Peter Amanatidis. Le nom ne vous dit sans doute rien.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Peter Amanatidis est devenu cet automne le premier joueur de l’histoire des Princes de Montréal à atteindre la Ligue de hockey junior majeur du Québec, avec les Remparts de Québec de Patrick Roy. Il s’est même permis un but.

J’ai fondé les Princes, une organisation de hockey mineur de printemps, en 2012. Si on m’avait dit il y a quelques années que Peter serait le premier joueur de notre organisation à jouer dans la LHJMQ, je ne l’aurais jamais cru.

Peter n’a jamais figuré sur une liste « sélecte » dans le hockey mineur. Les agents ne se bousculaient pas aux portillons pour le voir jouer dans les rangs Pee-Wee.

Lors du passage des rangs Novice à Atome, Peter s’est retrouvé avec mon équipe Atome CC, les Tornades de Versant Ouest, après avoir été retranché du BB.

Nous avions un club minable. Malgré un manque de talent évident, nous parvenions à être compétitifs, mais ne gagnions pas souvent. Nous avons peut-être remporté cinq ou six matchs cette année-là. J’avais dit aux jeunes lors d’un discours avant un match qu’apprendre à perdre était aussi important que de gagner. J’ai vécu avec les Tornades l’une de mes belles années dans le hockey mineur malgré tout.

J’ai lancé les Princes le printemps suivant avec mon vieux pote George Pantazis. Nous y avons attiré de nombreux joueurs de la région de Saint-Laurent, Outremont et Ville Mont-Royal. Nous avions quatre équipes au départ.

Peter était de la première génération des Princes, des joueurs nés en 2003. La compétition était forte. Nous l’avons relégué au sein de notre club de D3. Peter était un travailleur acharné, un excellent patineur, mais je souhaitais qu’il améliore sa compréhension du jeu collectif. Il devait aussi améliorer son impulsivité. Il lui arrivait que « les fils se touchent » sur la glace, comme on dit dans le jargon du milieu.

Il est resté en D3 l’année suivante. Son père, Lazaros, n’a jamais rouspété. Il était très présent, mais ne parlait pas beaucoup. Lazaros se contentait de nous remercier après les matchs et les entraînements.

Souvent, les joueurs rétrogradés dans cette division offrent leurs services ailleurs. Le hockey de printemps, qui réunit l’élite, a ceci de particulier : les joueurs peuvent changer d’organisation d’une saison à l’autre sans avoir de comptes à rendre.

Les meilleurs peuvent se faire offrir de l’équipement gratuitement, la totalité des frais d’une saison et même des voyages à l’extérieur pour y disputer des tournois.

Lazaros a commencé à se faire approcher par d’autres organisations après un an. Peter n’était pas un joueur de premier plan, on ne lui offrait pas de le payer pour jouer, mais on lui promettait de meilleures conditions, comme le privilège d’évoluer dans une division supérieure. Lazaros a toujours dit non. Il restait fidèle aux Princes.

Dans un tel milieu où les jeunes jouent souvent aux mercenaires dès l’âge de six ou sept ans, sa loyauté m’a toujours frappé. D’autant plus qu’on n’acceptait pas son fils au sein de la première équipe.

À sa troisième saison, la patience et l’acharnement de Peter a payé. Il a mérité un poste au sein de notre première équipe. Nous sommes même passés en D1.

Je n’ai pas suivi sa progression. Jusqu’à ce que mon fils, il y a quelques semaines, me lance, du fond du sous-sol :

- Hey, papa, Peter Amanatidis est rendu avec les Remparts de Québec !

Rien ne sert de courir. Il faut partir à point.

Perdre ou gagner ?

Je repensais récemment à cette année avec les Tornades. Les défaites ont semblé nous unir, parents et joueurs, soudés par notre gérante Ria Tsapakis.

Il y a quelques années, les Princes avaient grandi. Nous étions rendus à 18 équipes. J’ai accepté de diriger le club des joueurs nés en 2008, à la suite du départ de notre entraîneur, même si mes fils avaient quitté le hockey pour le soccer.

