« Ce n’était pas une super journée, disons. Mais on passe à travers… »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au bout du fil, la déception est manifeste dans la voix de Daniel Brière. L’ancien joueur du Canadien, aujourd’hui vice-président des opérations chez les Mariners du Maine, dans la Ligue de la côte est (ECHL), a passé les dernières heures à annoncer de mauvaises nouvelles.

Les Mariners font partie des huit équipes du circuit qui ont décidé de faire l’impasse sur la saison 2020-2021. Brière a donc dû remercier tous ses joueurs, son personnel d’entraîneurs ainsi que sa douzaine d’employés.

Les six formations de la division Nord – le Thunder de l’Adirondack, le Beast de Brampton, les Growlers de Terre-Neuve, les Royals de Reading, les Railers de Worcester et les Mariners – ainsi que les Gladiators d’Atlanta et les Admirals de Norfolk ont donc libéré tous leurs joueurs, qui peuvent maintenant offrir leurs services aux 18 autres équipes de la ECHL.

Treize d’entre elles prévoient attaquer un calendrier de 72 matchs dès le 11 décembre, alors que les cinq dernières planchent sur une saison de 62 rencontres qui s’élancerait à la mi-janvier, mais qui reste à confirmer, d’après les indications des autorités de santé locales.

Selon Brière, il ne faudrait pas se surprendre si d’autres équipes se retiraient de la saison 2020-2021 au cours des prochaines semaines en raison de la détérioration de la pandémie.

C’est en effet exactement ce qui a motivé la décision difficile rendue publique mercredi. Les cas de COVID-19 continuent de proliférer dans le nord-est des États-Unis, et la fermeture de la frontière canado-américaine rendait pratiquement impossibles les activités des équipes de Brampton (Ontario) et de Terre-Neuve.

Pour ces huit équipes, le constat est devenu implacable au début de la semaine : on devait se dire à l’an prochain.

Dans le contexte actuel, les questions de santé publique sont bien sûr celles qui prévalent dans les décisions des différentes organisations, sportives ou non. Mais elles sont directement liées à des enjeux financiers. Sur ce plan aussi, la situation devenait intenable.

Gérer une équipe de la ECHL entraîne des coûts de fonctionnement annuels de 3 à 4 millions, estime Brière, et les revenus en amont sont presque entièrement attribuables aux ventes de billets, aux partenariats « corporatifs » et, dans une moindre mesure, à la vente de produits dérivés.

En raison de la pandémie, l’absence de spectateurs dans l’aréna signifiait, pratiquement, un arrêt complet des entrées d’argent.

Choc

Sans surprise, ce sont les joueurs qui ont été les plus durement touchés par la nouvelle, rapporte Brière.

« Ils sont arrêtés depuis le mois de mars dernier et on leur a annoncé qu’on reportait l’ouverture de la prochaine saison à octobre », dit-il.

On parle d’un an et demi sans jouer, ce qui est loin d’être idéal pour leur développement. Ça a frappé très fort.

Daniel Brière

Le choc est d’autant plus brutal que leurs possibilités de se retrouver du boulot rapidement sont, au mieux, minces. On peut facilement estimer à 150 le nombre de joueurs devenus libres comme l’air – tous les contrats consentis dans cette ligue sont d’une durée d’un an seulement ; or, il ne reste que 18 équipes susceptibles de jouer cette saison. En outre, les ligues européennes affichent presque complet.

Même la Ligue américaine, possiblement accessible à quelques joueurs, n’a toujours pas de plan de retour au jeu.

Avec un salaire moyen de quelque 600 $ par semaine, la précarité guette plusieurs d’entre eux. « C’est vraiment triste pour eux », se désole Brière.

Ironiquement, c’est la troisième fois en trois ans que le Québécois se retrouve à diriger une équipe qui ne joue pas. Il y a bien sûr les deux arrêts coup sur coup attribuables à la pandémie de COVID-19, mais il avait également dû attendre 15 mois entre l’achat de la franchise par Comcast Spectacor, aussi propriétaire des Flyers de Philadelphie, et ses premiers matchs à Portland, dans le Maine, à l’automne 2018.

« Disons que ce n’est pas pour ça qu’on travaille ! », s’exclame-t-il.

La présente situation est tout de même différente des balbutiements de l’équipe, alors que littéralement tout était à faire, de l’embauche du personnel au recrutement des joueurs en passant par la recherche de partenariats. Cette fois, il y a « de meilleures bases », donc on ne « repart pas de zéro », constate Brière. « Mais on part d’en bas », avoue-t-il.

Il a déjà lancé le défi à ses employés, pour les prochaines semaines, soit de penser à des idées neuves pour lancer la saison 2021-2022 en force. Et avec la reprise annoncée des activités sur le circuit universitaire américain ainsi que dans les ligues juniors canadiennes, on pourra remettre le recrutement de nouveaux joueurs sur les rails.

« On est tous ensemble là-dedans », lance Brière à propos de la crise qui touche, littéralement, le monde entier. « Les gens cherchent du divertissement, alors on aurait aimé leur en donner avec les Mariners, mais il va falloir attendre un peu plus longtemps. »

Optimiste, il rappelle qu’« on ne peut pas tout contrôler ». « Mais les choses vont s’améliorer », promet-il.