L’équipe de la Suisse vient d’écarter trois joueurs de sa formation après qu’un cas positif de COVID-19 a été révélé. La formation allemande en a retranché trois pour les mêmes raisons, un de moins que la Suède, qui devra en outre se passer de son entraîneur-chef et de deux de ses adjoints.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

À deux semaines de l’ouverture officielle du Championnat mondial de hockey junior, qui aura lieu à Edmonton, en Alberta, les nouvelles ne sont pas encourageantes pour plusieurs équipes censées y participer. On pourrait ajouter à la liste les États-Unis, qui viennent de remplacer trois de leurs représentants, ainsi que le Canada, qui a retranché cinq joueurs au début de la semaine après 14 jours de quarantaine.

Inévitablement, des questions émergent. Le tournoi pourra-t-il avoir lieu ? Et s’il s’amorce, sera-t-il disputé en entier ?

Jusqu’à preuve du contraire, Hockey Canada, principal organisateur, garde le cap.

Son vice-président Dean McIntosh, grand manitou de la logistique du tournoi, n’a pas été en mesure de répondre à nos questions. On nous a toutefois orienté vers son intervention dans une visioconférence, le 26 novembre dernier.

À la question « est-il prudent d’aller de l’avant avec le tournoi ? », M. McIntosh avait répondu par l’affirmative et fait valoir que l’évènement serait tenu dans une « bulle » fermée au public.

Chaque membre des 10 délégations – y compris le Canada – est tenu de s’isoler depuis dimanche dernier. D’ici à dimanche prochain, jour de déplacement vers la capitale de l’Alberta, chacun d’entre eux devra aussi avoir présenté trois tests négatifs.

À destination, tous les participants, désormais testés quotidiennement, seront confinés dans leur chambre d’hôtel pendant cinq jours avant que les entraînements reprennent. Des matchs hors concours auront lieu à compter du 21 décembre, et le tournoi se mettra en branle pour de bon le jour de Noël.

« Nous avons bon espoir de tenir un évènement sûr », a encore dit M. McIntosh au cours de cette intervention… qui date de deux semaines, rappelons-le.

Le fait est que, depuis, la prolifération des cas de COVID-19 s’est sérieusement accélérée en Alberta, tout particulièrement à Edmonton.

Au cours des sept derniers jours, la province a recensé plus de 12 000 nouveaux cas, un bilan seulement dépassé par celui de l’Ontario, pourtant trois fois plus populeux.

Avec plus de 2000 cas par tranche de 100 000 habitants, la ville d’Edmonton est en outre devenue l’un des plus importants foyers infectieux parmi les grandes villes du pays. Le gouvernement albertain a d’ailleurs annoncé, en début de semaine, un important resserrement des restrictions imposées à la population – notamment la fermeture des gymnases et des arénas.

La maison des fous

Une question en apparence simple s’est révélée drôlement compliquée, au cours des derniers jours : à qui reviendrait la décision hypothétique d’annuler le tournoi si la situation sanitaire continuait d’empirer ?

Dans une entrevue à Radio-Canada publiée lundi, René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace, a d’abord affirmé qu’il serait « de la compétence des autorités sanitaires de dire, oui ou non, si on peut jouer le tournoi ».

Au ministère de la Santé de l’Alberta, on nous a indiqué que la responsabilité d’une telle décision était partagée avec le gouvernement fédéral et Hockey Canada.

Le Ministère, qui a conçu les protocoles sanitaires à respecter, a le dernier mot à la lumière de la situation de santé publique « dans le contexte local de la maladie et de son environnement », nous a-t-on expliqué par courriel, ajoutant que Hockey Canada pouvait, pour sa part, interrompre ou annuler le tournoi à n’importe quel moment.

Le gouvernement du Canada, quant à lui, a un rôle périphérique. Patrimoine canadien assure la liaison entre les organismes sportifs nationaux et les autorités locales (ici : l’Alberta) « afin de déterminer quels ressortissants étrangers peuvent être autorisés à entrer au Canada afin de participer à un évènement international unisport », nous a-t-on écrit. L’Agence de la santé publique du Canada, elle, « évalue le plan des mesures d’atténuation des risques d’un organisme national de sport selon les critères de santé publique ».

À Hockey Canada, on rétorque que le droit de vie ou de mort du tournoi revient à… la Fédération internationale. On donne l’exemple du Championnat du monde de hockey féminin qui devait se tenir en Nouvelle-Écosse le printemps dernier. La province a suggéré d’annuler l’évènement en raison de la pandémie de COVID-19, Hockey Canada a donné son appui après avoir consulté ses membres et la Fédération a entériné la décision.

La Fédération n’a répondu à aucune de nos demandes de précision à ce sujet.

« Tout faire »

Par ailleurs, parmi toute cette chaîne complexe de décideurs, personne ne nous a révélé sur quels critères serait basée la décision d’aller de l’avant avec le tournoi ou de l’annuler – nombre de cas dans la province, dans la ville, dans la bulle… – ni quel protocole était prévu en cas d’éclosion à l’intérieur de la bulle.

Plus tôt cette semaine, Scott Salmond, de Hockey Canada, a simplement avancé qu’un minimum de 8 équipes (sur 10) était requis, avec 18 joueurs par formation.

René Fasel a par ailleurs signifié son engagement clair à « tout faire » pour tenir le tournoi, afin, a-t-il dit à Radio-Canada, de « donner un moment de rêve ou de distraction aux gens ».

« Quand on a pris cette décision au départ, c’était aussi pour respecter la catégorie d’âge des juniors qui ne pourraient plus participer l’année prochaine parce qu’ils [auraient] dépassé l’âge », a-t-il renchéri.

À noter, tous les tournois internationaux chapeautés par la Fédération ont été annulés depuis le mois de mars. Y compris le Mondial U18 féminin, qui devait être disputé tout de suite après le Mondial U20 masculin, mais qui a subi le couperet dès le mois de septembre.