Quelque part en 2002, André Savard a réalisé qu’Éric Chouinard ne deviendrait jamais la vedette offensive espérée avec le Canadien.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le premier choix du CH en 1998 régressait chez les Citadelles de Québec, dans la Ligue américaine. Souvent, ces espoirs déchus perdent complètement leur valeur si on les garde trop longtemps. Prenez seulement l’exemple de Louis Leblanc, Michael McCarron, Nikita Scherbak ou Kyle Chipchura, échangés pour des joueurs marginaux, perdus au ballottage ou offerts à d’autres équipes sans rien obtenir en retour.

Les Flyers de Philadelphie ont mordu en janvier 2003. Ils ont offert un choix de deuxième ronde au Canadien en retour de Chouinard. Celui-ci avait alors 22 ans. Le DG du Canadien avait eu du flair. Moins d’un an plus tard, Chouinard était échangé à nouveau, au Wild du Minnesota. Pour un choix de… cinquième ronde.

Le joueur repêché avec ce choix de deuxième ronde des Flyers a pris sa retraite ce weekend. Maxim Lapierre n’a jamais été une grande vedette dans la LNH. Mais il a disputé 614 matchs et participé à une finale de la Coupe Stanley avec les Canucks de Vancouver.

Quand votre retraite fait les manchettes, vous avez marqué votre entourage. Lapierre a maximisé son talent, et bien construit son après-carrière dans le monde des médias sportifs québécois.

Lapierre était pourtant un joueur offensif modeste dans les rangs juniors à son année de repêchage. Il avait amassé 43 points, dont 22 buts, en 72 matchs avec le Rocket de Montréal, dans la Ligue de hockey junior majeure du Québec.

L’espoir offensif du Rocket s’appelait Cory Urquhart. Ce jeune centre de 6 pieds 3 pouces avait obtenu 78 points, dont 35 buts, en 71 matchs. Il avait connu ses meilleurs moments à vie en séries éliminatoires avec 15 points, dont neuf buts, en seulement sept matchs… pour le plus grand malheur d’André Savard.

Le DG du Canadien avait en effet suivi les séries du Rocket après l’élimination prématurée du CH. N’importe quel homme de hockey débarqué subitement dans l’univers du Rocket aurait succombé pour le talent d’Urquhart. Il avait participé à la moitié des buts de son équipe !

Il fallait faire un peu plus de route pour aller voir à l’œuvre Patrice Bergeron chez le Titan de l’Acadie-Bathurst.

Le premier choix du Canadien en 2003 (10e au total), Andrei Kostitsyn, avait tout le talent du monde. Certains voyaient même en lui le meilleur espoir de cette cuvée.

À sa première saison complète, en 2007-2008, Kostitsyn, tout juste 23 ans, avait amassé 53 points, dont 26 buts. Jeff Carter avait lui aussi amassé 53 points cette année-là, Corey Perry un seul de plus.

Kostitsyn a obtenu huit points en douze matchs de séries éliminatoires. De tous les joueurs de la cuvée 2003, seul Jeff Carter en a amassé davantage. Mais l’alcool et la dope ont vite eu raison de Kostitsyn.

Repêché en fin de deuxième ronde, après Urquhart et Bergeron, Lapierre a progressé à son rythme. Ses deux dernières années dans les rangs juniors, sous Alain Vigneault, ont été importantes. Sa production offensive demeurait modeste pour un choix de deuxième ronde, mais on le préparait pour un rôle plus défensif dans la LNH.

Maxim Lapierre avait connu un début de saison difficile quelques mois après ce repêchage, tandis que Urquhart, et surtout Michaël Lambert, choisi un an plus tôt par le Canadien, cartonnaient. Lambert avait amassé 25 points à ses 15 premiers matchs et Lapierre… huit.

J’avais joint l’ancien coach du Canadien à l’Île-du-Prince-Édouard, où le Rocket était désormais déménagé.

« Ce n’est pas un manque d’effort dans son cas. Il doit réaliser que le Canadien l’a d’abord repêché en raison de son éthique de travail. Je ne veux pas briser les illusions de nos jeunes, mais il n’a pas le talent offensif des deux autres. S’il atteint la Ligue nationale un jour, ça sera à titre de bon joueur de troisième trio. Il a essayé de trop en faire offensivement depuis le début de la saison et il s’est éloigné de son style. Mais des Lapierre, j’en prendrais 20 au sein de mon équipe. »

Lapierre a atteint la LNH à 21 ans. Il a connu sa meilleure saison en carrière sous Guy Carbonneau, quelques années plus tard, avec 15 buts et 28 points. Le congédiement de Carbo l’a mal servi. Jacques Martin l’affectionnait moins. En décembre 2010, Pierre Gauthier l’échangeait aux Ducks d’Anaheim pour un défenseur des mineures, Brett Festerling, et un choix de cinquième ronde.

Max Lapierre n’est pas resté longtemps à Anaheim. À Vancouver, les Canucks avaient de grandes aspirations à l’aube des séries. Et leur entraîneur en chef connaissait bien Lapierre. Il l’avait dirigé pendant deux ans chez le Rocket…

Lapierre a joué un rôle essentiel pour Alain Vigneault dans ces séries éliminatoires. Vigneault lui confiait de nombreuses tâches défensives. Lapierre a marqué deux buts en finale contre les Bruins de Boston.

« Si Vancouver remporte la Coupe Stanley, le trophée Conn-Smythe sera probablement remis à l’un des jumeaux Sedin, à Ryan Kesler ou Roberto Luongo, mais le centre Maxim Lapierre est peut-être le joueur le plus utile à son équipe », écrivait Neil Greensberg, d’ESPN, avant la finale.

Lapierre, 35 ans, a terminé sa carrière en Europe, d’abord en Suisse, puis en Allemagne. Aucun joueur de la cuvée 2003 du Canadien n’a joué plus de matchs que lui dans la LNH. Il a même participé aux Jeux olympiques de Peyongchang.

Les deux vedettes du Rocket à l’époque, Lambert et Urquhart, ont été ballottées entre la Ligue américaine et l’ECHL sans jamais disputer de match dans la Ligue nationale.

Son départ de Montréal en 2010 lui a brisé le cœur. Mais il lui a aussi permis de vivre ses plus beaux moments. « Oui, une finale et une belle famille », m’écrivait-il lundi matin.

Lapierre a en effet rencontré sa femme à Vancouver. « J’imagine que c’est arrivé pour une raison. »

Oui, le hasard a bien fait les choses. L’éthique de travail irréprochable de Lapierre et son désir de vaincre hors du commun ont fait le reste.

Voilà ce qui s’appelle maximiser son talent. Suivons maintenant de près son parcours dans les médias.

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