« On ne veut pas dépasser 60 matchs. Ça, c’est l’idéal. »

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Il y a de ces déclarations qui vieillissent mal. Comme celle-ci, prononcée par Stéphane Waite, entraîneur des gardiens de but du Canadien, le 10 octobre 2016. Il s’exprimait alors sur la charge de travail souhaitée pour Carey Price au cours de la campagne qui s’amorçait.

En 2016-2017, Price a joué 62 fois, tout près de la cible. En 2018-2019, il a obtenu 64 départs. En 2017-2018, il a amorcé 48 des quelque 55 matchs pour lesquels il était en santé et, en 2019-2020, il revendiquait 58 départs en 71 matchs lorsque la pandémie a paralysé la LNH. On parle ici de l’équivalent de fardeaux de 72 et 67 matchs projetés sur des saisons complètes de 82 rencontres.

La diminution de la tâche du gardien numéro 1 du Canadien commence à être un thème récurrent. En 2016, on se félicitait d’avoir accordé un contrat à Al Montoya pour y arriver. En 2018, on comptait sur Antti Niemi. Et en 2019, on a misé sur Keith Kinkaid, à qui l’on souhaitait confier « plus ou moins 25 matchs », selon les mots exacts de Waite. L’expérience n’a duré que 5 départs et s’est convertie en 24 buts accordés.

Il n’y avait donc rien de bien rafraîchissant à entendre Stéphane Waite, mardi matin, affirmer aux représentants des médias qu’il souhaitait que Carey Price voie moins d’action en 2020-2021.

Deux choses ont toutefois changé de manière très nette. En premier lieu, la cible : ce n’est plus 60 matchs que Waite souhaite pour Price, mais plutôt une cinquantaine. Si cet objectif était atteint, il s’agirait de la première fois depuis 10 ans qu’il joue aussi peu en demeurant en santé au cours d’une saison complète.

Foi de Stéphane Waite, ce serait une excellente nouvelle pour le vétéran de 33 ans, qui a été le gardien ayant passé le plus de minutes sur la glace au cours des deux dernières saisons combinées.

On a d’ailleurs vu, au cours des récentes séries éliminatoires, les effets du repos sur Carey Price. Il a retrouvé son statut de gardien dominant en présentant une moyenne de buts accordés de 1,78 et un taux d’efficacité de ,936, des chiffres quasi inimaginables lorsqu’on sait que le Canadien a été éliminé après seulement deux tours.

Son corps prend plus de temps à récupérer entre chaque match qu’auparavant. Carey veut jouer tous les matchs, mais il va apprécier de jouer un peu moins et avoir des départs de plus grande qualité. Il n’aura pas besoin de couper les coins ronds.

Stéphane Waite

« Couper les coins ronds », a concédé Waite, c’est la solution sur laquelle s’est rabattu son protégé pour compenser sa surutilisation, rendue nécessaire par l’échec observé au poste d’auxiliaire. « On n’avait pas le choix », a-t-il renchéri.

En second lieu, et c’est là l’élément déclencheur dont le nombre de matchs est en réalité le corollaire, il y a l’acquisition de Jake Allen. « Un coup de circuit » de Marc Bergevin, s’est emballé Waite.

Cet ex-partant débarque avec 271 départs derrière la cravate, et c’est comme auxiliaire qu’il vient de connaître ses meilleurs moments en carrière – 2,15 et ,927 en 21 départs sur une possibilité de 71 à St. Louis en 2019-2020, l’équivalent de 24 sur 82 matchs. S’il atteignait la barre des 30 départs qu’on lui destine à Montréal, sa charge de travail serait donc semblable.

Habile techniquement, calme, stable, en contrôle, « il laisse venir le jeu à lui plutôt que d’essayer d’être partout à la fois », a énuméré Waite pour décrire le nouveau venu. À plus forte raison, il traîne l’enviable réputation d’être un coéquipier exemplaire et un bourreau de travail.

Tout pour plaire à Price, qui adore échanger avec ses adjoints, « surtout quand c’est un vétéran ». Ce faisant, on assure au numéro 31 qu’il n’aura pas à « materner » son auxiliaire, pour reprendre les mots qu’il avait lui-même utilisés en entrevue au site The Athletic en juin 2019.

En outre, on tente avec Allen de corriger l’erreur commise en embauchant Keith Kinkaid. Après la dernière élimination du Canadien, Waite cherchait « au minimum un bon B », en référence aux cotes A, B ou C qu’il accorde aux gardiens dans son évaluation – les partants en haut de la moyenne (A), les partants moyens ou les adjoints de grande qualité (B) et les autres (C).