Grâce à la complicité de Patrice Edouard et Darnelle Victor, notre recrutement a été couronné de succès. En deux ans, nous avons compilé une fiche de 50-4. Nous avons remporté sept tournois sur dix, atteint huit finales, jamais raté le carré d’as.

Comme entraîneur, j’étais gâté. Six de nos joueurs étaient membres de l’équipe du Québec pour y représenter la province au prestigieux tournoi Brick, à Edmonton. Deux autres, surclassés, allaient vivre l’expérience l’année suivante.

Pour vous donner un aperçu, la plupart des joueurs de la LNH ont pris part à cette compétition à l’âge de 10 ans : Steven Stamkos, Brendan Gallagher, Alex Pietrangelo, Max Pacioretty, Jordan Eberle, Johnny Gaudreau, Quinn Hughes, Tyler Seguin, Ryan Nugent-Hopkins, Seth Jones, Zack Werenski, Jonathan Toews, Morgan Rielly, Logan Couture, Blake Wheeler, Torey Krug, Brayden Point, P.K. Subban, Anthony Duclair, Maxime Comtois, Jonathan Drouin, Max Domi, Mathew Barzal, nommez les tous, ou presque.

Ma carrière de coach s’est terminée en juin 2018 par la victoire ultime : le Championnat Meltdown de première division, sans doute l’un des plus gros tournois en Amérique du Nord. Après avoir battu Long Island en demi-finale, nous avons vaincu en finale une formation de Toronto qui n’avait pas subi la défaite en trois ans. En sept matchs, nous avons marqué 34 buts et en avons accordé huit.

Curieusement, j’avais un sentiment de vide après la finale. Je n’étais même pas capable de me réjouir et de profiter du moment. Même si j’avais noué de belles amitiés parmi certains parents, que je me sentais privilégié d’avoir dirigé de jeunes hommes et femmes (nous avions une gardienne, Océane) si doués, je venais de vivre mon année la plus difficile dans le hockey mineur… à cause de la pression des parents.

Les victoires de 7-0 ne suffisaient pas. Des parents maugréaient. Il aurait fallu prendre les moyens pour gagner 12-0. Nos décisions étaient souvent remises en question. Même après des victoires par quatre ou cinq buts. Et avec autant de jeunes surdoués au sein de l’équipe, le temps de jeu n’était jamais au goût de certains. Je pouvais comprendre Claude Julien à certains moments.

La majorité des parents étaient fort sympathiques. Mais comme dans tous les milieux, c’est le 15 % d’indésirables qui gueule le plus fort.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai mis la clé dans la porte. Patrice Edouard a repris le flambeau, sous un autre nom, les Golden Kings.

Je garde évidemment des souvenirs impérissables de mes années avec les Princes. Mes fils y ont vécu de beaux moments. Au lancement de mon livre Raconte-moi Guy Lafleur, en février dernier, une dizaine des joueurs de cette formidable équipe 2008 sont passés. Ça m’a beaucoup touché.

Je ne retiens pas les victoires, mais la progression des jeunes, autant comme hockeyeurs qu’au chapitre de l’estime personnelle. De ces moments à jaser de nos équipes avec Patrice, Darnelle, Jocelyn, George, Ria, Dom, Marc, Alex, Paul-Arthur.

Je me souviens aussi de nos matchs épiques contre les clubs de Dominic Maltais et Alexandre Jacques, deux anciens pros qui savaient comment se comporter avec classe, et de nos sympathiques adversaires des Forestiers d’Amos.

Pour le reste, s’il pouvait y avoir davantage de Lazaros Amanatidis dans les estrades, notre milieu serait plus sain…

À LIRE

Après 13 mois d’absence, la Canadienne Bianca Andreescu, gagnante du US Open en 2019, saura-t-elle retrouver son niveau d’antan ? Simon Drouin fait le point avec Sylvain Bruneau, lentraîneur de la jeune joueuse.