Au cours d’une saison normale, Francis Bouillon serait actuellement sur la route. Que ce soit dans le climat rigoureux des Prairies ou dans les contrées pittoresques du Midwest, il serait en train de tisser des liens avec l’un ou l’autre des espoirs du Canadien, comme il le fait depuis trois ans.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

À l’instar de la plupart des joueurs sous son aile, le voici toutefois cloué à la maison depuis des mois. À défaut de pouvoir rencontrer ses jeunes protégés en personne, il les rassure tant bien que mal à distance et s’assure du bon déroulement de leur développement sur le plan sportif.

Le défi est bien réel pour celui qui occupe le poste d’entraîneur affecté au développement des joueurs : mesurer la progression d’athlètes qui, pour la plupart, ne jouent pas.

« Ce n’est pas une situation optimale, mais je dois les aider à rester positifs », a reconnu Bouillon, mercredi matin, au cours d’une visioconférence organisée par l’équipe.

« Habituellement » — pour ceux et celles qui se souviennent de ce concept —, il se serait déjà rendu « deux ou trois fois » en Saskatchewan pour y rencontrer Kaiden Guhle, premier choix du Canadien au dernier repêchage. Or, il a dû se contenter jusqu’ici de conversations téléphoniques avec le jeune homme, avec des recruteurs de l’Ouest et avec Trevor Timmins, grand manitou du recrutement chez le CH. Il ne l’a toujours pas vu en action en chair et en os : normal, la Ligue junior de l’Ouest est à l’arrêt jusqu’en janvier, au moins.

PHOTO PETER POWER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Kaiden Guhle durant un match d’évaluation OHL-LNH à Hamilton, en Ontario, le 15 janvier 2020.

Tout cela est contre nature pour celui qui est responsable des défenseurs nord-américains du Tricolore, surtout sachant que Guhle est désormais le principal espoir canadien du club.

D’habitude, on est plus proches de nos joueurs, on bâtit une relation avec eux. J’aurais vraiment aimé le rencontrer, car je n’entends que de bonnes choses sur lui. J’ai hâte que ça se fasse !

Francis Bouillon

En fait, même si Guhle se taille un poste avec l’équipe canadienne en vue du championnat mondial junior, qui aura lieu à Edmonton pendant les Fêtes, le Canadien ne pourra pas y désigner de représentant, car aucun spectateur ne pourra assister aux parties.

À l’écoute

Dans les circonstances que l’on connaît, plus que jamais, Francis Bouillon doit s’improviser psychologue avec ses ouailles, de jeunes patineurs de 18, 19 ou 20 ans qui se demandent, un peu comme tout le monde, ce que l’avenir leur réserve.

Le plus dur pour eux, c’est l’inconnu ; ils ne savent pas quelle est la prochaine étape ou quand ça va recommencer. Mentalement, c’est difficile. On sait que c’est une question de temps, il n’y a pas de recette miracle. Il faut les garder sharp, les encourager à passer au travers.

Francis Bouillon

« Les gars restent accrochés, continuent de croire en leur rêve de jouer un jour dans la LNH. On n’a pas de cas grave » de découragement, assure-t-il. « On essaie de les aider du mieux qu’on peut. »

Par exemple, un camp de développement virtuel a été mis en place peu après le repêchage du mois d’octobre afin que les joueurs se rencontrent et puissent entendre parler de l’organisation. Et un séminaire a été organisé avec un nutritionniste afin de discuter d’alimentation. Autant d’initiatives qui ont connu du succès, selon Bouillon.

Un suivi est également assuré afin que leur entraînement ne souffre pas trop de la pause, ce qui n’est pas une mince affaire puisque tous n’ont pas accès à une patinoire.

Ils ne disposent pas tous non plus des mêmes ressources matérielles pour s’entraîner à la maison : Bouillon a cité en exemple Rafaël Harvey-Pinard et Joël Teasdale, du Rocket de Laval, qui se sont improvisé un gymnase de fortune dans la cour chez Teasdale.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Avec la fermeture des gyms en zone rouge, Joël Teasdale (à droite) et Rafaël Harvey-Pinard s’entraînent avec les moyens du bord dans la cour chez Teasdale.