Waite ne l’a pas dit ainsi, mais on déduit que le pauvre Kinkaid hérite d’un C. L’histoire ne dit toutefois pas si c’est également l’évaluation qu’on faisait de lui le 1er juillet 2019…

À Laval pour un bail

L’arrivée de Jake Allen a comme autre effet collatéral de définir complètement la place de Cayden Primeau dans l’organigramme du Canadien.

De fait, les personnes impatientes de revoir le jeune homme à Montréal dans un avenir rapproché devront en faire leur deuil. Car selon Stéphane Waite, ce n’est ni en 2020-2021 ni en 2021-2022, et probablement pas en 2022-2023 non plus, que le gardien de 21 ans sera promu pour de bon vers le « grand club ».

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

L’entraîneur des gardiens de but chez le Canadien, Stéphane Waite, estime qu’un jeune cerbère doit participer à 150 matchs dans les mineures avant d’être mûr pour la LNH. Cayden Primeau a probablement encore deux années complètes à faire dans la Ligue américaine.

À court terme, on souhaite qu’il obtienne « au moins » 40 départs avec le club-école de Laval. Et au total, on aimerait le voir jouer quelque 150 matchs avant de faire la transition complète vers la LNH. En retranchant ses 32 départs de la saison dernière, il lui en manquerait donc 118 pour atteindre le but.

On déduit donc un échéancier de deux à trois saisons avec le Rocket, en postulant qu’il hérite de 40 à 60 départs.

Ne nous méprenons pas : Stéphane Waite « adore » Primeau, avec qui il a travaillé quasi quotidiennement pendant l’été. « Le kid en veut, il veut apprendre », résume-t-il. Marco Marciano, du Rocket, a fait « toute une job » pour améliorer sa technique, et on tente maintenant d’en faire un gardien plus instinctif, « moins robotique ». On veut également qu’il améliore son maniement de rondelle et sa lecture du jeu [read-and-react].

N’empêche, « 150 matchs dans la Ligue américaine, c’est le standard », a précisé Waite, donnant en exemples les Corey Crawford, Jacob Markstrom, Jordan Binnington et Jake Allen, qui ont tous dépassé ce seuil avant de connaître du succès dans la LNH.

Un gardien ne perd pas son temps quand il joue beaucoup dans la Ligue américaine : j’aime mieux qu’un gars comme Cayden joue 40 ou 50 matchs à Laval que 20 à Montréal.

Stéphane Waite

L’objectif est donc clair. La cible, précise. Il ne reste plus qu’à l’atteindre.

Ce qui, l’histoire récente nous l’a appris à Montréal, est souvent plus facile à dire qu’à faire.

Trois gardiens pour un poste

Mine de rien, le portrait est presque complet à Montréal et à Laval pour les postes de gardien. Seul celui d’adjoint à Primeau semble encore disponible, et trois joueurs sont sur les rangs. Stéphane Waite a dressé leur évaluation.

Charlie Lindgren, 26 ans

24 matchs dans la LNH, 134 matchs dans la Ligue américaine

« Charlie demeure un bon élément pour nous, je n’aurais pas de trouble à le rappeler à Montréal demain matin. Son seul problème, c’est qu’au cours des dernières années, il n’a pas beaucoup joué. Ce n’est de la faute de personne, il a subi des blessures aux mauvais moments. Pour moi, c’est le parfait troisième gardien d’une organisation : il a un peu d’expérience de la LNH et, à son âge, il peut encore progresser. Il a une très bonne influence sur Cayden Primeau. C’est un bon coéquipier qui donne un bon exemple. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Charlie Lindgren demeure « le parfait troisième gardien d’une organisation », estime l’entraîneur des gardiens du Canadien Stéphane Waite (à droite).

Vasili Demchenko, 26 ans

192 matchs dans la KHL

« La KHL est une très bonne ligue, et [presque] 200 départs, c’est beaucoup. Il n’est pas gros [6 pi 1 po et 165 livres], mais il est très athlétique, il est rapide et il bouge bien latéralement. Notre recruteur chez les gardiens, Vincent Riendeau, l’aime beaucoup, et j’aime aussi ce que j’ai vu sur vidéo. Un gars comme lui peut brouiller les cartes. »

Michael McNiven, 23 ans

58 matchs dans la Ligue américaine, 27 matchs dans la Ligue de la côte Est

« J’adore ce gars : il ne dit jamais un mot et fait ce qu’on lui demande. C’est un battant, un gamer. Il ne faut pas oublier qu’à sa dernière année dans la Ligue junior de l’Ontario [en 2016-2017], il a été nommé meilleur gardien au Canada. Peu importe la situation de match, il va trouver une manière de gagner. On adore son caractère et son éthique de travail, mais on le voit entre la Ligue américaine et la Ligue de la côte Est. Peu importe la ligue dans laquelle il se trouve, il va se présenter et travailler fort. Il donne une bonne profondeur à notre club-école. »