La prochaine saison, si on la dispute, évidemment, nous permettra peut-être enfin de tirer des conclusions sur l’échange le plus controversé de Marc Bergevin à ce jour.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le DG du Canadien n’en a pas perdu beaucoup. Mais celui du jeune défenseur Mikhail Sergachev pour Jonathan Drouin le 15 juin 2017 a beaucoup fait jaser.

Sergachev s’est retrouvé dans l’actualité cette semaine en acceptant un « modeste » contrat de 14,4 millions pour trois ans. Le montant parait élevé pour le commun des mortels, mais le clan Sergachev a enlevé une épine du pied de son DG Julien BriseBois en acceptant, selon plusieurs observateurs, un salaire inférieur à sa valeur.

Le choix de première ronde du Canadien, neuvième au total en 2016, a fait des pas de géants depuis son arrivée à Tampa.

Son talent offensif était reconnu, avec une production de 40 et 32 points à ses deux premières saisons, mais son temps d’utilisation est passé de 17:55 il y a deux ans à 20:22 la saison dernière. En séries éliminatoires, en route vers la conquête de la Coupe Stanley, il a joué en moyenne 22:37, troisième à ce chapitre chez le Lightning après Victor Hedman et Ryan McDonagh, un autre choix de première ronde du Canadien.

Marc Bergevin n’a pas joué à l’autruche en février lors de notre long entretien. « Si tu regardes aujourd’hui, peut-être un peu, oui, ça a fait mal à notre défense. Mais depuis l’échange, Jo [Jonathan Drouin] n’a pas encore atteint son potentiel maximum. Tant que ça ne sera pas fait, c’est encore difficile de comparer les deux. À l’époque, on venait de perdre [Alexander] Radulov, et rapatrier un Québécois était important. On s’était posé une question importante : si les deux joueurs avaient été disponibles dans le même repêchage, lequel aurait-on choisi ? La réponse était Drouin. Dans toutes les décisions, il y a des risques. Mais ça en valait la peine à nos yeux. »

Il y a des différences importantes entre les échanges de Mikhail Sergachev et de Ryan McDonagh. Jonathan Drouin avait 22 ans à son arrivée à Montréal. Il venait de connaitre sa meilleure saison en carrière avec 53 points en 73 matchs.

Scott Gomez approchait la trentaine lorsque Bob Gainey a envoyé McDonagh et Chris Higgins aux Rangers de New York pour l’obtenir le 30 juin 2009. Sa production ne cessait de péricliter depuis sa saison de 84 points quatre ans plus tôt et il traînait un affreux salaire. Après seulement un an, on réalisait pleinement l’ampleur du désastre.

Drouin a 25 ans. Il a connu des saisons de 46 et 53 points à ses deux premières années à Montréal. Il connaissait un fort début de saison à l’automne 2019, 15 points à ses 18 premiers matchs, avant de tomber au combat en novembre.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Drouin

Son retour a été difficile. Les séries éliminatoires aussi. Mais une chimie s’est développée avec Nick Suzuki lors de la série contre les Flyers de Philadelphie et Drouin a amassé quatre points à ses deux derniers matchs, six au total en autant de rencontres face aux Flyers.

Drouin entamera la prochaine saison avec le même centre. Le Québécois n’aura jamais eu le luxe de bénéficier d’un centre de cette qualité depuis son arrivée chez le Canadien.

À sa première saison, on a tenté de faire de lui un centre. Drouin a entamé la saison 2017-2018 entre Max Pacioretty et Brendan Gallagher. Deux semaines plus tard, il se retrouvait avec Paul Byron et Artturi Lehkonen. En novembre, Alex Galchenyuk allait se retrouver à sa gauche. Drouin a finalement terminé la saison avec Byron et Gallagher…

L’année suivante, on allait le replacer à l’aile gauche, avec la nouvelle acquisition, Max Domi, au centre. Ils ont bien joué ensemble. Drouin a marqué 18 buts et totalisé 53 points, pour égaler son sommet en carrière.

Une grosse (demi-)saison au sein d’un trio avec Suzuki et l’un des ailiers droits Josh Anderson ou Tyler Toffoli pourrait atténuer le sentiment d’avoir perdu à nouveau l’un des brillants jeunes défenseurs de la LNH.

L’éclosion d’un autre jeune défenseur russe, Alexander Romanov, pourrait aussi permettre aux fans de mieux digérer l’échange.

Tout n’est pas perdu pour le Canadien dans cette transaction. Mais il faudra des résultats. Cette année.

À LIRE

L’interview d’Anthony Martineau avec le jeune hockeyeur Xavier Parent, publiée sur le site de TVA Sports, fait beaucoup jaser cette semaine. Parent était déjà comparé à Mario Lemieux à 12 ans. Il n’a finalement jamais été repêché dans la LNH. Alexandre Pratt s’est penché sur cette histoire.