehling en 2017 – au 13e rang par les Golden Knights de Vegas.

La contre-performance de Suzuki au Championnat du monde junior constituait donc l’anomalie. Elle pouvait s’expliquer par une mauvaise utilisation de la part de l’entraîneur-chef Tim Hunter, un contexte défavorable, une blessure, etc.

Il y a une quinzaine d’années, le premier choix du Canadien en 2004, Kyle Chipchura, avait lui aussi connu un bon tournoi. Capitaine de l’équipe canadienne, quatre buts en six matchs, certains voyaient en lui un successeur à Saku Koivu. Pourtant, en 155 matchs dans les rangs juniors avant ce tournoi, Chipchura totalisait seulement 110 points. La suite a confirmé cet état de choses.

Cole Caufield sera l’un des trois représentants du Canadien au Championnat du monde junior cette année, avec le défenseur Kaiden Guhle, l’un des deux joueurs de 18 ans de l’équipe canadienne, et l’attaquant tchèque Jan Mysak.

PHOTO RENA LAVERTY, USA HOCKEY

Cole Caufield

Le premier choix du Canadien en 2019 a produit partout où il a joué… sauf au Championnat du monde junior l’an dernier. Il a amassé 18 points, dont 14 buts, en 7 matchs au Championnat du monde des moins de 18 ans en 2019 ; 100 points, dont 72 buts, en 64 matchs avec le programme de développement américain ; 36 points, dont 19 buts, en 36 matchs à sa première année à Wisconsin et 12 points en 10 matchs depuis le début de la saison dans la NCAA avec ces mêmes Badgers, malgré l’absence de centres de qualité pour l’appuyer.

Après avoir obtenu seulement deux points en cinq matchs l’an dernier, dans un rôle secondaire où il n’était même pas utilisé en première vague de supériorité numérique, une grande performance cette année avec l’équipe américaine pourrait confirmer encore davantage l’immense talent du jeune homme.

Le cas d'Alexander Romanov est intéressant. À son premier Championnat du monde junior, ce choix de deuxième tour du Canadien en 2018 a été élu défenseur par excellence avec huit points en sept matchs.

Il était difficile alors de s’en faire une idée encore précise puisque les outils d’analyse étaient minces, à part le fait qu’il avait réussi à obtenir un poste avec le CSKA Moscou à l’âge de 18 ans. Mais son temps d’utilisation y était fort limité. Et à chaque menace de départ pour l’Amérique, on le clouait davantage au banc.

Romanov a toutefois répété son exploit l’année suivante avec six points en sept matchs avec la formation junior russe et obtenu une place au sein de l’équipe d’étoiles du tournoi pour la deuxième année de suite.

Depuis 1985, seulement quatre autres joueurs ont obtenu cet honneur deux fois : Filip Forsberg, Evgeni Kuznetsov, Dion Phaneuf et Jeff Carter.

Si on ajoute à ces deux performances sa tenue l’été dernier avec l’équipe lors des entraînements dans la bulle de Toronto, vantée à outrance par le personnel d’entraîneurs, un fait rare, et la confirmation de son poste dans la formation par les coachs, un fait encore plus rare, ses perspectives de réussite sont de plus en plus grandes.

À LIRE

Le hockey a perdu l’un de ses grands bâtisseurs ce week-end. Pierre Lacroix, ancien DG de l’Avalanche, emporté par la COVID-19, a contribué à la conquête de deux Coupes Stanley par les anciens Nordiques, déménagés au Colorado. Alexandre Pratt nous rappelle ses grandes forces.