Pierre Allard, qui supervise la préparation physique chez le Canadien, communique également avec les entraîneurs personnels des joueurs afin de suivre de près leur travail individuel.

Mais on y revient toujours : à distance, « ce n’est vraiment pas évident », insiste Bouillon.

Romanov, Fleury

On ne voulait pas nécessairement parler d’Alexander Romanov. D’une part parce que Luke Richardson, entraîneur adjoint du Canadien, avait exposé en long et en large son amour pour le défenseur russe la veille. Mais également parce que Bouillon couvre uniquement l’Amérique du Nord. Il avait peu à dire sur le Suédois Mattias Norlinder, par exemple.

Cela n’empêche pas que, lorsqu’on lui a demandé de se prononcer sur le jeune défenseur de l’organisation qui l’emballe le plus, c’est le nom de Romanov qui lui est tout de suite venu en tête.

PHOTO ANDRÉ VUILLEMIN, ARCHIVES SPECTRE MÉDIA

Alexander Romanov

« Je l’ai vu jouer pour la première fois au Mondial junior, il y a deux ans, a raconté Bouillon. Juste pendant son échauffement, j’ai détecté quelque chose que tous les joueurs n’ont pas forcément : sa passion pour le hockey. Tout part de là. Quand tu vois un gars passionné par son sport comme lui, tu sais que tu vas pouvoir développer autre chose, l’amener à un autre niveau. C’est un gars que j’ai vraiment hâte de voir évoluer avec le Canadien. »

Autrement, il a été interrogé sur Cale Fleury, défenseur dont il a suivi l’évolution pas à pas depuis qu’il a été repêché au troisième tour en 2017. Il a été aux premières loges pour assister à ses passages successifs des rangs juniors à la Ligue américaine puis à la LNH, mais également à son ralentissement manifeste de la saison dernière, qui lui a valu une rétrogradation à Laval.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le défenseur du Rocket de Laval Cale Fleury, è l’entraînement l’an dernier

« Dans son cas, c’est une question de confiance, croit Bouillon. À Montréal, il a bien joué en première moitié de saison ; ensuite, on dirait qu’il a perdu confiance. Il a commencé à faire des erreurs, à garder la rondelle trop longtemps avant de faire des jeux. 

« Or, ajoute-t-il, ce gars-là est une éponge : il veut apprendre. C’est une bonne chose qu’il soit descendu à Laval. J’aime son physique, son jeu défensif. Je suis certain qu’il sera un jour un défenseur régulier dans la LNH. »

Francis Bouillon sur…

Josh Brook, Rocket de Laval (LAH)

« Il était très bon offensivement dans le junior. Dans la Ligue américaine, il a dû devenir meilleur défensivement. Il a travaillé fort avec [l’entraîneur] Joël Bouchard. »

Kaiden Guhle, Raiders de Prince Albert (WHL)

« J’ai vu des vidéos et j’ai très hâte de le voir en action. C’est un gros joueur, qui joue physique, mais je suis impressionné par son patin. Habituellement, les gars de 6 pi 1 po ou 6 pi 2 po ont une certaine façon de se déplacer sur la glace, mais en le voyant à l’écran [au camp d’Équipe Canada Junior], il m’a fait écarquiller les yeux. »

Jordan Harris, Université Northeastern (NCAA)

« Sa progression va très bien. Il est le meilleur défenseur de son équipe. Il est mature, il joue bien défensivement, il a une bonne portée. Quand je l’ai rencontré après un match, il ne semblait pas fatigué même s’il venait de jouer 30 minutes ! »

Jayden Struble, Université Northeastern (NCAA)

« Quand je l’ai vu jouer pour la première fois, je ne le connaissais pas très bien. J’ai été impressionné par sa manière de jouer avec son gabarit. C’est le genre de gars que j’aime. Il apporte beaucoup, il est physique, il est mobile ; je ne savais pas qu’il patinait si bien. J’aime sa confiance. Déjà, à sa première année, il était confiant. Et en lui parlant, tu vois qu’il est mature pour son âge. Le futur est florissant pour lui. »